En 1995, était publié un petit ouvrage, Mother, Lead us to Peace !, écrit par le père Slavko Barbarić , qui fut avec le père Jozo un des leaders franciscains de « Medjugorje ». Sur la page de titre, on peut lire : « préparé par Nicholas Maria Eltz ». Ce dernier est membre d’un groupe du Renouveau charismatique de Medjugorje et il est le traducteur des messages croates de « la Vierge » en anglais. Le père Slavko est mort subitement, cinq ans après la publication de ce livre, âgé de cinquante ans, alors qu’en compagnie de pèlerins, le 24 novembre 2000, il gravissait la colline de Križevac, un des hauts lieux dévotionnel du site. Sa disparition ne fit que rendre plus intense sa présence à « Medjugorje » et son engagement pour sa cause. Désormais il est doté d’une présence de puissant intercesseur. Beaucoup de pèlerins et de villageois lui adressent leurs prières, considérant qu’il est un relais acceptable (aimé de « la Vierge ») de la destination ultime de ces prières. Lors d’un séjour que j’ai effectué à Medjugorje, quatre jours après sa mort, j’ai rencontré deux femmes âgées faisant partie d’une communauté « russienne », venues de Russie à pied, qui déclaraient à tous ceux qui voulaient l’entendre être poussées l’une et l’autre « par le père Slavko », qui, affirmaient-elles, leur donnait sans cesse « des coups sur les épaules » et les encourageait de sa voix afin qu’elles puissent continuer à marcher malgré leur épuisement. Je pus constater que, moins d’une semaine après son décès, le culte adressé au père Slavko était célébré déjà de trois façons et en trois lieux. D’une part, des fleurs marquent l’endroit où il est tombé. Chaque jour, les pèlerins viennent se recueillir là, commenter les souvenirs de leurs rencontres avec lui et demander des grâces. Ils emportent avec eux les pétales des bouquets que d’autres ont posés plus tôt au contact de ce morceau de sol, lieu témoin de la séparation de son âme et de son corps, mêlé à cette rupture, enterrant là des objets familiers, de ceux qu’on porte sur soi. D’autre part, sa tombe, dans le cimetière Kovacica de Medjugorje, le cimetière communal, est toujours entourée d’une foule de villageois et de pèlerins recueillis, tentant de se faire une place pour toucher le marbre funéraire de la main et le baiser. Celui-ci est recouvert de fleurs et de lettres. Enfin, on trouve, au monastère franciscain de Široki Brijeg, sa photo sous la liste des martyrs (les prêtres du monastère tués en 1945 par les partisans) devant laquelle une bougie votive rouge est constamment allumée, et qui est devenue l’objet d’un culte. On verra lequel.
L’ouvrage du père Slavko est traduit en plusieurs langues (anglais, italien, espagnol, allemand). Il est en vente dans la boutique des franciscains, aussi bien à Medjugorje qu’au monastère de Široki Brijeg. Il a l’aspect d’un livre de dévotion à l’usage des pèlerins, et c’est ce qu’il est. On le trouve là, dans les deux boutiques, au milieu de dizaines de cassettes audio et vidéo relatant les faits et gestes de « Medjugorje », d’objets de piété, de dizaines d’autres livrets de même allure, publiés le plus souvent par les groupes du Renouveau charismatique (généralement la communauté des Béatitudes) ou par les Presses franciscaines. Pourtant, ce texte possède plusieurs particularités : sa couverture ne montre pas, comme c’est l’usage, une image pieuse, mais présente la photo d’un village totalement détruit et calciné, un de ces villages de Bosnie comme la guerre en a tant laissé, photo surmontée du titre : « Mère, conduis-nous vers la paix ! » et d’un sous-titre : « Réflexions sur les messages de Marie à Medjugorje, de juillet 1990 à décembre 1994 ». Le texte est dédié aux « Dirigeants de toutes les religions et Églises du monde » et à « Tous les chefs d’État de tous les pays du monde ». Le sous-titre indique les dates limites de ce dont il traite et désigne par là, avec cette assomption de dates, le genre de l’ouvrage : un journal et une méditation sur la guerre. Ces dates délimitent en effet la période de la guerre en Croatie puis en Bosnie-Herzégovine.
Le plan du livre du père Slavko
L’ouvrage du père Slavko s’organise selon un plan chronologique dont chaque chapitre a pour titre le nom d’un mois de l’année. Chacun d’entre eux commence par une transcription du message public mensuel de « la Vierge », auquel viennent s’ajouter les quelques phrases qu’elle a dites à Marija ou à Mirjana. Chaque message est ensuite commenté par le père Slavko sous deux formes, l’une spirituelle, l’autre politique. Ce texte, qui s’adresse aux pèlerins internationaux, débute le 25 juillet 1990. Mais ce premier chapitre est précédé d’une introduction datée de Pâques 1995, donc rédigée plus tard, à la toute fin de la guerre. C’est elle qui organise et valide l’intention et la cohérence de l’ensemble des propositions du livre et qui donne la note de prophétie rétrospective. Avec la photo de couverture, la seconde particularité du livre du père Slavko est son lieu de publication. Il porte, sur la page réservée aux indications éditoriales, un nom de lieu : « Grude, Herceg-Bosna », et une date : « avant Pâques 1995 ». Le texte fut donc publié avant qu’aient été négociés les accords de Dayton qui ont marqué l’arrêt de la guerre en Bosnie-Herzégovine, en novembre-décembre 1995. Or Grude est le nom d’une petite ville d’Herzégovine occidentale qui fut le premier quartier général de l’Herceg-Bosna et sa véritable capitale, Mostar étant militairement trop exposée. Ainsi peut-on lire dans un ouvrage consacré aux agissements criminels des milices serbes, puis des milices croates nationalistes à l’égard des Slaves musulmans de Bosnie-Herzégovine :
« Les franciscains sont spécialement proéminents à Grude, la ville où l’Etat christocentrique d’Herceg-Bosna fut proclamé. La ville est devenue aussi un important centre urbain pour les seigneurs de la guerre et les gangsters, connus sous le nom de mafia d’Herzégovine, laquelle terrorisa les Musulmans et les Serbes, comme aussi tous les Croates qui se dressèrent sur leur chemin [1]. »
« Notre Croatie », un problème de situation
Le premier chapitre, à la date du 25 juillet 1990, fait référence à un moment politique particulier en Croatie (je rappelle que Medjugorje se situe en Bosnie-Herzégovine). Il s’agit de la date de la victoire au second tour des élections législatives du parti nationaliste de Franjo Tudjman, le HDZ [2], et de la présentation devant le Parlement du premier gouvernement non communiste de cette république depuis 1945 (on est encore dans la Fédération yougoslave). Ce résultat, terme d’une longue négociation non aboutie avec les instances de la Fédération et la République de Serbie, signait la rupture avec cette dernière, notamment avec la République serbe qui avait rejeté les propositions de confédération proposées par les directions Slovène et croate [3]. Le discours qui émanait du chef du Parti socialiste de Serbie, Milošević, était par ailleurs émaillé de violentes déclarations ultranationalistes — au Kosovo notamment, où l’état de siège avait été proclamé en 1988. Ces tensions sont ainsi présentées par le père Slavko :
« C’est à peine deux semaines plus tard que l’Irak envahit le Koweït, et qu’une crise internationale éclata. Tout ceci fut cause de tensions, partout dans le monde et également ici en Croatie où, le 17 août 1991, les premières barricades serbes furent dressées [dans la Krajina croate, région peuplée de Serbes]. »
Je reprendrai donc le prologue de ce livre. En effet, le « ici » du père Slavko est symptomatique. « Ici », si l’on s’en tient à la localisation territoriale de Medjugorje, est en Bosnie et non en Croatie, mais le père Slavko et Medjugorje avec lui, et l’Herzégovine occidentale habitée par les Croates avec eux, revendiquent leur appartenance à la Croatie et signalent, par la voix du père Slavko, dans son livre destiné à des étrangers européens et américains, leur communauté de destin avec cette république. Quelques mois plus tard, le 25 mars 1991, alors que cette fois, les tensions en Krajina, région de Croatie habitée depuis cinq siècles par des Serbes, ont conduit à des actions violentes, le père Slavko réaffirme avec force son attachement et son appartenance :
« La situation ici à Medjugorje, s’agissant de notre peuple [croate] est très tendue. Tout ce qui arrive en Croatie arrive aussi ici, dans le cœur de notre peuple. »
Le père Slavko rappelle alors, dans cette même introduction, l’implication de la Mère de Dieu (et Reine de la Paix) dans la région :
« C’est certainement une situation unique au monde que Marie, la Mère de Dieu et la Reine de la Paix, nous ait avertis d’une situation de guerre dix ans à l’avance et nous ait accompagnés à travers tout cela jusqu’à aujourd’hui. »
Et il ajoute :
« Tout récemment, j’ai parlé avec Mirjana et elle m’a raconté qu’en 1982 un prêtre franciscain lui avait demandé de poser cette question à Notre Dame : “La Croatie sera-t-elle jamais libre ?” Elle avoue aujourd’hui qu’à cette époque, elle n’avait guère d’intérêt pour les sujets politiques et ne pouvait donc pas comprendre le sens de la question. Et la réponse fut : “La Croatie comme la Bosnie, deviendront libres, mais il y aura d’abord une petite guerre” [4]. »
C’est ainsi qu’on apprend plusieurs choses : la fonction prophétique de la Gospa, l’intérêt de ce franciscain, en 1982, pour l’indépendance des deux pays (que la question soit reconstruite ou qu’elle puisse se formuler comme ayant été posée en 1982), l’annonce à la même date, de la libération des deux pays et enfin, l’engagement de « la Vierge » dans la guerre et son intérêt pour le destin politique de la Croatie, de la Bosnie et des Croates.
Des avertissements, des voyants, un prophète : la gradation eschatologique
Dès son introduction, le père Slavko annonce sa position de description : il est un prophète, plus exactement l’herméneute de la Vierge, de la « Reine des Prophètes ». Il se pose devant ses lecteurs internationaux comme le décrypteur des projets de « la Vierge », de « son plan ». Si, suggère-t-il, « la Vierge » parle aux voyants, ceux-ci ne comprennent que les aspects privés de ces messages publics. Quant aux messages secrets (les voyants ont tous reçu dix secrets), ils ne peuvent les révéler (puisqu’ils sont secrets) et nul ne sait s’ils les ont « compris ». D’ailleurs, sur objurgation de la hiérarchie, ils devront les transmettre, au terme fixé par la Gospa, à un prêtre qu’eux-mêmes ont choisi, et dont ils ont déposé le nom en lieu sûr. Si, comme on voit, les voyants se font les interprètes de la « Mère du Juge », toujours « Mère de miséricorde », celle qui tente d’apaiser la (juste) colère de son fils, qui demande prière, repentir, retour sur soi afin de désengager l’humanité des conséquences de ses inconséquences, les franciscains charismatiques se font les interprètes d’une autre des dimensions de l’eschatologie. Mais il faut ici revenir un peu en arrière.
Très vite et pendant trois ou quatre ans, un langage des avertissements avait fleuri dans la contrée, accompagné d’un langage prophétique. Ainsi, le père Tomislav Vlašić, franciscain, curé d’une paroisse voisine, déclara à certains voyants, quelques jours après le début des apparitions, qu’il avait su un mois à l’avance que la Gospa commencerait à apparaître dans le pays [5]. En effet, lors d’un congrès international des responsables du Renouveau charismatique à Rome au mois de mai, une religieuse, Briege Mc Kenna, eut une vision dans laquelle Vlašić se trouvait dans une église d’où ruisselait une foule innombrable. Lorsque la religieuse lui eut sur-le-champ raconté sa vision, le père Tardiff, présent lui aussi, prophétisa qu’il s’agissait d’une église de « son pays ». De même, le père Slavko cite la révélation que Mirjana avait faite au père Tomislav Vlašić, le 5 novembre 1983 (de la part de « la Vierge ») :
« Avant que le signe visible soit donné à l’humanité, il y aura trois avertissements dans le monde. Ils se produiront sous forme d’événements terrestres. Après les avertissements, le signe visible apparaîtra à l’endroit des apparitions de Medjugorje pour que tout le monde le voie. Le signe sera donné comme preuve des apparitions et afin que les gens reviennent à la foi. »
Le père Vlašić sera d’ailleurs nominalement accusé par l’évêque de Mostar d’être le deus ex machina des apparitions, lui et les charismatiques en général.
« Cette hallucination collective a été habilement exploitée par un groupe de frères d’Herzégovine qui ont donné une apparence de sérieux aux présumées apparitions et au contenu des messages, en manipulant le désir sincère de surnaturel dans le peuple et sa profonde piété mariale. La plus grande responsabilité tombe sur les épaules d’un mystificateur et mage charismatique, frère Tomislav Vlašić, lequel, dans cette voie, a pris le risque de se parjurer afin de défendre sa position. [...] Dès leur début les événements de Medjugorje se trouvèrent entre les mains des charismatiques, fra Zovko, fra Tomislav Vlašić, et d’autres [6]. »
Le mouchoir rouge
Pendant ces mêmes années, j’entendis souvent, pour ne plus l’entendre ensuite, un récit qui se transmettait de bouche à oreille avec la plus grande émotion. Il disait ceci (je reprends ici le texte de l’abbé Laurentin) :
« Un homme, qui marchait sur le côté de la route, avait arrêté un taxi venant de Medjugorje et avait demandé au conducteur de prendre le mouchoir qu’il lui tendait, un mouchoir rouge (déjà rouge) taché de sang. Puis il l’avait sommé, de manière quasi menaçante, de jeter ce mouchoir dans la première rivière qu’il rencontrerait. Ce chauffeur de taxi habitait près de Čapljina. Mais, alors qu’il allait arriver à la rivière Studjenci, une femme vêtue de noir, une paysanne, l’avait arrêté à son tour et lui avait redemandé le mouchoir. Il hésita, mais elle le menaça, elle aussi. Si bien qu’il finit par lui remettre le mouchoir. La femme révéla alors au chauffeur que, s’il ne l’avait fait, un grand malheur serait arrivé [7]. »
Peut-être la fin du monde, commentaient les pèlerins.
On a donc ici un Christ justicier, vengeur, et une Mère miséricordieuse qui intercède, arrêtant le bras de son Fils. Ce sont les schémas des apparitions de Pontmain et de La Salette en France. J’entendis ce récit pour la première fois un soir, à la table commune de notre pension. Les pèlerins l’avaient trouvé dans les livres de l’abbé Laurentin et dans le livre des « entretiens avec Vicka » du père franciscain croate Janko Bubalo [8]. Il trouvait sa source dans le journal de Vicka à la date du 4 septembre 1981.
C’est dans ces mêmes années que se répandit parmi les pèlerins le récit des voyants de la visite au ciel, au purgatoire et en enfer et leurs descriptions du tourment des âmes damnées, spectacle qui fut offert à leur vue horrifiée. Localement, ce récit n’étonna pas une grande partie des femmes de Medjugorje. Nombre d’entre elles savent qu’il existe un espace étagé entre le lieu de séjour des humains et celui des Êtres célestes, que ce lieu est habité par toutes sortes de créatures et de démons, que les prêtres et les « saints » y voyagent [9]. Mais, autour des tables de pèlerins, les avis sur cette question étaient partagés.
Eschatologie II
Cependant, à partir de 1990, un tout autre discours se met en place à Medjugorje. Il ne s’agit plus seulement de voir en « la Vierge » la Mère miséricordieuse avec en face d’elle des pécheurs individuels, qu’ils soient pris singulièrement ou « en masse », mais la guerrière terrassant le dragon avec en face d’elle des régimes politiques. Ils reconnaissent en « la Vierge de Medjugorje » la femme venue soutenir les siens et anéantir le dragon, ils reconnaissent la femme qui « ouvre les temps », la Femme de l’Apocalypse. Et celle-ci est en prise directe avec les événements politiques actuels du pays, et avec les épreuves de sa libération.
« Il est très difficile de dire si ce message concerne quelque chose de précis dans le monde. Ce n’est que dans l’avenir qu’il sera possible de comparer les messages avec la situation actuelle. Je voudrais mentionner deux situations [...]. Juste quelques jours plus tard, le 17 août 1990, les vraies tensions commencèrent ici en Croatie, quand apparurent les premières barricades. Puis, quelques mois plus tard, le 16 novembre 1990, juste deux jours avant les premières élections libres en Bosnie-Herzégovine, la Mère de Dieu invita les voyants et les paroissiens à grimper sur le mont Križevac dans la soirée pour prier. À dix heures et demie, elle apparut aux voyants et appela toutes les personnes présentes à prier beaucoup et à faire des sacrifices pour la paix. En conséquence, l’idée qu’elle parle aussi de situations concrètes commence à entrer dans notre esprit, bien que cela ne soit pas évident. Quand vous considérez le Grand Plan, la réalisation de la paix pour le monde, il devient beaucoup plus facile de comprendre que ces apparitions vont de pair avec les situations du monde lui-même [10]. »
« La Vierge » est donc en prise directe avec le pays et ses combats. Et le père Slavko fait entendre qu’il est désormais capable — ses yeux se sont ouverts — d’être pour les autres le révélateur de ce qui progressivement se révèle à lui : une lisibilité de l’histoire, un sens (enfin) à cette histoire, une perspective de libération de l’oppresseur. Sens qui maintenant se déploie en un panorama rétrospectif orienté, maintenant qu’on sait aligner correctement les événements. Il est temps de prendre en compte, remarque-t-il, l’irruption, ici et maintenant à Medjugorje, d’une temporalité nouvelle dont le point d’origine est l’apparition en 1981 de « la Vierge ». Est révélée la réalisation de son plan, car elle a un plan, elle est l’embrayeur d’un nouveau contexte. Cette apparition avait ouvert (sans que nous l’ayons pleinement compris à l’époque) des temps nouveaux et ceux-ci s’étaient annoncés par un premier signe. Celui-ci n’avait pas été lisible d’emblée, puisque le signe, on le sait désormais dix ans après, c’était elle-même, c’est-à-dire elle-même progressivement révélée comme étant la Femme de l’Apocalypse. Cela n’avait pas été perceptible d’abord, continue le père Slavko, parce qu’elle était venue se déclarant « Reine de la Paix », et que ce titre avait été compris trop étroitement. Il ne s’agissait pas seulement de la réconciliation entre voisins d’un même village, entre hameaux voisins, mais de réconciliation entre tous les Croates (communistes et catholiques) pour fonder un Etat.
Reconnaître ces signes
Le père Slavko atteste la justesse de son interprétation par un pointage des événements retenus par la tradition comme étant des signes de reconnaissance :
« Ce qu’apportait Notre Dame et la raison pour laquelle elle nous appelait devint clair dès le troisième jour des apparitions. Elle désirait nous apporter la paix et c’est pour cela qu’elle nous appelait à prier, à jeûner, à la conversion et à la foi. Elle vint vers nous le jour de la fête du dernier prophète de l’Ancien Testament, saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1981. Ce fait a une grande signification pour comprendre ces apparitions. Jean prêchait la conversion et demandait au peuple, à travers cette conversion, de préparer la voix du Messie annoncé. On peut dire que l’année qui vit commencer ces apparitions renvoie vraiment à de nouveaux commencements, et que des temps nouveaux prirent là leur source, de plus en plus clairement et fermement. Depuis lors, la moitié de l’humanité a rejeté de ses épaules le joug du communisme, et, alors que peut-être on se mettait à espérer la réalisation de ceci sans trop de complications, voilà maintenant que nous devons affronter leurs réactions [11]. »
Enregistrement des coïncidences
Désormais, l’opération d’attestation du père Slavko consistera à aligner des actes de « la Vierge » et des actes de la vie politique, décalés dans le temps, mais qui, depuis la perspective où il se tient désormais, se rencontrent. Ainsi viendront s’ajuster des configurations de coïncidences qui seront mobilisées comme preuve de l’intervention céleste et de l’entrée du pays dans une économie providentielle. Chacun comprendra alors que le ciel par l’intermédiaire de son avocate privilégiée a pour la Croatie et les Croates des projets bienveillants, même s’il exige en paiement le passage par l’épreuve du feu. Désormais le pays a une alliée, c’est-à-dire un avenir. Cette opération d’établissement des coïncidences commença par la mise en rapport d’une série de dates, comme la date du début de la crise dans le pays, le 17 août 1990, et celle de l’arrestation initiale du père Jozo par les communistes, le 17 août 1981, soit neuf ans plus tard « jour pour jour ». Ce jour-là, en arrêtant le curé qui n’arrêtait pas la Vierge, l’ennemi s’était clairement fait connaître comme ennemi de l’Église, de la Vierge, du pays. La deuxième date est signalée par le père Slavko dans son commentaire du 25 juin 1991, un an plus tard. Il s’agit de l’avènement (tant espéré) de l’indépendance de la Croatie vis-à-vis de la Yougoslavie, le 25 juin 1991, date aussi du dixième anniversaire des apparitions — c’est, on l’a vu, le 25 juin 1981 qui fut retenu comme le premier jour des apparitions (et non la veille) puisque c’est ce jour-là seulement que l’ensemble du groupe des voyants vit « la Vierge » pour la première fois, la veille n’ayant réuni que deux d’entre eux. Même jour anniversaire donc pour les deux événements, l’apparition de la Vierge à Medjugorje et l’indépendance de la Croatie. Cependant, le père Slavko n’innove pas dans le procédé. Il est classique. Et, pour s’en tenir à la seule historiographie franciscaine d’Herzégovine, on le trouve partout. Ainsi, quand on consulte la masse de la littérature dévotionnelle à l’usage des pèlerins, on trouve le croisement des coïncidences de date avec les formes multiples d’intervention de la Gospa en faveur des Croates, notamment pendant la guerre de 1991-1995.
« La libération des territoires croates occupés par les Serbes a eu lieu un 5 août, en 1995, en la fête de Notre-Dame-des-Neiges ; l’armée croate a libéré Biskupija, lieu d’où vient la statue de Notre-Dame du Grand Vœu, Knin et toute la région occupée pendant quatre ans. Les grandes victoires croates coïncident avec les fêtes de la Vierge [12]... »
Intervention directe
C’est en mai 1990, on l’a vu, que la République de Croatie avait organisé ses premières élections multipartites et le HDZ avait remporté la victoire sur les communistes réformateurs :
« Au plan politique, il y eut beaucoup d’événements [pendant cette période]. En mai les Croates tinrent leurs premières élections libres et le parti démocratique croate (HDZ) remporta une immense victoire. Les communistes avaient perdu, et, de ce fait, les tensions augmentèrent. Le 31 mai, et pour la première fois depuis très longtemps, les Croates tinrent leur première réunion à l’Assemblée, puis, le 25 juin, exactement dix ans, jour pour jour, après que Notre Dame est apparue ici, la Croatie se déclara indépendante de la Yougoslavie. Le Vatican et l’Allemagne furent les premiers pays, parmi beaucoup d’autres ensuite, à reconnaître notre indépendance, et ce fut un jour très marquant et très émouvant pour nous tous. Lors de ce grand jour, c’est frère Ivan Dugandžić (qui travaillait ici à Medjugorje ces dernières années) qui prêcha à la messe du soir. Il confirma que le Parlement croate avait surmonté tous les pièges. Puis, juste au moment où nous étions en train de traduire le message de la Vierge [dans les locaux du presbytère], l’hymne national retentit à la télévision et l’indépendance de la Croatie fut annoncée. Ce fut un moment inoubliable et la célébration qui s’ensuivit fut suivie par une foule énorme ! Depuis soixante-dix ans la nation croate catholique avait souffert une terrible oppression sous les communistes. Ce moment avait été espéré par beaucoup de Croates et payé de leur vie par beaucoup d’entre eux. Mais, le jour suivant, la sanglante agression [des Serbes de Milošević (les “communistes”)] commença en Slovénie, et les tensions en Croatie devinrent pires encore. Nous devons alors repenser au troisième jour des apparitions, lorsque Notre Dame nous donna le message de paix. N’est-ce pas vraiment une étrange coïncidence que nous nous soyons séparés d’eux exactement dix ans après [13] ? »
Ainsi, la déclaration d’indépendance fut-elle corrélée au premier jour des apparitions, et la guerre qui, quelques jours après, s’ensuivit, au troisième jour des apparitions, le jour du message de paix de « la Vierge » (auquel répondra la déclaration de guerre du diable).
Comme à Fatima, elle est Reine des prophètes et Femme de l’Apocalypse
Si le père Slavko annonce que la Vierge-Apparition se comporte en prophète, de multiples livrets de dévotion vendus sur place s’emploient eux aussi à révéler ce rôle aux fidèles. Je l’ai maintes fois entendu sur le terrain, « la Vierge de Medjugorje » a une forte réputation : c’est elle qui, en réalité, a abattu le mur de Berlin et a fait tomber le communisme, comme elle l’avait promis à Fatima. La première fois qu’à Medjugorje « la Vierge » fît allusion à ses promesses de Fatima, c’était en août 1991, alors que les troupes fédérales venaient d’envahir la Croatie et que commençaient les bombardements sur Vukovar [14]. L’attaque de la ville (qui sera entièrement détruite) opposait 1 800 défenseurs croates à 35 000 soldats de l’armée fédérale et provoqua en Croatie un choc immense. Le père Slavko suggère alors que Medjugorje est bien un second Fatima, révélant un temps culminant des temps d’oppression, une des terribles péripéties (finales ?) de la lutte contre les forces du mal.
« C’est la première fois qu’elle fait mention de Fatima [dans ses messages] mais il n’a jamais été bien difficile de réaliser qu’il y avait des liens entre ces deux lieux d’apparitions. Maintenant, ce lien est confirmé. À Medjugorje, il est prévu que nous priions tellement que ce qui avait été promis à Fatima pourrait bien se réaliser. Notre première pensée, tout naturellement, est la suivante : si les terribles temps que l’Europe a connus depuis la Première Guerre mondiale, y compris le communisme, ont été annoncés à Fatima, alors la Seconde Guerre mondiale, les années d’après-guerre et Medjugorje devraient annoncer le point culminant de ces temps [15]. »
À Fatima, dit le père Slavko, elle avait annoncé le danger du communisme, ici, elle annonce sa victoire contre lui. Et de citer Apocalypse 12 : « Marie est la reine de la paix, elle est la femme revêtue du soleil, la lune sous les pieds et la tête couronnée d’étoiles et qui gémit, en proie aux douleurs de l’enfantement, un serpent-dragon devant elle, se tient prêt à se saisir de l’enfant. » Cette mention de la Femme de l’Apocalypse assimilée à la Vierge, et celle-ci à l’Église, est classique depuis le haut Moyen Âge, on l’a déjà vu, et nombre de traditions exégétiques reprennent le thème. Ici, maintenant, « la Vierge » est apparue pour libérer l’humanité de Satan, pour libérer l’Eglise, la Croatie et les Croates d’Herzégovine du communisme. Parmi les scènes du livre de l’Apocalypse de Jean, le père Slavko choisit celle des douleurs de l’enfantement :
« Le monde est en train de traverser d’horribles crises qui ont conduit aussi à de terribles crises dans la région où elle est apparue. Mais après, viendra le triomphe de son cœur immaculé. Nous ne connaissons pas encore l’étendue ni le degré de cette crise et des douleurs de l’enfantement. Ce qui est important, cependant, c’est que nous puissions contribuer à l’arrivée de son cœur immaculé par nos prières et par le jeûne. »
À cette date, les troupes serbes (entendues ici, pour l’instant, comme « fédérales », équivalant à « communistes ») dans leur blitzkrieg ont conquis le tiers du territoire croate. Elles brûlent les églises, les villages, détruisent les cimetières. Les réfugiés sont innombrables et les bombardements sur Vukovar (entre autres) détruisent progressivement toute la ville et tuent ses habitants (Serbes aussi bien que Croates). Commentaire du père Slavko, un mois plus tard, le 25 septembre 1991 (il reprend le thème de Fatima) :
« Satan a montré son horrible visage dans notre région ces derniers mois. Nous sommes tous très surpris et profondément affectés du trop grand nombre de victimes et du grand nombre de destructions. Toutes les guerres sont absurdes, mais celle-ci l’est encore davantage parce que les armes sont dirigées contre ceux-là mêmes qui les avaient achetées pour leur propre armée. Un peuple est détruit par des généraux pour lesquels ce même peuple avait réservé [avant la guerre] les plus beaux appartements, les meilleurs salaires et la plus jolie partie de la côte adriatique. Plus de quatre-vingts églises ont été détruites, partiellement ou entièrement [...]. Le visage du Malin est terrible. Il s’agit du conflit entre l’athéisme et le communisme d’une part, et le processus de libération démocratique du peuple de l’autre. Cette configuration doit nous rappeler les apparitions, les mots et les prophéties de Fatima. Ainsi, pour la seconde fois, nous trouvons une référence directe à Fatima dans les messages de la Vierge. Fatima et la réalisation des secrets avaient été mentionnés par la Vierge dans son message du mois d’août. Ces temps sont des temps mariaux, selon les mots mêmes du pape. »
Le père Slavko se fait ici le porteur des ressentiments croates : la nomenklatura serbe, et notamment l’armée, jouissait de privilèges payés par la Croatie (les salaires) et prélevés sur son patrimoine (les meilleurs hôtels sur la côte). De plus, cette armée s’est emparée des armes appartenant à la défense territoriale croate ou même à l’armée yougoslave fédérale. L’ensemble de ces ressentiments étaient exprimés par une ligne politique majoritaire en Croatie à la fin des années 80 et seront relayés par le parti nationaliste croate (HDZ).
Indépendance et invasion de la Bosnie-Herzégovine, l’« agression serbe », la « guerre avec les Musulmans »
Puis, le 6 avril 1992, la Bosnie-Herzégovine, ayant déclaré son indépendance à son tour vis-à-vis de la Fédération yougoslave, elle fut aussitôt envahie par les troupes fédérales qui commencèrent, avec la dernière brutalité, leur travail d’épuration ethnique, chassant de leurs maisons et villages hommes et femmes non serbes, musulmans et croates. Mais il ne s’agit pas d’une opération visant seulement à homogénéiser ethniquement le territoire et à garder le pouvoir. Le plus souvent, les hommes sont rassemblés et conduits dans des camps de concentration. Sur le chemin, beaucoup sont abattus ou frappés à mort, rassemblés et tués en masse. Les femmes sont déportées en camions dans d’autres régions, ou tuées, ou violées, ou conduites dans des camps de détention ou de concentration, ou encore dans des camps de viols. Il y a bien une volonté de destruction, à l’égard surtout des Musulmans de Bosnie-Herzégovine. Dans le nord et le centre de la Bosnie les populations civiles croates et musulmanes, dans des régions beaucoup moins homogènes que ne l’est l’Herzégovine occidentale, subissent de la part des milices serbes les mêmes traitements. Au Parlement, à Sarajevo, les députés serbes proclament bientôt l’indépendance de la « Republika Srpska », créée en janvier dans les régions de Bosnie-Herzégovine où les Serbes sont majoritaires. Cette région est actuellement l’une des deux entités qui forment la Bosnie-Herzégovine et occupe sa partie est, à la frontière de la Serbie. Le 8 avril 1992, l’état d’urgence est déclaré, alors que les combats s’intensifient autour de Mostar et de Sarajevo. Les populations fuient en masse.
Les franciscains de Medjugorje semblent avoir été surpris par la réaction armée de la Fédération yougoslave. Ils avaient cru d’abord, semble-t-il, en la possibilité d’un règlement politique de la sécession de la Bosnie-Herzégovine, avec l’appui des démocraties occidentales. Celui-ci fit défaut et Milošević ne fut pas immédiatement stoppé. Il eut longtemps l’aval de plusieurs démocraties occidentales, dont la France, qui, selon les termes de son gouvernement ne voulait pas « ajouter la guerre à la guerre ». Le père Slavko commente :
« Toute cette technique et tout ce mal sur l’espace de notre République de Bosnie-Herzégovine. Des tonnes et des tonnes d’explosifs, des dizaines et des dizaines d’armes et de munitions nous menacent. Nous sommes la cible et les victimes de cette guerre. La situation politique est affreuse car la démocratie, pour laquelle nous avons voté et que nous désirons, à laquelle nous avons droit, n’est pas protégée par les grands. [...] Il faudrait que toutes les nations qui ont reconnu l’indépendance de nos pays fassent en sorte que survive chez nous la démocratie et que nous soyons préservés de l’élimination. Dieu ne désire jamais la guerre. Dieu a annoncé la guerre contre le mal : de son talon, l’Immaculée écrasera la puissance du dragon, la puissance de Satan, la puissance du serpent [16]. »
Dans un entretien publié par sœur Emmanuel, le père Jozo déclare lui aussi :
« La démocratie pour laquelle nous avons voté et à laquelle nous avons droit n’est pas protégée par les grands. À travers ces dix ans la Gospa a préparé le cœur de tant d’hommes à se sentir proche de nous. Ce fut une telle violence depuis soixante-dix ans sur ces territoires communistes. Une violence terrible. Maintenant le monde entier en prend conscience. Comprenez-vous, cette guerre est un règlement de compte avec un certain mal qui a été... implanté ici depuis cinquante ans [17]. »
C’est le mois précédent, en mars 1992, que pour la première fois le terme de « Serbe » est employé par le père Slavko pour désigner l’ennemi, le prédateur et non plus le terme « communiste ». La guerre en Croatie, arrêtée depuis trois mois, avait fait 20 000 morts et bien des hommes d’Herzégovine avaient combattu aux côtés des Croates de Croatie. La guerre qui commence alors en Bosnie fera 200 000 morts, un tiers de la population sera réfugiée, et un nombre très important de personnes seront déplacées à l’intérieur du pays par les opérations de l’épuration ethnique.
En avril 1992, dès le début de la guerre, les femmes et les enfants de Medjugorje quittent le village pour se réfugier en Croatie, les hommes sont mobilisés. Les frères de plusieurs voyants sont envoyés au front. Les voyants et les franciscains commencent alors leurs voyages à travers le monde, en Europe et aux États-Unis où ils se rendront souvent à des fins de lobbying politique en faveur de la cause croate, et pour récolter des fonds et de l’aide humanitaire. Dans toute la région alentour, les forces croates et musulmanes (armée de Bosnie-Herzégovine) tentent ensemble de repousser les Serbes. En mai 1992, les troupes croates et musulmanes combattent côte à côte à Mostar, Ljubuski, Čapljina, Čitluk, Neum, mais les Serbes occupent une grande partie du pays. Les médiateurs internationaux proposent des plans de paix qui valident les lignes de front et font entrer la guerre dans une autre phase [18]. Les gens de Medjugorje reviendront dans leur village qui reçoit des subsides et de l’aide humanitaire dans des convois conduits ou commandités par des organisations de pèlerins et dévots de Medjugorje, ou par diverses ONG catholiques comme Caritas. Dans le même temps et au fur et à mesure de l’avancée des troupes et milices serbes, des réfugiés croates d’autres régions de Bosnie parviennent à Medjugorje et s’y arrêtent un temps avant d’essayer de gagner la côte dalmate.
Rupture de l’alliance croato-musulmane
Puis ce fut la rupture de l’alliance croato-musulmane et les troupes croates du HVO commencèrent elles aussi, vis-à-vis de l’armée de Bosnie-Herzégovine qui concentraient les forces militaires musulmanes et vis-à-vis des populations musulmanes, leur travail d’épuration ethnique, de meurtres, de destructions d’édifices privés et publics et de pillage en Herzégovine (région de Mostar) et en Bosnie centrale (vallée de la Lasva). (Pour ce qui concerne la région de Mostar, voir chap. VII.) Je ne veux pas dire ici que les Croates furent épargnés, eux, par cette guerre et qu’ils ne subirent pas de violences. Très loin de là. Ils furent l’objet, successivement (outre Vukovar en Croatie), des attaques serbes dans maints villages où ils vivaient aux côtés des Musulmans dans le nord et le centre de la Bosnie, puis de violences, pillages, actes de cruauté, dans de nombreux bourgs et villages, de la part des troupes de Musulmans de Bosnie comme l’atteste un certain nombre de procès conduits au TPIY [19]. Reste que les Musulmans furent, en nombre, les principales victimes de cette guerre, et que, dans le cadre de l’Herceg-Bosna, les Croates ont mis en place une politique d’épuration ethnique. « Défensive », diront-ils, comme le disent, aussi, les Serbes. Cependant, l’allégation du caractère prétendument spontané d’une réaction de vengeance aux meurtres commis par l’autre ou prévus par l’autre ne résiste pas à l’analyse. L’ensemble du conflit a été (sauf de façon marginale) préparé, organisé, planifié par des partis et par des États (Serbie puis Croatie) qui sont largement intervenus, comme tels, dans la guerre en Bosnie.
L’Herceg-Bosna fut idéologiquement soutenue par un type précis d’organisation de la mémoire entreprise dans les années 80 par les partis nationalistes (le HDZ pour ce qui concerne la communauté croate). Les contentieux existant localement entre clans d’origines différentes, la suspension du corps des lois, qu’elles soient constitutionnelles ou civiles, les différents mouvements de fronts et de frontières de l’agresseur — les troupes fédérales (serbes) —, qui, dès les premières semaines, occupèrent une grande partie de la Bosnie et avaient pris le contrôle de l’Herzégovine orientale, commençant le massacre et la déportation de villages entiers de Musulmans et de Croates, en fournirent l’occasion comme la justification [20]. C’est qu’ici les organisations militaires et miliciennes, appuyées sur ce même parti HDZ, avaient bien des visées nationalistes et pratiquaient l’épuration ethnique, désirant un territoire croate d’Herzégovine ethniquement pur.
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