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Jean-Claude Chenet

Théologie de la déification et théologie de la grâce : une fausse opposition

Source : Introduction à « De la déification des justes » de Mgr Louis Laneau, Genève, Ad Solem, 1993, p. 22-30

samedi 22 mai 2010

Dans cette introduction, Jean-Claude Chenet souligne l’apport du livre de Louis Laneau (Mondoubleau, 1637-Siam, 1696), Evêque de Métellopolis et vicaire apostolique du Siam, concernant la déification des justes, que l’Ecriture n’hésite pas à appeler « fils de Dieu », « membres du Christ » et « temple de l’Esprit Saint ». La réflexion de Mgr Laneau et la structure même de son ouvrage se déploient justement autour de cette triple affirmation, c’est-à-dire du mystère de notre filiation divine.

...

Tel qu’il est, et abstraction faite de sa valeur intrinsèque, théologique et spirituelle, que reconnaîtra sans peine qui acceptera de méditer avec lui les paroles de saint Jean, le texte [de Mgr Laneau] nous a semblé capital en ce qu’il témoigne de la fécondité de la théologie catholique latine et singulièrement de la présence souvent contestée dans celle-ci d’une véritable réflexion sur la notion de déification [1]. C’est monnaie courante d’affirmer que la Chrétienté occidentale ou latine ignore, depuis saint Augustin [2], la déification, au contraire centrale dans la perspective grecque. Les théologiens orthodoxes l’ont dit et répété, et après eux... les théologiens catholiques. Nous n’en donnerons comme exemple que cette citation extraite du Dictionnaire de Spiritualité, article « Divinisation », col. 1389 : « (...) au-delà du vocabulaire on peut distinguer des conceptions de l’anthropologie communes, à des degrés d’élaboration divers, à l’ensemble de la tradition grecque à partir au moins de saint Irénée, et fort différentes de celles qui ont prévalu dans l’Occident latin à partir du XIIe siècle et ont entraîné l’élaboration d’une théologie de la grâce en lieu et place d’une théologie de la divinisation. » Myrrha Lot-Borodine, que nous citerons ici comme témoin de l’Orthodoxie, ne disait au fond rien d’autre dans La Déification de l’Homme (Ed. du Cerf, 1970) : « La simplicité absolue et l’aséité du Principe sans commencement ni fin, défini comme le Bien suprême, semble contraindre l’évêque d’Hippone à ne jamais séparer, à l’encontre des Pères grecs, l’essence divine des forces ou énergies [3], que plus tard le thomisme appellera « opérations » et dont il fera des créations (...) Aussitôt tombent les subtiles distinctions implicitement reconnues par les Pères grecs, fixées une fois pour toutes par l’Aréopagite, et qui tissent la trame vivante de la mystique grecque et byzantine. Mais alors, malgré l’extrême circonspection de saint Augustin, s’ouvre d’un coup à la contemplation le périlleux chemin de l’ontologisme, de la visio Dei per essentiam [4] (...) Toujours attiré par le poids de son désir — amor meus, pondus meum — l’esprit augustinien tend de toutes ses ailes vers la grâce de la vision béatifique [5], que seule peut lui accorder la « lumière de gloire » [6] Il se sait ordonné à la béatitude, mais non à la déification, celle-ci lui reste interdite, puisqu’il ne peut y avoir, pour Augustin, consubstantialité, donc compénétration, de la nature divine et de la nature humaine [7]. Tout se réduit à une participation intime au Bien suprême (...) Or la déification, anticipée d’abord et comme amorcée « in via », plénière « in patria », est pour la patristique grecque, qui sépare les énergies essentielles de l’essence, le principe même du plan de la création, le but suprême de l’Incarnation du Verbe et de la vie créée. De ce fait les ponts se trouvent brusquement coupés entre les deux mondes, oriental et occidental, de la théologie chrétienne. » On nous pardonnera sans doute cette longue citation de Myrrha Lot-Borodine tant elle dit bien le contentieux qui existe depuis si longtemps entre « les deux moitiés de la tunique sans couture » à propos de la notion de déification : la distinction de l’essence et des énergies dans la théologie orthodoxe et singulièrement palamite, l’absence de cette même distinction et l’affirmation corollaire de la vision de l’essence divine dans la théologie latine — entraînant, selon les théologiens orthodoxes, la perte de la notion de déification et l’infléchissement tout augustinien vers une théologie de la grâce — la réduction, encore du point de vue orthodoxe, de l’Incarnation à la Rédemption [8] et par conséquent l’ignorance de sa dimension « déificatrice ». L’absence d’une théologie de la déification, ou de la divinisation, est ainsi un lieu commun comparable — et directement lié — à celui dont fait justice Hans Urs von Balthasar dans La Gloire et la Croix : les Catholiques sont Chrétiens du Vendredi Saint, fascinés par la Croix, doloristes depuis le Moyen Age — et encore mieux depuis l’inventeur du péché que fut saint Augustin — les Orientaux vivant, eux, dans la joie de la Résurrection.

Or c’est précisément contre ces opinions surannées et cependant sans cesse répétées que l’ouvrage de Mgr Laneau nous semble s’inscrire en faux. Le De déificatione a ceci de particulièrement précieux qu’il est un vivant témoignage de la possibilité d’unir philosophie scolastique, théologie thomiste de la grâce et connaissance des Pères dans une théologie de la déification qui fonde une authentique mystique, l’« exercice du Christ », pour reprendre l’expression de Mgr Laneau. Au XVIIe siècle finissant, alors que battent leur plein la réaction antiquiétiste et la méfiance envers la mystique — la bulle Coelestis patris condamnant les propositions de Molinos qui revendiquent « le retour de l’âme en l’essence de Dieu, où elle est transformée et divinisée » date du 20 novembre 1687 — dans ce siècle de fer, au carrefour de la tradition thomiste (saint Thomas est cité quinze fois dans l’ouvrage, et toujours avec le respect que mérite l’autorité du « Docteur angélique »), et de la patristique, un représentant de ce que l’on a appelé « l’école française » nous montre que la déification est au cœur des préoccupations de la spiritualité latine. Rien ne nous semble plus instructif que ces quelques chiffres : si comme nous l’avons dit, saint Thomas est cité quinze fois d’une façon qui montre que Mgr Laneau a été formé à l’école thomiste, c’est saint Cyrille d’Alexandrie — dont on sait qu’il est considéré comme le principal docteur de la déification — qui détient la palme avec cinquante citations, devant... saint Augustin, dont les vingt-huit mentions devraient au moins faire soupçonner que sa pensée n’est pas incompatible avec une méditation sur la déification. Nous avons en tout cas été personnellement frappé par l’aspect « synthétique » de l’œuvre de Mgr Louis Laneau, par la façon dont il intègre à la méditation d’un thème que l’on dit ignoré de la latinité la plus rigoureuse analyse scolastique, en même temps qu’une authentique connaissance des Pères, capable d’alterner sans difficulté et sans aucune contradiction les citations d’auteurs apparemment si éloignés que saint Cyrille et saint Augustin. Frappé, disons-nous, non que nous ayons douté de cette possibilité, mais bien par la force du témoignage ainsi donné. Et il ne nous semble ainsi pas exagéré de dire que la seule existence d’un ouvrage comme celui de Mgr Laneau devrait nous amener à reconsidérer certaines de nos vues sur la latinité.

Revenons quelques instants sur ce qui dans le passage cité de Myrrha Lot-Borodine nous semble essentiel : « (...) s’ouvre d’un coup à la contemplation le périlleux chemin de l’ontologisme [9], de la visio Dei per essentiam (...) l’esprit augustinien se sait ordonné à la béatitude, mais non à la déification, celle-ci lui est interdite (...) ». Résumons, ou traduisons : l’Occident latin a perdu la déification à cause de l’affirmation de la vision de l’essence divine, alors que la distinction orthodoxe de l’essence incognoscible et des énergies incréées, qui est essentiellement l’œuvre de saint Grégoire Palamas [10], assurerait la possibilité de cette vision et donc de la déification. Autrement dit, il s’agirait de limiter la vision pour assurer la déification. La théologie latine, faute d’avoir su établir cette limite salvatrice, aurait perdu en fait toute vision de Dieu, se trouvant dès lors condamnée à développer une doctrine compensatoire de la grâce. Nous ne prétendons certes pas nier que la grâce soit au cœur des préoccupations de la théologie latine et que la déification y soit un thème moins traité, mais mettre en évidence que la théologie de la grâce trouve son sens dans et par la déification. Significative à cet égard nous semble la réflexion sur la grâce, créée et incréée [11], des grands docteurs médiévaux, saint Albert, saint Bonaventure, saint Thomas, dont on voit bien, quoiqu’il ne multiplie pas leurs citations, qu’elle sous-tend l’œuvre de Mgr Laneau. Pénétrant l’âme humaine, la grâce lui donne un nouvel être, l’introduit sur le chemin du retour à Dieu, la divinise en la rendant participante de la vie de la Sainte Trinité qui vient l’inhabiter et la dispose, déjà, par anticipation, à la vision béatifique promise aux élus. Il semble qu’on ait le tort trop souvent de ne considérer, dans la théologie de la grâce, que la grâce créée, et de réduire ainsi notamment l’enseignement de saint Thomas à la descente dans l’âme de cette grâce créée qui ne lui communique qu’une certaine participation à la vie divine. Citons le Père Dondaine (S.T. La Trinité T.2 Appendice II : les missions divines [12], Desclée) : « En s’épanchant en effets créés, les divines perfections « procèdent » en quelque sorte hors de Dieu : elles communiquent des participations d’elles-mêmes, des similitudes de la bonté divine. Mais cette diffusion, cette procession ad extra ne donne qu’une assimilation statique et finie à Dieu, à l’unité divine : Dieu est, et la créature l’imite, dès qu’elle est, à sa mesure finie ; Dieu est beau, et la créature est belle ; Dieu est cause, la créature aussi, etc... Si la théologie de la grâce se réduisait à cela, les critiques habituelles seraient certes justifiées, et touchée du doigt l’absence d’une véritable théologie de la déification. Mais, précisément, c’est Dieu lui-même, ce sont les Personnes de la Sainte Trinité elles-mêmes qui sont données et procèdent, ou sont envoyées — nous sommes ici dans la théologie des « missions » — dans l’âme du juste, plaçant la créature raisonnable sur la voie du retour à Dieu. Remarquons déjà le fait que Mgr Laneau reviendra à maintes reprises sur cette inhabitation de la Trinité dans l’âme dont on voit qu’elle ne peut se séparer de la déification. C’est bien de grâce incréée qu’il s’agit-là, d’une grâce qui rend l’âme capable de Dieu lui-même et non pas seulement, nous semble-t-il, de ses énergies incréées, puiqu’Il est Lui-même présent dans l’âme, tel qu’il est, « Per Essentiam », car Nous serons semblables à lui puisque nous le verrons tel qu’il est (I Jn. III, 2). Mais écoutons encore le Père Dondaine : « Ce retour à Dieu s’accomplit dans l’union de connaissance et d’amour à Dieu — dans l’union transformante des mystiques [13] (...) et s’épanouit enfin en vision consommée dans la vision béatifique, qui est un acte parfait et immuable. » Et saint Thomas lui-même : « On dit qu’une Personne Divine est « envoyée » en tant qu’elle est « donnée », en tant qu’elle est possédée par quelqu’un. Or ni l’un ni l’autre n’a lieu qu’à raison de la grâce sanctifiante » (affirmer qu’une Personne Divine est envoyée à raison de la grâce sanctifiante et de ses dons, c’est-à-dire de la grâce créée, ce serait affirmer que ce n’est pas la Personne même qui est donnée mais seulement ses dons.) « Il y a en effet pour Dieu une manière commune d’exister en toutes choses par son essence, sa puissance et sa présence : il y est ainsi comme la Cause dans les effets qui participent à sa bonté » (il s’agit de la présence d’immensité [14], que saint Thomas, et c’est capital, distingue soigneusement de l’inhabitation). « Mais au-dessus de ce mode commun, il y a un mode spécial qui est propre à la créature raisonnable : en celle-ci, on dit que Dieu existe comme le connu dans le connaissant et l’aimé dans l’aimant. Et parce qu’en Le connaissant et aimant, la créature raisonnable atteint par son opération jusqu’à Dieu Lui-même, on dit que par ce mode spécial, non seulement Dieu est dans la créature raisonnable, mais encore qu’il habite en elle comme dans son temple » (Qu. 43, Art.3) [15]. Qu’on ne nous dise pas enfin que tout cela est théologie coupée de l’expérience mystique : saint Thomas ne dit rien d’autre ici que ce que dit par exemple Sœur Elisabeth de la Trinité dans son admirable enseignement spirituel : « (...) Tu peux croire ma doctrine, car elle n’est pas de moi. Si tu lis l’Evangile selon saint Jean, tu verras qu’à tout instant le Maître insiste sur ce commandement : « Demeurez en moi et moi en vous. » (...) Pense que ton âme est « le temple de Dieu », c’est encore saint Paul qui te le dit. A tout instant du jour et de la nuit les Trois Personnes Divines demeurent en toi. Tu ne possèdes pas la Sainte Humanité comme quand tu communies, mais la Divinité. Cette Essence que les bienheureux adorent dans le Ciel, Elle est en ton âme. Alors quand on sait cela c’est une intimité tout adorable » (Lettre à sa mère, juin 1906).

Fausse opposition donc que celle de la théologie de la déification et de la théologie de la grâce, puisqu’aussi bien la réflexion sur la grâce n’est qu’un aspect de ce qui est aussi une théologie de l’inhabitation trinitaire, de l’union transformante et de la vision béatifique. Peut-être tout simplement problème de vocabulaire : que le catholique qui s’étonnerait de ne pas trouver mention de la déification dans l’index de son catéchisme ou de son manuel de théologie regarde donc à « justification », à « vision béatifique », à « inhabitation » et enfin à « union transformante », à moins que cela ne se trouve à... « divinisation », il trouvera là la substance de ce qu’il cherche, s’il le cherche en vérité. C’est, nous semble-t-il, cela dont témoigne Mgr Laneau. On nous permettra d’ajouter qu’une telle oeuvre, au-delà des divisions, pourrait être, en vérité, un trait d’union.

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Notes

[1] Sans entrer dans les détails, on peut dire que la déification consiste en le fait de devenir semblable à Dieu – le lien est évident avec le fait d’être fils de Dieu – et que cette similitude est le fruit de la vision réservée aux justes, selon cette parole de saint Jean : Nous serons semblables à lui puisque nous le verrons tel qu’il est. I Jn. III, 2.

[2] Du point de vue orthodoxe on considère en général que la théologie latine s’est coupée de la Tradition, continuée par l’Orthodoxie, à partir de saint Augustin, sous l’influence de saint Augustin. Ainsi Myrrha Lot-Borodine : « ligne de partage des eaux remontant à saint Augustin qui, sur ce point particulier (qu’est-ce que l’esprit créé peut connaître de Dieu ?) a rompu la tradition de la patristique grecque, en général peu connue de lui. Son dernier représentant a été saint Ambroise de Milan, canal principal mais non unique par où cette tradition a passé jusqu’à l’évêque d’Hippone. » Et tous les penseurs orthodoxes n’ont pas le sens des nuances de Myrrha Lot-Borodine... Ce qui est certain c’est que la théologie latine doit énormément à l’extraordinaire génie que fut saint Augustin.

[3] Concept essentiel de la théologie grecque, singulièrement depuis saint Grégoire Palamas (cf. note 10). Elle permet du point de vue grec d’affirmer la possibilité, pour l’intelligence créée, de voir Dieu, et donc d’être déifiée, en évitant le panthéisme qui confondrait le créateur et la créature en affirmant que la créature peut devenir l’essence divine.

Laissons Myrrha Lot-Borodine la définir : « Les Pères grecs, partant de l’idée de l’être, ont de tous temps distingué en Dieu l’essence et les forces (« énergies »), tantôt potentielles, tantôt actualisées, distinction qui remonte sous sa forme générale à la philosophie antique (...) Le dernier mystère — l’essence divine — reste impénétrable, révélé uniquement par les énergies incréées et créatrices qui dérivent directement de l’essence incognoscible du Dieu trine. Elles manifestent la perfection de la Divinité — tout en voilant son éclat — et par la beauté du Cosmos, et par la sagesse des lois qui le gouvernent... Ces activités porteront les noms divins de Toute Puissance, de Bonté, d’Intelligence ou de Providence, simples attributs qui ne peuvent qu’imparfaitement qualifier l’Inqualifiable, encore moins épuiser le contenu du Principe infini. » Op. cit. p. 31 sq.

[4] « Vision de Dieu selon l’essence ». Il s’agit de l’affirmation contestée par les théologiens orthodoxes de la possibilité d’une intuition ou vision de l’essence divine, de « Dieu tel qu’il est » (saint Jean).

[5] Il s’agit de la vision de Dieu au Ciel, qui fera le bonheur des élus, Dieu étant outre leur créateur la fin dernière des hommes, leur bien et leur bonheur. Inversement l’enfer n’a d’autre signification que la privation, par fermeture volontaire à la grâce, de cette vision.

[6] Les scolastiques, et notamment saint Thomas et saint Bonaventure, ont développé la notion de lumière de gloire pour expliquer la vision béatifique, toute vision s’accomplissant dans une lumière et la vision surnaturelle qu’est la vision béatifique requérant une lumière surnaturelle.

[7] Il ne peut y avoir mélange ou confusion du créé et de l’incréé, ce qui serait panthéistique. Mais il reste alors à expliquer comment l’homme peut être déifié. C’est précisément ici qu’intervient la doctrine scolastique de la grâce, créée et incréée.

[8] Du point de vue orthodoxe, la perspective latine réduit l’Incarnation à la Rédemption en oubliant que le Christ ne s’est pas incarné seulement pour nous racheter, en effaçant le péché originel, mais pour nous déifier. C’est sans doute oublier la distinction traditionnelle, que l’on retrouvera dans le texte de Mgr Laneau, entre l’œuvre de la création et l’œuvre, jugé plus haut, de la Rédemption : o felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem ! chante la liturgie de la nuit de Pâques, (heureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur !).

[9] Doctrine philosophique qui affirme l’existence d’une vision directe de Dieu, représentée entre autres par Malebranche. Il convient cependant de la distinguer soigneusement de la visio Dei per essentiam affirmée par la théologie latine. Elle a d’ailleurs fait l’objet d’une condamnation officielle en 1861.

[10] Né en 1296, moine au mont Athos puis archevêque de Thessalonique en 1347. Mort en 1359. Fêté le deuxième dimanche de Carême par l’Eglise orthodoxe. Reconnu comme le théoricien principal de la distinction de l’essence et des énergies, même si l’Orthodoxie la voit préfigurée chez saint Denys l’Aréopagite et les Pères Cappadociens : saint Grégoire de Nazianze, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nysse, auxquels elle fait remonter une doctrine de la séparation de l’essence et des énergies que saint Grégoire Palamas n’aurait fait que développer systématiquement.

[11] « La grâce incréée est Dieu lui-même ou plus précisément la volonté divine d’amour qui est la raison de toutes les grâces (...) La grâce créée est le terme temporel de l’éternelle volonté d’amour de Dieu, son produit fini, mais qui, en tant que distinct essentiellement de Dieu lui-même, est un don créé. » Bernard Bartmann, Précis de théologie dogmatique, 2 vol., Mulhouse, 1935. La distinction entre la grâce créée — les dons — et la grâce incréée — la Personne même qui vient habiter dans l’âme du juste — est essentielle pour saisir le rapport entre grâce et déification.

[12] La mission est le prolongement, temporel, libre, transitoire, de la procession, éternelle, elle, immanente et nécessaire. Elle signifie une présence et une activité nouvelles de la Personne envoyée dans le monde (différente de la présence d’immensité). Le Père et le Fils envoient, le Fils et l’Esprit sont envoyés. Le but de la mission, visible ou invisible est toujours surnaturel.

[13] La théologie mystique désigne sous le nom d’union transformante ou de mariage spirituel le terme de la voie unitive — la troisième étape de la vie mystique, après les voies purgative et illuminative — et donc l’achèvement de la marche de l’âme vers Dieu. Après les dernières purifications subies dans la voie unitive — la « nuit de l’esprit » — « l’âme arrive enfin à cette union calme et durable qu’on appelle union transformante et qui semble être le terme de l’union mystique, la préparation immédiate à la vision béatifique ».

La description qu’en donne sainte Thérèse d’Avila (Le Château de l’âme, 7e demeure, chapitre II et ibid., 6e demeure, chapitre I) montre le rapport de l’union transformante, de la déification et de l’inhabitation :

« En cet instant le Seigneur daigne lui manifester la béatitude du ciel, par un mode dont la sublimité dépasse celle de toutes les visions et de tous les goûts spirituels. Tout ce que l’on peut dire, c’est que l’âme ou plutôt l’esprit de l’âme devient, selon qu’on peut en juger une même chose avec Dieu » et « alors les personnes divines se communiquent toutes les trois à l’âme, elles lui parlent et lui découvrent le sens de ce passage de l’Evangile où Notre Seigneur annonce qu’il viendra, avec le Père et l’Esprit Saint, habiter dans l’âme qui l’aime et garde ses commandements. » Cf. Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Tournai, 1928.

[14] De même que l’éternité de Dieu est la négation (par transcendance) du temps, l’immensité est la négation de l’espace. Dieu est présent partout dans l’espace, avec toute son essence, bien que l’espace ne le contienne pas.

L’immensité est une perfection en soi, indépendamment de sa réalisation dans la création, que l’on appellera l’omniprésence.

[15] Cet enseignement capital, qui achève en quelque sorte la théologie de la grâce, se trouve dans la première partie de la Somme, dans les questions consacrées à la Trinité.

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