Enfant Prodigue

Charles de Foucauld

Par Raymond Beaugrand-Champagne

Charles de Foucauld (1858-1916)

         Jeune homme extrêmement riche et frivole, il se donne au Christ. Né dans une famille aristocratique à Strasbourg, tout près de l'Allemagne, Charles de Foucauld ne s'intéresse qu'aux plaisirs. Il se fiche des études et il n'a guère de volonté. Il cherche quand même à faire carrière dans l'armée, mais en 1881, à 23 ans, il est renvoyé à cause de sa conduite scandaleuse. Une photo que l’on a de lui à cet âge est terrifiante; fatuité, insignifiance… La seule chose qu'il retient de ces années, c'est une certaine fascination pour l'Afrique du Nord, pour le désert. Il va un jour y retourner et s'y fera géographe. Son âme, ce dont il est inconscient, se prépare à rencontrer le Christ qui bouleversera toute sa vie. La conversion exceptionnelle de Charles de Foucald est un peu due aux Arabes musulmans, à leur façon de prier, qu'ils tiennent d'ailleurs des chrétiens d'Arabie au VIIe siècle. La conversion de Charles de Foucauld au Christ est l'une des plus remarquables conversions que l'on connaisse.

Charles enfant

Il rencontrera profondément l'Amour qui lui avait semblé absent de l'Islam tel que vécu autour de lui. Comme l’explique bien Rémi Brague dans La loi de Dieu paru chez Gallimard en 2005: «L’islam se constituera progressivement en une religion où la loi se tient au centre de tout. La loi islamique entend régir l’ensemble des pratiques humaines: c’est Dieu qui doit dicter directement la loi.» C'est d'ailleurs, peut-on dire, ce que confirment plusieurs penseurs musulmans qui souhaitent depuis quelques années réformer l’islam et même le texte sacré du coran. Sera-ce possible? Certains le souhaitent ardemment. Mais leur vie est parfois en grave danger.

          Héritier d’une fortune immense à l’âge 18 ans, le vicomte Charles de Foucauld se vautre dans des excès invraisemblables et devient un goujat, un étudiant officier qui occupe le dernier rang de sa promotion. Il faut voir sa photo à cet âge, en page 33 de Itinétaire spirituel de Charles de Foucauld, par Jean-François Six, 459 pages, Seuil, 1958, Mais dégoûté, il projette de partir pour le Maroc. C’est sous les auspices de la Société de géographie d’Alger que Charles de Foucauld va entreprendre au Maroc une exploration extrêmement dangereuse. Les juifs, bien que terriblement méprisés par la plupart des Marocains, peuvent plus facilement se déplacer en groupe dans ce pays où le banditisme était très répandu. C’est pourquoi il décide de se mêler à un groupe qui se déplace avec un triste rabbin, Mardochée, lequel lui servira de guide à la suite d’un contrat en bonne et due forme. Foucauld porte donc des vêtements particuliers aux juifs syriens et algériens et tout ce qu’il faut pour avoir l’air d’un rabbin et aussi d’un médecin, membre de ce groupe exclusivement juif. Sa décision est prise et ferme malgré les dangers qu’il aura à affronter. Il écrit à sa sœur:«Quand on a décidé une chose, il faut la faire jusqu’au bout!». C’est là le début de sa conversion, bien qu’il n’en soit pas encore conscient.

           Cette expérience de neuf mois au Maroc se déroule sur une distance de quatre mille kilomètres. Ce sera pour lui très profitable au plan scientifique à tel point que les résultats de ses études de la géographie du Maroc susciteront, lors de son retour en France, l’admiration de la Société de géographie de Paris,. Mais ce contact intime et prolongé avec des juifs lui aura fait partager l’effroyable mépris dont sont frappés ces gens. Il en sera terrifié. D’autre part, ces juifs l’auront terriblement déçu au plan religieux. L’observance de certaines règles de ces gens ne lui semble pas déboucher sur quoi que ce soit. Marguerite Castillon du Perron, l’une de ses plus importantes biographes, rapporte à ce sujet des choses étonnantes dans Charles de Foucauld, Grasset, 523 pages, 1982. Revenons à Rémi Brague qui écrit dans La loi de Dieu: «Dans le judaïsme de la dispersion, la Loi  a figuré la seule présence de Dieu auprès d’un peuple désormais privé de son royaume et de son Temple; elle coïncidait avec Dieu.»

             À son retour en France, Charles de Foucauld est heureux de retrouver sa cousine Marie de Bondy. Elle l’impressionne par sa foi éclairée et sa sérénité. Plusieurs membres de sa famille sont d’ailleurs remarquables par leur foi chrétienne et cela l’interpelle. Marie de Bondy lui fait connaître son père spirituel, l’abbé Henri Huvelin. Il est impressionné par ce prêtre authentique et reconnu comme un saint. Charles de Foucauld dit à sa cousine: «Vous êtes heureuse de croire; je cherche la lumière, et je ne la trouve pas.». Le 17 octobre 1886,  il se rend à l’église Saint-Augustin où il sait qu’il trouvera dans un confessionnal l’abbé Huvelin. Il s’approche et l’aperçoit, assis, immobile:  «Monsieur l’abbé, je n’ai pas la foi; je viens vous demander de m’instruire. – Mettez-vous à genoux, confessez-vous à Dieu: Vous croirez. – Mais je ne suis pas venu pour cela. – Confessez-vous… Ce n’était pas habituel chez l’abbé Huvelin. Au contraire. Il fut sans doute conduit par l’Esprit.

«Il n’y a pas à tergiverser, écrit Marguerite Castillon du Perron. Il émane de ce ton une telle certitude, une telle miséricorde, que Charles se sent à la fois persuadé et pardonné. Il s’agenouille et parle. Combien de temps ?» Son âme qui se révèle à lui, lui apparaît alors dans toute sa pesanteur, sa lourdeur. Il écrira à l’abbé Huvelin qui deviendra son accompagnateur spirituel: «Vous me faisiez éprouver un vide douloureux, une brûlure que je n’ai jamais éprouvés jusqu’alors… Vous me donniez une inquiétude vague d’une conscience mauvaise qui, tout endormie qu’elle est, n’est pas tout à fait morte.» 

                 Pour la première fois depuis bien longtemps, Foucauld reçoit l’absolution de ses fautes. Le miracle s’opère. Il sait que Dieu existe. «Vous êtes à jeun ? questionne l’abbé Huvelin. – Oui. – Allez communier.» Charles de Foucauld se dirige vers l’autel de la Sainte Vierge et reçoit l’Eucharistie. «C’est alors, "raconte Marguerite Castillon à la page 154", que la grâce l’illumine enfin, et que Dieu prend possession de son âme. À l’instant même où la lumière lui est donnée, Charles de Foucauld sait de façon irrémédiable qu’il n’y aura plus jamais rien d’autre… Dans cette seconde fulgurante où la Toute-Puissance s’installe en lui, il découvre au delà de la raison et de toute logique, en dehors du temps de la terre, Celui qui est.»

                 Charles de Foucauld se souvient de cette journée lumineuse : «Je ne puis m’empêcher de pleurer en y pensant, et je ne veux pas empêcher ces larmes de couler, elles sont trop justes, mon Dieu ! Quels ruisseaux de larmes devraient couler de mes yeux en souvenir de telles miséricordes ! Que vous avez été bon ! Que je suis heureux, qu’aie-je fait pour cela ? »

La Tombe du Père Charles de Foucauld
au cimetière d'El Goléa

Charles de Foucauld deviendra moine trappiste (cistercien), puis serviteur de moniales clarisses à Nazareth, enfin prêtre et ermite dans le désert qui l’avait autrefois profondément saisi. Il faut contempler les photos que l’on a de lui au désert. C’est fascinant. (Cf. la biographie due à J.-F. Six). Il mourra assassiné en 1916, à 58 ans. Son influence est immense.

Le rayonnement de Charles de Foucauld s’est étendu partout, y compris au Québec. Nous y reviendrons. Charles de Foucauld a résumé sa vie par ces paroles: «Dès que j’ai su que Dieu existait, je n’ai pu faire autrement que de ne vivre que pour Lui. Ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi.» (Cf. Michel Lafon, Prier 15 jours avec Charles de Foucauld, Nouvelle Cité)         


Le bienheureux Charles de Foucauld (2e partie)

Comment priait-il ? 

     Le Père René Voillaume, fin connaisseur de l’âme de Charles de Foucauld, fondateur des petits frères de Jésus, disciple du Père de Foucauld, va m’aider à vous expliquer comment priait l’ermite Charles de Foucauld, Pensons-y bien. Foucauld perd totalement la foi à quinze ans. Il devient riche d’une fortune immense à l’âge de dix-huit ans. Il mène une vie ridicule et même scandaleuse. Puis il se convertit à vingt-sept ans grâce à un prêtre séculier extraordinaire, l’abbé Huvelin qui devient son guide spirituel. Foucauld devient moine trappiste, puis humble serviteur dans un cloître de clarisses à Nazareth, et enfin ermite dans un immense désert en Afrique du Nord, en pays musulman. Il vit seul, très seul. Comment a-t-il pu y arriver? Par la prière, évidemment. Mais comment priait-il ?

        J’ai eu l’occasion, à 23 ans, en 1950, de vivre quelque temps comme un moine à la Grande Chartreuse, fondée par saint Bruno, dans les Alpes. Les chartreux sont des ermites. Or j’ai trouvé cela passionnant, mais, je dois l’avouer, écrasant, un peu angoissant. Je préfère la vie monastique des bénédictins qui vivent ensemble. J’ai aussi fait récemment une retraite dans un ermitage chez les moniales de Bethléem à Chertsey, dans la région de Joliette. Seulement six jours dans le dénuement complet, sauf les offices magnifiques de ces moniales «chartreuses», lesquelles sont étonnantes de joie profonde. J’ai lentement médité chaque jour les Évangiles dans le silence de l’ermitage. J’ai beaucoup apprécié cette retraite totale. J’y retournerai. Mais ce n’est pas facile. On risque de tomber dans la détresse. Pourtant, ma vie est une vie de solitaire au coeur de la ville. C’est là toute la différence, me semble-t-il.

       Chez ces moniales ermites, j’ai surtout compris, pour la deuxième fois, cinquante-cinq ans plus tard, que la grâce de vivre en ermitage doit absolument être puissante. C’est un mystère. Serait-ce la preuve ultime de l’existence et de l’amour du Dieu vivant? Je le croirais. C’est impossible autrement de vivre de cette façon durant toute une vie sans perdre pied.

     Il nous faut bien comprendre, en ce XXIe siècle, que Charles de Foucauld a vécu dans un véritable désert au tout début du siècle dernier, donc sans téléphone, sans radio, sans internet, sans rien d’autre que le silence total. L’isolement d’un ermite au désert doit probablement être invivable après un certain temps. Il m’est en effet difficile de comprendre comment Charles de Foucauld a pu résister à la dépression et au désespoir. Il a tout sacrifié. Seul lui restait l’amour absolu de Dieu qui Lui était présent, mais invisible. Il est vrai qu’il a compilé un immense dictionnaire touareg-français et qu’il avait parfois des visiteurs, y compris de pauvres Bédouins.

      Alors, on peut se demander si Dieu et Charles de Foucauld se parlaient et comment ils pouvaient bien communiquer. Il faut se résoudre à croire qu’ils se parlaient souvent. Ceux qui ont la chance d’apprendre à aimer Charles de Jésus, nom qu’il aimait porter, savent qu’il aimait dire à ceux qui osaient lui demander ce qu’était la prière: «Prier, c’est penser à Dieu en l’aimant». Cette réponse est tellement simple, mais tellement vraie. C’est la simplicité qui l’a sauvé.

       Qui peut dire ce que sont la pensée et l’amour de Dieu dans le coeur d’un homme? On sait au moins que dans un coeur chrétien, selon le Père Voillaume, la prière est l’expression d’une relation proprement filiale au Dieu Père de Jésus-Christ. Or justement, c’est dans cet esprit que Charles de Foucauld nous a laissé l’une des plus belles prières de notre temps. Ce serait une bonne idée de l’apprendre par coeur:

«Mon Père,

Je m’abandonne à toi.

Fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout.

J’accepte tout.

Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures.

Je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur,

parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père. Amen.»

        Cette prière d’abandon à l’amour de Dieu est aujourd’hui répandue partout, dans presque toutes les langues. On voit bien par cette admirable prière que Charles de Foucauld avait le sens de la Présence divine. Cette Présence était pour lui vivante et totale. C’est d’ailleurs le secret fondamental de la vraie prière qui doit se nourrir d’une des plus grandes vertus tant oubliée: l’émerveillement. Il savait s’émerveiller et entendre l’amour de Dieu qui frappait continuellement à son cœur en toutes les circonstances, derrière les moindres choses.

         Il me semble qu’il faudrait enseigner aux jeunes la vertu de l’émerveillement qui mène à l’adoration. Si nous faisions tous cela à chaque messe, à chaque Eucharistie, nos assemblées seraient transformées, et nous transformerions le monde. Il faut retrouver l’élan mystique tant négligé. Car il s’agit dans la prière de parler à Quelqu’un, avec une attention soutenue, attentive, aimante, et d’accepter d’être aimé de Lui. «Prier, c’est penser à Dieu en l’aimant».

        Or dans le cas de Charles de Foucauld, il faut se rappeler qu’il ne pouvait que rarement célébrer la messe. À son époque, un prêtre devait avoir un servant qui représentait l’assemblée des croyants. Or il était vraiment seul. Il conservait donc une hostie consacrée qu’il exposait dans un ostensoir sur l’autel de son ermitage à Tamanrasset, dans le Sud-Algérien. Il avait choisi en 1905 cet endroit, car il voulait que Jésus soit présent en ce désert où il n’y a pas de tabernacle.

         Le frère Charles de Jésus priait donc très souvent agenouillé devant le Saint Sacrement. C’est là, dans le silence le plus total du désert, qu’il rejoignait le Christ présent, Fils éternel de Dieu son Père. Pourquoi devant une hostie consacrée? Parce que, affirme le Père René Voillaume, «l’invisible et le transcendant ne peuvent habituellement nous atteindre et nous demeurer présents qu’au travers de signes sensibles; le Christ le savait bien, lui qui a voulu demeurer parmi nous pas ce sacrement».

          C’est dire que quand nous sommes devant une hostie exposée, Jésus est là devant notre regard qui doit être plein de foi et d’amour, à l’exemple du Frère Charles de Jésus. C’est à cette condition que dans ces moments nous pouvons rejoindre la prière même du Christ, perpétuelle intercession amoureuse après du Père. C’est ainsi que priait cet ermite qui se perdait tout entier «en pure perte de soi». Sa prière était simple, très simple, mais remplie d’un amour indéfectible. Elle était basée sur l’Eucharistie et sur les Évangiles. Et pourtant, il avouait que parfois, il tombait dans l’ennui malgré les heures de joie. Dans toute vie de prière, il y a, nous le savons tous, des périodes d’obscurité et des instants de lumière.

          Souvenons-nous donc que ces instants de lumière valent toutes les joies du monde. La certitude que Dieu nous aime vaut toutes les amours du monde. La joie qui nous vient de Dieu vaut toutes les joies. L’Eucharistie vaut toutes les prières. C’est l’Eucharistie qui est au cœur de nos vies.

          Dieu est amour. Dieu est présent.


Bienheureux Charles de Foucauld, ermite - 3e partie

Son immense rayonnement dans le monde entier 

    Étonnant personnage que le bienheureux Charles de Foucauld récemment béatifié à Rome. Jeune homme, il se retrouve démoli par la jouissance d’une immense fortune héritée à 18 ans. «C’est l’égoïsme absolu dans l’obscurité et la boue, écrit-il. Les gens les plus mondains ne m’estimaient pas; je les dégoûtais. J’étais moins un homme qu’un porc.». Or à 28 ans, il se redresse intérieurement sans le vouloir vraiment, et se convertit à l’amour du Christ.

    C’est en effet l’éclat de la lumière de Dieu qui l’enveloppe subitement dans un confessionnal, à Paris, où il refusait d’entrer pour s’y agenouiller. Car un simple prêtre séculier, instrument de la bonté divine, a eu raison de ses résistances. Ce prêtre ose exceptionnellement le forcer, en quelque sorte, à confesser ses innombrables fautes. Cet abbé Huvelin, un intellectuel parisien, deviendra bientôt son guide spirituel, et quel bon guide ! Il le conduira à la sainteté. «Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, j’ai compris que je ne pouvais faire autrement que de ne plus vivre que pour lui.» L’Amour l’a saisi.

    C’est cette même sainteté que recherchent ceux qui, en très grand nombre, ont entrepris de suivre ses traces. C’est le dépouillement total qui fascinent ses disciples, ce dépouillement dont parle admirablement Jean Tauler, dominicain alsacien du XIVe siècle, en commentant l’évangile de Zachée : «Que dit Notre Seigneur à Zachée? «Descends vite.» Tu dois donc descendre, tu ne dois pas retenir une seule goutte de consolation de toutes tes impressions dans la prière, mais descendre dans ton pur néant, dans ta pauvreté, dans ton impuissance... Tu n'en es pas arrivé à l'abandon parfait. Ce n'est pas encore la pleine pureté. C'est pourquoi Dieu l'appelle à un plein renoncement en tout ce en quoi l’âme possède encore quelque chose en propre. «Car aujourd'hui il me faut demeurer chez toi.»

    Voilà résumée au XIVe siècle la quintessence du message évangélique qui a transformé la vie de millions de chrétiens depuis 2000 ans et plus particulièrement les disciples de Charles de Foucauld au XXe siècle. Il ne s’agit de tuer son moi, mais de détruire son égoïsme, sa propre suffisance, les moindres traces d’orgueil. Alors jaillit de l’âme la joie stupéfiante sertie de douceur et d’humilité, de courage et de dévouement joyeux.

    C’est grâce à l’écrivain René Bazin, auteur de L’appel du silence, paru chez Plon en 1921, que l’on a appris à connaître Charles de Foucauld. Léon Poirier en a fait en 1939 un film du même titre qui a bouleversé les foules.  Mais ce genre de cinéma nous semble aujourd’hui plutôt stéréotypé, d’autant plus que l’acteur principal, Yonnel, déclame plus qu’il ne joue.

    De très nombreuses autres biographies sont parues, dont celle de René Voillaume, prieur des Petits Frères de Jésus: in Les Fraternités du Père de Foucauld (en 1946 au Cerf), celles de Jean-François Six aux éditions du Seuil et de Michel Carrouges aux éditions du Cerf en 1954, celle, dans un style très direct, de Charles Lepetit aux mêmes éditions. Marguerite Castillon du Perron, mère de famille nombreuse, a travaillé dix ans pour publier chez Grasset, en 1982, un considérable Charles de Foucauld.

    Les écrits de Foucauld sont parus en de très nombreux volumes chez Nouvelle Cité. Je mentionne en particulier les «méditations sur les Saints Évangiles» sous le titre de L’Imitation du Bien-Aimé (1997). Plusieurs de ses lettres ont aussi été publiées. On en connaît 15,000! On a heureusement de lui de nombreuses photographies parfois saisissantes prises par des visiteurs de passage.

    Sont nés à la suite de ces parutions en diverses langues des groupes et des communautés religieuses inspirés par la spiritualité foucauldienne. La famille spirituelle de Charles de Foucauld compte en ce XXIe siècle 15,000 membres, sans compter les milliers d’inconnus qui sont des disciples effacés et parfois très connus. Or il faut bien se rappeler que Foucauld n’a eu qu’un seul candidat venu de France et bientôt reparti. La règle des Petits Frères du Sacré-Cœur était trop exigeante. Il mourut donc seul, assassiné par un gamin de 15 ans accompagné d’adultes.

    Alors que nous croyons que l’Église catholique agonise  sous les innombrables attaques qui lui viennent de toute part, elle demeure toujours celle que Georges Bernanos appelait l’Église des saints. Oui, affirmait Bernanos: «Notre Église est l’Église des saints». Il y a aujourd’hui quinze mille catholiques qui suivent à divers titres les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Notre tristesse, au Québec, est de ne pas nous rendre compte que l’Église est toujours animée par de nombreux groupes, parfois immenses, de saints, des saints vivants, des saints qui circulent parmi nous, dans tous les pays, et sans doute chez nous.

    «Les 19 groupes de cette remarquable Famille spirituelle de Charles Foucauld sont organisés en onze communautés religieuses différentes, deux instituts séculiers et six associations publiques ou privées de fidèles. Chacun des groupes a des accents particuliers venant de son origine et de son histoire propres. Mais tous ont en commun les grandes orientations de Charles de Foucauld: tous veulent vivre dans l’esprit de Nazareth, autour de Jésus présent dans l’Eucharistie, pour «crier l’Évangile» par un témoignage de partage et d’amour fraternel donné à tout le monde, à chaque personne rencontrée, avec une attention spéciale aux pauvres.» Voici donc ces groupes selon leur date de fondation. Vous trouverez, grâce à l’internet, sur le site «Charles de Foucauld; la Famille spirituelle», les coordonnées pour savoir comment devenir membre, si le coeur vous en dit et si vous en avez le courage ou la vocation. Voici quelques-uns de ces groupes qui pourront vous intéressez davantage :

1. Jean-François Six, prêtre à Paris, est coordonnateur de l’Union des Frères et Sœurs de Jésus, fondée par Charles de Foucauld en 1909, continuée après sa mort en 1916 par Louis Massignon. Les membres, prêtres et laïcs, consentent à vivre selon les conseils évangéliques du Directoire de Charles de Foucauld.

2. Les Petits frères de Jésus, fondés à Paris en 1933, par René Voillaume, prêtre, sont de 36 nationalités et répandus dans 45 pays. Ils sont présents à Toronto.

3. Les Petites sœurs de Jésus, fondées en Algérie en 1939 par Sœur Magdeleine, sont 1500 répandues dans 60 pays. Elles sont présentes à Montréal. J’ai rencontré à leur maison principale, à Rome, la fondatrice qui m’a recommandé d’inviter à Rencontres celle qui lui a succédé, sœur Annie. À écouter à www.dieu-parmi-nous.com.

 4. La Fraternité sacerdotale JESUS-CARITAS est une immense association de prêtres diocésains fondée en 1951.

5. La Fraternité séculière Charles de Foucauld fondée en 1953 regroupe des prêtres et des laïcs.

6. Les Petits frères de l’Évangile, institut religieux fondé en 1956 en France, se retrouve dans de nombreux pays.

7. Les Petites sœurs de l’Évangile, fondées en 1963 au Vénézuela, elles ont leur siège à Paris.

8. La Comunita’ dei Piccoli Fratelli di JESUS CARITAS, religieux fondés en 1969, à Foligno, Italie, au service du ministère paroissial. Excellente initiative!

9. Les Petits frères de l’Incarnation, religieux fondés en Haïti par le Frère Francklin Armand, en 1969, au service des paysans pauvres.

10. Les Petits frères de la Croix, communauté monastique fondée au Québec en 1980, par l’abbé Michel Verret. Leur monastère est situé à Sainte-Agnès, près de La Malbaie. J’y suis allé quelques fois et je vous recommande de vous y rendre. La foi y est grande et l’hôtellerie magnifique.

11. Les Petites sœurs de l’Incarnation, fondées en Haïti, à Port-au-Prince.

12. La Fraternité Charles de Foucauld, fondée en 1992, est un groupe international de femmes laïques ayant opté pour le célibat. Responsable en France : Thérèse Bultel, 54 av. de la Libération, 62510 Arques, tél. 03 21 98 34 08.

     Le bienheureux Charles de Foucauld, qui désirait tant fonder a souvent résumé son but. Il l’a admirablement fait dans un texte intitulé Semeur d’amour: «Semez de l’amour, vous récolterez de l’amour, a dit saint Jean de la Croix. Le meilleur moyen pour se faire aimer est d’aimer soi-même; et être aimé, c’est le moyen de voir ses exemples suivis, ses paroles écoutées, ses conseils efficaces, ses affirmations crues, ses croyances adoptées. Cette bonté, c’est envers tous qu’il faut l’avoir. Dieu, pour nous sauver, est venu à nous, s’est mêlé à nous, a vécu avec nous dans le contact le plus familier et le plus étroit, de l’Annonciation à l’Ascension. Ainsi nous devons, pour travailler au salut des âmes, aller à elles, nous mêler à elles, vivre avec elles dans un contact familier et étroit. Nous devons le faire pour tous ceux à la conversion desquels Dieu veut que nous travaillions particulièrement, et surtout pour les infidèles. Allez à eux les premiers, alors que souvent ils se tiennent à l’écart et nous fuient. Car avec les musulmans, la seule voie possible: instruire et civiliser d’abord, convertir ensuite.»


L’on peut écouter la vie de Charles de Foucauld à «Rencontres spirituelles» en cliquant ici : www.dieu-parmi-nous.com 

On peut voir d’autre part une entrevue magistrale de l’auteur à "Rencontres" sur le site www.dieu-parmi-nous.com