
Charles de Foucauld
Par Raymond Beaugrand-Champagne
Jeune
homme extrêmement riche et frivole, il se donne au Christ. Né dans
une famille aristocratique à Strasbourg, tout près de l'Allemagne,
Charles de Foucauld ne s'intéresse qu'aux plaisirs. Il se fiche des
études et il n'a guère de volonté. Il cherche quand même à faire
carrière dans l'armée, mais en 1881, à 23 ans, il est renvoyé à
cause de sa conduite scandaleuse. Une photo que l’on a de lui à cet
âge est terrifiante; fatuité, insignifiance… La seule chose qu'il
retient de ces années, c'est une certaine fascination pour l'Afrique
du Nord, pour le désert. Il va un jour y retourner et s'y fera
géographe. Son âme, ce dont il est inconscient, se prépare à
rencontrer le Christ qui bouleversera toute sa vie. La
conversion exceptionnelle de Charles de Foucald est un peu due aux
Arabes musulmans, à leur façon de prier, qu'ils tiennent d'ailleurs
des chrétiens d'Arabie au VIIe siècle. La conversion de Charles de
Foucauld au Christ est l'une des plus remarquables conversions que
l'on connaisse.
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Charles enfant |
Il rencontrera profondément l'Amour qui lui avait semblé absent de l'Islam tel que vécu autour de lui. Comme l’explique bien Rémi Brague dans La loi de Dieu paru chez Gallimard en 2005: «L’islam se constituera progressivement en une religion où la loi se tient au centre de tout. La loi islamique entend régir l’ensemble des pratiques humaines: c’est Dieu qui doit dicter directement la loi.» C'est d'ailleurs, peut-on dire, ce que confirment plusieurs penseurs musulmans qui souhaitent depuis quelques années réformer l’islam et même le texte sacré du coran. Sera-ce possible? Certains le souhaitent ardemment. Mais leur vie est parfois en grave danger.
Héritier
d’une fortune immense à l’âge 18 ans, le
vicomte Charles de Foucauld se vautre dans des excès
invraisemblables et devient un goujat, un étudiant officier qui
occupe le dernier rang de sa promotion. Il faut voir sa photo à cet
âge, en page 33 de Itinétaire
spirituel de Charles de Foucauld, par
Jean-François Six, 459 pages, Seuil,
1958, Mais
dégoûté, il projette de partir pour le Maroc. C’est sous les
auspices de la Société de géographie d’Alger que Charles de Foucauld
va entreprendre au Maroc une exploration extrêmement dangereuse. Les
juifs,
bien que terriblement méprisés par la plupart des Marocains, peuvent
plus facilement se déplacer en groupe dans ce pays où le banditisme
était très répandu. C’est pourquoi il décide de se mêler à un groupe
qui se déplace avec un triste rabbin, Mardochée, lequel lui servira
de guide à la suite d’un contrat en bonne et due forme. Foucauld
porte donc des vêtements particuliers aux juifs syriens et algériens
et tout ce qu’il faut pour avoir l’air d’un rabbin et aussi d’un
médecin, membre de ce groupe exclusivement juif. Sa décision est
prise et ferme malgré les dangers qu’il aura à affronter. Il écrit à
sa sœur:«Quand on a décidé une chose, il faut la
faire jusqu’au bout!». C’est
là le début de sa conversion, bien qu’il n’en soit pas encore
conscient
Cette
expérience de neuf mois au Maroc se déroule sur une distance de
quatre mille kilomètres. Ce sera pour lui très profitable au plan
scientifique à tel point que les résultats de ses études de la
géographie du Maroc susciteront, lors de son retour en France,
l’admiration de la Société de géographie de Paris,. Mais ce contact
intime et prolongé avec des juifs lui aura fait partager
l’effroyable mépris dont sont frappés ces gens. Il en sera terrifié.
D’autre part, ces juifs l’auront terriblement déçu au plan
religieux. L’observance de certaines règles de ces gens ne lui
semble pas déboucher sur quoi que ce soit. Marguerite Castillon du
Perron, l’une de ses plus importantes biographes, rapporte à ce
sujet des choses étonnantes dans Charles
de Foucauld, Grasset,
523 pages, 1982.
Revenons à Rémi Brague qui écrit dans La
loi de Dieu: «Dans le judaïsme de la
dispersion, la Loi
a figuré la seule présence de Dieu auprès d’un peuple désormais
privé de son royaume et de son Temple; elle coïncidait avec Dieu.»
À
son retour en France, Charles de Foucauld est heureux de retrouver
sa cousine
Marie
de Bondy. Elle l’impressionne par sa foi éclairée et sa sérénité.
Plusieurs membres de sa famille sont d’ailleurs remarquables par
leur foi chrétienne et cela l’interpelle. Marie de Bondy lui fait
connaître son père spirituel, l’abbé Henri Huvelin. Il est
impressionné par ce prêtre authentique et reconnu comme un saint.
Charles de Foucauld dit à sa cousine: «Vous êtes heureuse de croire;
je cherche la lumière, et je ne la trouve pas.». Le 17 octobre 1886, il
se rend à l’église Saint-Augustin où il sait qu’il trouvera dans un
confessionnal l’abbé Huvelin. Il s’approche et l’aperçoit, assis,
immobile: «Monsieur
l’abbé, je n’ai pas la foi; je viens vous demander de m’instruire. –
Mettez-vous à genoux, confessez-vous à Dieu: Vous croirez. – Mais je
ne suis pas venu pour cela. – Confessez-vous… Ce n’était pas
habituel chez l’abbé Huvelin. Au contraire. Il fut sans doute
conduit par l’Esprit.
«Il n’y a pas à
tergiverser, écrit Marguerite Castillon du Perron. Il émane de ce
ton une telle certitude, une telle miséricorde, que Charles se sent
à la fois persuadé et pardonné. Il s’agenouille et parle. Combien de
temps ?» Son âme qui se révèle à lui, lui apparaît alors dans toute
sa pesanteur, sa lourdeur. Il écrira à l’abbé Huvelin qui deviendra
son accompagnateur spirituel: «Vous
me faisiez éprouver un vide douloureux, une brûlure que je n’ai
jamais éprouvés jusqu’alors… Vous me donniez une inquiétude vague
d’une conscience mauvaise qui, tout endormie qu’elle est, n’est pas
tout à fait morte.»
Pour
la première fois depuis bien longtemps, Foucauld reçoit l’absolution
de ses fautes. Le miracle s’opère. Il sait que Dieu existe. «Vous
êtes à jeun ? questionne l’abbé Huvelin. – Oui. – Allez communier.»
Charles de Foucauld se dirige vers l’autel de la Sainte Vierge et
reçoit l’Eucharistie. «C’est alors, "raconte Marguerite Castillon à
la page 154", que la grâce l’illumine enfin, et que Dieu prend
possession de son âme. À l’instant même où la lumière lui est
donnée, Charles de Foucauld sait de façon irrémédiable qu’il n’y
aura plus jamais rien d’autre… Dans cette seconde fulgurante où la
Toute-Puissance s’installe en lui, il découvre au delà de la raison
et de toute logique, en dehors du temps de la terre, Celui qui est.»
Charles
de Foucauld se souvient de cette journée lumineuse : «Je ne puis
m’empêcher
de
pleurer en y pensant, et je ne veux pas empêcher ces larmes de
couler, elles sont trop justes, mon Dieu ! Quels ruisseaux de larmes
devraient couler de mes yeux en souvenir de telles miséricordes !
Que vous avez été bon ! Que je suis heureux, qu’aie-je fait pour
cela ? »
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La Tombe
du Père Charles de Foucauld |
Charles de Foucauld
deviendra moine trappiste (cistercien), puis serviteur de moniales
clarisses à Nazareth, enfin prêtre et ermite dans le désert qui
l’avait autrefois profondément saisi. Il faut contempler les photos
que l’on a de lui au désert. C’est fascinant. (Cf. la biographie due
à J.-F. Six). Il mourra assassiné en 1916, à 58 ans. Son influence
est immense.
Le rayonnement de Charles de Foucauld s’est étendu partout, y compris au Québec. Nous y reviendrons. Charles de Foucauld a résumé sa vie par ces paroles: «Dès que j’ai su que Dieu existait, je n’ai pu faire autrement que de ne vivre que pour Lui. Ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi.» (Cf. Michel Lafon, Prier 15 jours avec Charles de Foucauld, Nouvelle Cité)
Le bienheureux Charles de Foucauld (2e partie)
Comment priait-il ?
Le Père René Voillaume, fin connaisseur de l’âme de Charles de Foucauld, fondateur des petits frères de Jésus, disciple du Père de Foucauld, va m’aider à vous expliquer comment priait l’ermite Charles de Foucauld, Pensons-y bien. Foucauld perd totalement la foi à quinze ans. Il devient riche d’une fortune immense à l’âge de dix-huit ans. Il mène une vie ridicule et même scandaleuse. Puis il se convertit à vingt-sept ans grâce à un prêtre séculier extraordinaire, l’abbé Huvelin qui devient son guide spirituel. Foucauld devient moine trappiste, puis humble serviteur dans un cloître de clarisses à Nazareth, et enfin ermite dans un immense désert en Afrique du Nord, en pays musulman. Il vit seul, très seul. Comment a-t-il pu y arriver? Par la prière, évidemment. Mais comment priait-il ?
J’ai eu l’occasion, à 23 ans, en 1950, de vivre quelque temps comme
un moine à la Grande Chartreuse, fondée par saint Bruno, dans les
Alpes. Les chartreux sont des ermites. Or j’ai trouvé cela
passionnant, mais, je dois l’avouer, écrasant, un peu angoissant. Je
préfère la vie monastique des bénédictins qui vivent ensemble. J’ai
aussi fait récemment une retraite dans un ermitage chez les moniales
de Bethléem à Chertsey, dans la région de Joliette. Seulement six
jours dans le dénuement complet, sauf les offices magnifiques de ces
moniales «chartreuses», lesquelles sont étonnantes de joie profonde.
J’ai lentement médité chaque jour les Évangiles dans le silence de
l’ermitage. J’ai beaucoup apprécié cette retraite totale. J’y
retournerai. Mais ce n’est pas facile. On risque de tomber dans la
détresse. Pourtant, ma vie est une vie de solitaire au coeur de la
ville. C’est là toute la différence, me semble-t-il.
Chez
ces moniales ermites, j’ai surtout compris, pour la deuxième fois,
cinquante-cinq ans plus tard, que la grâce de vivre en ermitage doit
absolument être puissante. C’est un mystère. Serait-ce la preuve
ultime de l’existence et de l’amour du Dieu vivant? Je le croirais. C’est impossible
autrement de vivre de cette façon durant toute une vie sans perdre
pied.
Il
nous faut bien comprendre, en ce XXIe siècle, que Charles de
Foucauld a vécu dans un véritable désert au tout début du siècle
dernier, donc sans téléphone, sans radio, sans internet, sans rien
d’autre que le silence total. L’isolement d’un ermite au désert doit
probablement être invivable après un certain temps. Il m’est en
effet difficile de comprendre comment Charles de Foucauld a pu
résister à la dépression et au désespoir. Il a tout sacrifié. Seul
lui restait l’amour absolu de Dieu qui Lui était présent, mais
invisible. Il est vrai qu’il a compilé un immense dictionnaire
touareg-français et qu’il avait parfois des visiteurs, y compris de
pauvres Bédouins.
Alors,
on peut se demander si Dieu et Charles de Foucauld se parlaient et
comment ils pouvaient bien communiquer. Il faut se résoudre à croire
qu’ils se parlaient souvent. Ceux qui ont la chance d’apprendre à
aimer Charles de Jésus, nom qu’il aimait porter, savent qu’il aimait
dire à ceux qui osaient lui demander ce qu’était la prière: «Prier,
c’est penser à Dieu en l’aimant». Cette réponse est tellement
simple, mais tellement vraie. C’est la simplicité qui l’a sauvé.
Qui
peut dire ce que sont la pensée et l’amour de Dieu dans le coeur
d’un homme? On sait au moins que dans un coeur chrétien, selon le
Père Voillaume, la prière est l’expression d’une relation proprement
filiale au Dieu Père de Jésus-Christ. Or justement, c’est dans cet
esprit que Charles de Foucauld nous a laissé l’une des plus belles
prières de notre temps. Ce serait une bonne idée de l’apprendre par
coeur:
«Mon Père,
Je
m’abandonne à toi.
Fais de moi
ce qu’il te plaira.
Quoi que tu
fasses de moi, je te remercie.
Je suis prêt
à tout.
J’accepte
tout.
Pourvu que ta
volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures.
Je ne désire
rien d’autre, mon Dieu.
Je remets mon
âme entre tes mains.
Je te la
donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je
t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie
confiance, car tu es mon Père. Amen.»
Cette
prière d’abandon à l’amour de Dieu est aujourd’hui répandue partout,
dans presque toutes les langues. On voit bien par cette admirable
prière que Charles de Foucauld avait le sens de la Présence divine.
Cette Présence était pour lui vivante et totale. C’est d’ailleurs le
secret fondamental de la vraie prière qui doit se nourrir d’une des
plus grandes vertus tant oubliée: l’émerveillement. Il savait
s’émerveiller et entendre l’amour de Dieu qui frappait
continuellement à son cœur en toutes les circonstances, derrière les
moindres choses.
Il
me semble qu’il faudrait enseigner aux jeunes la vertu de
l’émerveillement qui mène à l’adoration. Si nous faisions tous cela
à chaque messe, à chaque Eucharistie, nos assemblées seraient
transformées, et nous transformerions le monde. Il faut retrouver
l’élan mystique tant négligé. Car il s’agit dans la prière de parler
à Quelqu’un, avec une attention soutenue, attentive, aimante, et
d’accepter d’être aimé de Lui. «Prier, c’est penser à Dieu en
l’aimant».
Or
dans le cas de Charles de Foucauld, il faut se rappeler qu’il ne
pouvait que rarement célébrer la messe. À son époque, un prêtre
devait avoir un servant qui représentait l’assemblée des croyants.
Or il était vraiment seul. Il conservait donc une hostie consacrée
qu’il exposait dans un ostensoir sur l’autel de son ermitage à
Tamanrasset, dans le Sud-Algérien. Il avait choisi en 1905 cet
endroit, car il voulait que Jésus soit présent en ce désert où il
n’y a pas de tabernacle.
Le
frère Charles de Jésus priait donc très souvent agenouillé devant le
Saint Sacrement. C’est là, dans le silence le plus total du désert,
qu’il rejoignait le Christ présent, Fils éternel de Dieu son Père.
Pourquoi devant une hostie consacrée? Parce que, affirme le Père
René Voillaume, «l’invisible et le transcendant ne peuvent
habituellement nous atteindre et nous demeurer présents qu’au
travers de signes sensibles; le Christ le savait bien, lui qui a
voulu demeurer parmi nous pas ce sacrement».
C’est
dire que quand nous sommes devant une hostie exposée, Jésus est là
devant notre regard qui doit être plein de foi et d’amour, à
l’exemple du Frère Charles de Jésus. C’est à cette condition que
dans ces moments nous pouvons rejoindre la prière même du Christ,
perpétuelle intercession amoureuse après du Père. C’est ainsi que
priait cet ermite qui se perdait tout entier «en pure perte de soi».
Sa prière était simple, très simple, mais remplie d’un amour
indéfectible. Elle était basée sur l’Eucharistie et sur les
Évangiles. Et pourtant, il avouait que parfois, il tombait dans
l’ennui malgré les heures de joie. Dans toute vie de prière, il y a,
nous le savons tous, des périodes d’obscurité et des instants de
lumière.
Souvenons-nous
donc que ces instants de lumière valent toutes les joies du monde.
La certitude que Dieu nous aime vaut toutes les amours du monde. La
joie qui nous vient de Dieu vaut toutes les joies. L’Eucharistie
vaut toutes les prières. C’est l’Eucharistie qui est au cœur de nos
vies.
Dieu
est amour. Dieu est présent.
Bienheureux Charles de
Foucauld, ermite - 3e partie
Son
immense rayonnement dans le monde entier
Étonnant
personnage que le bienheureux Charles de Foucauld récemment béatifié
à Rome. Jeune homme, il se retrouve démoli par la jouissance d’une
immense fortune héritée à 18 ans. «C’est l’égoïsme absolu dans
l’obscurité et la boue, écrit-il. Les gens les plus mondains ne
m’estimaient pas; je les dégoûtais. J’étais moins un homme qu’un
porc.». Or à 28 ans, il se redresse intérieurement sans le vouloir
vraiment, et se convertit à l’amour du Christ.
C’est
en effet l’éclat de la lumière de Dieu qui l’enveloppe subitement
dans un confessionnal, à Paris, où il refusait d’entrer pour s’y
agenouiller. Car un simple prêtre séculier, instrument de la bonté
divine, a eu raison de ses résistances. Ce prêtre ose
exceptionnellement le forcer, en quelque sorte, à confesser ses
innombrables fautes. Cet abbé Huvelin, un intellectuel parisien,
deviendra bientôt son guide spirituel, et quel bon guide ! Il le
conduira à la sainteté. «Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu,
j’ai compris que je ne pouvais faire autrement que de ne plus vivre
que pour lui.» L’Amour l’a saisi.
C’est
cette même sainteté que recherchent ceux qui, en très grand nombre,
ont entrepris de suivre ses traces. C’est le dépouillement total qui
fascinent ses disciples, ce dépouillement dont parle admirablement
Jean Tauler, dominicain alsacien du XIVe siècle, en commentant
l’évangile de Zachée : «Que dit Notre Seigneur à Zachée? «Descends
vite.» Tu dois donc descendre, tu ne dois pas retenir une seule
goutte de consolation de toutes tes impressions dans la prière, mais
descendre dans ton pur néant, dans ta pauvreté, dans ton
impuissance... Tu n'en es pas arrivé à l'abandon parfait. Ce n'est
pas encore la pleine pureté. C'est pourquoi Dieu l'appelle à un
plein renoncement en tout ce en quoi l’âme possède encore quelque
chose en propre. «Car aujourd'hui il me faut demeurer chez toi.»
Voilà
résumée au XIVe siècle la quintessence du message évangélique qui a
transformé la vie de millions de chrétiens depuis 2000 ans et plus
particulièrement les disciples de Charles de Foucauld au XXe siècle.
Il ne s’agit de tuer son moi, mais de détruire son égoïsme, sa
propre suffisance, les moindres traces d’orgueil. Alors jaillit de
l’âme la joie stupéfiante sertie de douceur et d’humilité, de
courage et de dévouement joyeux.
C’est
grâce à l’écrivain René Bazin, auteur de L’appel
du silence, paru chez Plon en 1921, que l’on a appris à
connaître Charles de Foucauld. Léon Poirier en a fait en 1939 un
film du même titre qui a bouleversé les foules. Mais
ce genre de cinéma nous semble aujourd’hui plutôt stéréotypé,
d’autant plus que l’acteur principal, Yonnel, déclame plus qu’il ne
joue.
De
très nombreuses autres biographies sont parues, dont celle de René
Voillaume, prieur des Petits Frères de Jésus: in Les
Fraternités du Père de Foucauld (en 1946 au Cerf), celles
de Jean-François Six aux éditions du Seuil et
de Michel Carrouges aux éditions du Cerf en
1954, celle, dans un style très direct, de Charles Lepetit aux mêmes
éditions. Marguerite Castillon du Perron, mère de famille nombreuse,
a travaillé dix ans pour publier chez Grasset,
en 1982, un considérable Charles
de Foucauld.
Les
écrits de Foucauld sont parus en de très nombreux volumes chez
Nouvelle Cité. Je mentionne en particulier les «méditations sur les
Saints Évangiles» sous le titre de L’Imitation
du Bien-Aimé (1997). Plusieurs
de ses lettres ont aussi été publiées. On en connaît 15,000! On a
heureusement de lui de nombreuses photographies parfois saisissantes
prises par des visiteurs de passage.
Sont
nés à la suite de ces parutions en diverses langues des groupes et
des communautés religieuses inspirés par la spiritualité
foucauldienne. La famille spirituelle de Charles de Foucauld compte
en ce XXIe siècle 15,000 membres, sans compter les milliers
d’inconnus qui sont des disciples effacés et parfois très connus. Or
il faut bien se rappeler que Foucauld n’a eu qu’un seul candidat
venu de France et bientôt reparti. La règle des Petits Frères du
Sacré-Cœur était trop exigeante. Il mourut donc seul, assassiné par
un gamin de 15 ans accompagné d’adultes.
Alors
que nous croyons que l’Église catholique agonise sous
les innombrables attaques qui lui viennent de toute part, elle
demeure toujours celle que Georges Bernanos appelait l’Église des
saints. Oui, affirmait Bernanos: «Notre Église est l’Église des
saints». Il y a aujourd’hui quinze mille catholiques qui suivent à
divers titres les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Notre
tristesse, au Québec, est de ne pas nous rendre compte que l’Église
est toujours animée par de nombreux groupes, parfois immenses, de
saints, des saints vivants, des saints qui circulent parmi nous,
dans tous les pays, et sans doute chez nous.
«Les 19 groupes de cette remarquable Famille spirituelle de Charles Foucauld sont organisés en onze communautés religieuses différentes, deux instituts séculiers et six associations publiques ou privées de fidèles. Chacun des groupes a des accents particuliers venant de son origine et de son histoire propres. Mais tous ont en commun les grandes orientations de Charles de Foucauld: tous veulent vivre dans l’esprit de Nazareth, autour de Jésus présent dans l’Eucharistie, pour «crier l’Évangile» par un témoignage de partage et d’amour fraternel donné à tout le monde, à chaque personne rencontrée, avec une attention spéciale aux pauvres.» Voici donc ces groupes selon leur date de fondation. Vous trouverez, grâce à l’internet, sur le site «Charles de Foucauld; la Famille spirituelle», les coordonnées pour savoir comment devenir membre, si le coeur vous en dit et si vous en avez le courage ou la vocation. Voici quelques-uns de ces groupes qui pourront vous intéressez davantage :
1. Jean-François Six, prêtre à Paris, est coordonnateur de l’Union des Frères et Sœurs de Jésus, fondée par Charles de Foucauld en 1909, continuée après sa mort en 1916 par Louis Massignon. Les membres, prêtres et laïcs, consentent à vivre selon les conseils évangéliques du Directoire de Charles de Foucauld.
2. Les Petits frères de Jésus, fondés à Paris en 1933, par René Voillaume, prêtre, sont de 36 nationalités et répandus dans 45 pays. Ils sont présents à Toronto.
3. Les Petites sœurs de Jésus, fondées en Algérie en 1939 par Sœur Magdeleine, sont 1500 répandues dans 60 pays. Elles sont présentes à Montréal. J’ai rencontré à leur maison principale, à Rome, la fondatrice qui m’a recommandé d’inviter à Rencontres celle qui lui a succédé, sœur Annie. À écouter à www.dieu-parmi-nous.com.
4. La Fraternité sacerdotale JESUS-CARITAS est une immense association de prêtres diocésains fondée en 1951.
5. La Fraternité séculière Charles de Foucauld fondée en 1953 regroupe des prêtres et des laïcs.
6. Les Petits frères de l’Évangile, institut religieux fondé en 1956 en France, se retrouve dans de nombreux pays.
7. Les Petites sœurs de l’Évangile, fondées en 1963 au Vénézuela, elles ont leur siège à Paris.
8. La Comunita’ dei Piccoli Fratelli di JESUS CARITAS, religieux fondés en 1969, à Foligno, Italie, au service du ministère paroissial. Excellente initiative!
9. Les Petits frères de l’Incarnation, religieux fondés en Haïti par le Frère Francklin Armand, en 1969, au service des paysans pauvres.
10. Les Petits frères de la Croix, communauté monastique fondée au Québec en 1980, par l’abbé Michel Verret. Leur monastère est situé à Sainte-Agnès, près de La Malbaie. J’y suis allé quelques fois et je vous recommande de vous y rendre. La foi y est grande et l’hôtellerie magnifique.
11. Les Petites sœurs de l’Incarnation, fondées en Haïti, à Port-au-Prince.
12. La Fraternité Charles de Foucauld, fondée en 1992, est un groupe international de femmes laïques ayant opté pour le célibat. Responsable en France : Thérèse Bultel, 54 av. de la Libération, 62510 Arques, tél. 03 21 98 34 08.
Le bienheureux Charles de Foucauld, qui désirait tant fonder a souvent résumé son but. Il l’a admirablement fait dans un texte intitulé Semeur d’amour: «Semez de l’amour, vous récolterez de l’amour, a dit saint Jean de la Croix. Le meilleur moyen pour se faire aimer est d’aimer soi-même; et être aimé, c’est le moyen de voir ses exemples suivis, ses paroles écoutées, ses conseils efficaces, ses affirmations crues, ses croyances adoptées. Cette bonté, c’est envers tous qu’il faut l’avoir. Dieu, pour nous sauver, est venu à nous, s’est mêlé à nous, a vécu avec nous dans le contact le plus familier et le plus étroit, de l’Annonciation à l’Ascension. Ainsi nous devons, pour travailler au salut des âmes, aller à elles, nous mêler à elles, vivre avec elles dans un contact familier et étroit. Nous devons le faire pour tous ceux à la conversion desquels Dieu veut que nous travaillions particulièrement, et surtout pour les infidèles. Allez à eux les premiers, alors que souvent ils se tiennent à l’écart et nous fuient. Car avec les musulmans, la seule voie possible: instruire et civiliser d’abord, convertir ensuite.»
On peut voir d’autre part une entrevue magistrale de l’auteur à "Rencontres" sur le site www.dieu-parmi-nous.com