
Vassula Rydén : les raisons de l'Église
Par
François-Marie Dermine O.P.
François-Marie
Dermine,
prêtre dominicain d'origine canadienne, professeur de théologie morale à la FTER
(Facoltà di Teologia dellEmilia-Romagna), membre de la junte exécutive du GRIS (Gruppo di Ricerca e di Informazione
socio-religiosa) à disposition de la Conférence épiscopale italienne pour les questions
de religiosité alternative, co-directeur de la
revue Religioni e Sette nel mondo,
exorciste de son propre diocèse. Auteur de nombreux articles sur la religiosité
alternative mais, surtout, de Vassula Rydén
Indagine critica (Elle di Ci, Turin 1995), de Mistici, veggenti e medium Esperienze
dellaldilà a confronto (Libreria editrice vaticana, 2002). Co-auteur de Lestasi, Libreria editrice vaticana, 2003.
Larticle
a pour objectif d'expliquer certaines des nombreuses raisons pour lesquelles les messages
de la Vraie Vie en Dieu n'ont pas obtenu une reconnaissance officielle. L'auteur
affronte les arguments plus fréquemment présentés en faveur de Mme Rydén et prend en
considération les événements plus récents. Il présente pour la première fois sur Internet, les
preuves de la censure et de la modification des messages originaux. Le chapitre Disparition, élimination et
altération des messages contient des photocopies des messages originaux avec les
corrections faites par la voyante. Ces documents font partie des fameuses photocopies
circulées par le Père Pavich dans les
années 1990, mettant en évidence les nombreuses censures et modifications apportées aux
messages avant publication. Vous trouverez également un fax écrit par Vassula dans lequel elle
reconnaît posséder deux séries de cahiers et tente de justifier les passages
éliminés.
Note: L'article présenté ci-dessous
est une traduction de l'article original en italien.
Contenu
·
Examen historique des réactions officielles
·
Disparition, élimination et altération des messages
·
L'attitude ambiguë de Vassula Rydén à l'égard de l'Eglise
·
Le Vassula-centrisme des messages
Vassula
Rydén, née en Égypte de parents grecs, mariée en 1966 à un fonctionnaire de la F.A.O.
dont elle a eu deux enfants, est de religion grecque-orthodoxe. Depuis novembre 1985, elle
se dit destinataire de révélations privées dictées par un esprit quelle
identifie à Jésus et dont le contenu porte essentiellement sur le mouvement
cuménique, sur les Curs de Jésus et de Marie, sur la conversion de
lhumanité et de lÉglise. Grâce aussi à lappui déclaré de quelque
grand théologien de réputation mondiale comme René Laurentin, ce phénomène a connu un
retentissement mondial, suscitant ladhésion, parfois inconditionnée,
dinnombrables laïcs et prêtres, sans compter celle de quelques évêques et
cardinaux.
Les
messages, disponibles dans les 10-12 volumes (selon les quelques 40 langues dans
lesquelles ils ont été traduits), présentent un contenu capable de faire vibrer les
cordes sensibles de nombreux fidèles: ils dénoncent sans détours le processus
dapostasie en cours dans le monde chrétien ainsi que le rationalisme qui a
tristement contribué à rendre notre foi ennuyeuse, froide et insignifiante; ils
réaffirment lexistence du démon, de lenfer et le caractère dramatique de la
lutte entre le bien et le mal; ils condamnent lavortement, le Nouvel Age, la
doctrine de la réincarnation; ils prêchent un message de conversion radicale, la
fidélité au Pape, la nécessité daccéder aux sacrements et lopportunité
du jeûne; ils répandent la dévotion aux Sacrés Curs de Jésus et de Marie, la
pratique du chapelet même parmi les Orthodoxes; ils favorisent lcuménisme et
exhortent ces derniers à sunir à Rome. Et, last but not least, on parle de
fruits, cest-à-dire de milliers de conversions, ainsi que de miracles
(encore sans attestations scientifiques, toutefois).
Et
pourtant, tous ces indéniables aspects positifs ne parviennent pas à convaincre
lÉglise et il est donc normal et opportun de se demander pourquoi. Mon objectif,
tout à fait personnel, est doffrir ici quelques éléments de réponse à ceux qui,
surtout parmi les catholiques, continuent à prêter foi aux susdits messages.
En
premier lieu, on fera un examen historique tant des réactions officielles,
substantiellement négatives, de lÉglise à légard du phénomène, que des
vaines tentatives de Madame Rydén et de quelques-uns de ses souteneurs pour les modifier
en leur faveur.
En
second lieu , on passera en revue les principales raisons pour lesquelles, à mon avis
toujours, lÉglise catholique (mais aussi orthodoxe)
refuse de reconnaître à ces messages leur prétendue dimension surnaturelle.
Ces raisons peuvent se ramener aux suivantes :
la
disparition des messages des dix premiers mois et, surtout, le fait que bon nombre
dentre eux ont été effacés ou altérés. Ce aspect est, objectivement parlant,
celui qui, plus que tout autre, contribue à jeter le discrédit sur le phénomène.
«le
caractère suspect des modalités selon lesquelles ont lieu les présumées
révélations» (paroles de la Notification), cest-à-dire le recours à
lécriture automatique
lattitude
ambiguë de la protagoniste à légard de lÉglise
le
Vassula-centrisme des messages
les
erreurs théologiques.
Pour
la précision, mon enquête sarrête aux six premiers volumes de lédition
italienne de La Vraie Vie en Dieu, plus que suffisants pour se faire une idée
densemble du phénomène. Quelquun pourra objecter que beaucoup de choses ont
changé depuis lors: le ton des messages serait plus modéré, la terminologie aurait
évolué et prêterait moins à confusion, etc. Mais il nen reste pas moins que les
messages de ces six premiers volumes ont, de lavis même de leurs défenseurs, Dieu
pour auteur et rien nempêche que ces changements positifs ne résultent dune
sorte dautocensure.
Examen
historique des réactions officielles
Les
rapports entre lÉglise et Vassula Rydén oscillent entre le jugement officiel de la
première, substantiellement négatif et réitéré jusquà nos jours, et les
nombreuses initiatives de la seconde (ou de qui pour elle) destinées à renverser ce
jugement: dans ce dernier cas, on sen appelle à des déclarations
officieuses, vraies ou présumées telles, de lex-Préfet de la Congrégation pour
la Doctrine de la Foi, le cardinal Joseph Ratzinger, et à leur libre
interprétation, et on invoque linterview dun consulteur de la même
Congrégation, présentée comme une sorte de réhabilitation ou, carrément, de
reconnaissance.
La
première réaction officielle de lÉglise catholique consiste en une Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la
Foi (6/10/1995), dont voici le texte intégral:
De
nombreux évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, sadressent à cette
Congrégation pour obtenir un jugement faisant autorité à propos de lactivité de
Mme Vassula Rydén, grecque-orthodoxe, résidente en Suisse, qui diffuse dans les milieux
catholiques du monde entier, par sa parole et ses écrits, des messages attribuables à de
présumées révélations célestes.
Un
examen attentif et serein de toute la question, effectué par cette Congrégation dans le
but déprouver les esprits pour voir sils viennent de Dieu - (cf. 1 Jn 4. 1).
a relevé - à côté daspects positifs - un ensemble déléments fondamentaux
qui doivent être considérés comme négatifs à la lumière de la Doctrine catholique.
Outre
le fait de mettre en relief le caractère suspect des modalités selon lesquelles ont lieu
les présumées révélations, il faut souligner certaines erreurs doctrinales qui y sont
contenues. On utilise, entre autres, un langage ambigu à propos des Personnes de la Très
Sainte Trinité, allant même jusquà confondre les noms et les fonctions
spécifiques des Personnes divines. Dans ces présumées révélations, est annoncée une
période imminente de prédomination de lAntéchrist au sein de lÉglise. Dans
une optique millénariste, est prophétisée une intervention définitive et glorieuse de
Dieu, qui devrait bientôt instaurer sur terre, avant la venue définitive du Christ, une
ère de paix et de bien-être universel. En outre, est également prévue la venue
prochaine dune Église qui serait une sorte de communauté pan-chrétienne en
opposition avec la doctrine chrétienne.
Le
fait que dans les écrits successifs de Mme Rydén, les erreurs susmentionnées
napparaissent plus, est le signe que les présumés messages célestes
sont uniquement le fruit de méditations privées. En outre, Mme Rydén, qui participe
habituellement aux sacrements de lÉglise catholique, bien quétant
grecque-orthodoxe, suscite dans différents milieux de lÉglise catholique un
profond étonnement, car elle semble se placer au-dessus de toute juridiction
ecclésiastique et de toute règle canonique et, de fait, crée un désordre
cuménique qui irrite nombre dautorités, de ministres et de fidèles de sa
propre Église, se plaçant en dehors de la discipline ecclésiastique de cette même
Église.
Étant
donné que, malgré certains aspects positifs, leffet de lactivité de Mme
Vassula Rydén est négatif, cette Congrégation sollicite lintervention des
évêques afin quils informent comme il se doit leurs fidèles, et que ne soit
accordée aucune place, dans le cadre de leurs diocèses, à la diffusion de ses idées.
Elle invite enfin tous les fidèles à ne pas considérer comme surnaturels les écrits et
les interventions de Mme Vassula Rydén et à conserver la pureté de la foi que le
Seigneur a confiée à lÉglise.
De
la Cité du Vatican, le 6 octobre 1995.
Comme
nous le voyons, la double référence à «certains aspects positifs» nenlève rien
à «un ensemble déléments fondamentaux qui doivent être considérés comme
négatifs», à la constatation que «leffet de lactivité de Mme Vassula
Rydén est négatif». Les aspects soulignés concernent essentiellement les modalités de
transmission des messages, les erreurs doctrinales et les problèmes disciplinaires.
Immédiatement, les promoteurs de la Vraie Vie en Dieu contestèrent la validité de la Notification, surtout parce que publiée sans la signature du Préfet de la Congrégation. Quelquun a même voulu insinuer quelle avait été écrite à linsu du card.Ratzinger ou sans sa permission et, pourquoi pas, par quelque membre de la maçonnerie vaticane. Comme éventuelle confirmation à de telles insinuations, on a cité les paroles adressées par le cardinal à un groupe de disciples de Vassula le 10 mai 1996:
«Sur la base de ce que vous me communiquez dans votre lettre, à propos de témoignages et de conversions, cela est très bon. Nous demandons seulement de procéder avec discernement, de ne pas prendre pour parole de Dieu ce que, en ce moment, nous devons considérer comme quelque chose dhumain et de personnel. La notification que nous avons publiée a pour but premier déviter que Vassula se manifeste dans les édifices catholiques réservés au culte liturgique, parce quelle est orthodoxe et que sa situation matrimoniale nest, pour nous, pas clarifiée, car elle est divorcée, ce que nous sommes en train dexaminer. Vous pouvez continuer à promouvoir ses écrits, mais toujours avec le discernement qui simpose».
Toutefois,
ces paroles nenlèvent rien à la validité de la Notification, rendue manifeste par
le ton impérieux du texte et sa publication sur LOsservatore Romano, lorgane
officiel et usuel de diffusion des documents ecclésiaux. Pour couper court aux discussions et interprétations,
la Congrégation crut opportun démettre le 29 novembre 1996 le communiqué de
presse qui suit:
I. De multiples questions, relatives à la valeur et à lautorité de la Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi du 6 octobre 1995 (parue sur lOsservatore Romano du 23-24 octobre 1995, p.2) sont parvenues à cette Congrégation. La Notification faisait référence aux écrits et messages de Mme Vassula Rydén, attribués à de soi-disantes révélations et diffusés dans des milieux catholiques de par le monde.
La Congrégation entend préciser ce qui suit quant à ce sujet:
1. La Notification adressée aux pasteurs et fidèles de lÉglise catholique conserve toute sa vigueur. Elle a été approuvée par les autorités compétentes et sera publiée, avec la signature du Préfet et du Secrétaire de la Congrégation, dans les Acta Apostolicae Sedis, lorgane officiel du Saint-Siège.
2. A propos des nouvelles diffusées par certains organes de presse quant à une interprétation restrictive de cette Notification faite par le Cardinal-préfet lors dune conversation privée tenue à Guadalajara, Mexique, le 10 mai 1996, durant une rencontre accordée à un groupe de personnes, ledit Cardinal-préfet tient à préciser que:
a) comme affirmé, les fidèles ne doivent pas considérer les messages de Mme Vassula Rydén comme des révélations divines, mais seulement comme des méditations personnelles;
b) comme le précisait déjà la Notification, on trouve dans ces méditations, au côté daspects positifs, des éléments qui à la lumière de la Doctrine catholique sont négatifs;
c) ceci étant, les pasteurs et les fidèles sont invités à ce propos à un sérieux discernement spirituel et à conserver la pureté de la Foi, des moeurs et de la vie spirituelle sans sappuyer sur de prétendues révélations. Ils sont invités à suivre la Parole de Dieu révélée ainsi que les directives du Magistère de lÉglise.
II. Quant à la diffusion des textes de ces soi-disantes révélations privées, la Congrégation précise ce qui suit:
1. Linterprétation donnée par certaines personnes dune Décision approuvée par Paul VI le 14 octobre 1966 (promulguée le 15 novembre suivant) nest absolument pas valide. En vertu de cette Décision, écrits et messages provenant de révélations supposées pourraient librement être diffusés dans lÉglise. La dite Décision, qui fait en réalité référence à "labolition de lIndex des livres prohibés, établissait que, levées les censures afférentes, demeurait toutefois lobligation morale de ne pas diffuser ou lire les écrits mettant en péril la Foi et les moeurs.
2. On rappelle cependant quà propos de la diffusion de textes relatifs à des soit-disantes révélations privées, la norme du Code en vigueur (Canon 823, par.1) demeure valide. Cette dernière donne le droit aux pasteurs dexiger que soit soumis à leur propre jugement dès avant publication les écrits des fidèles touchant à la foi ou aux moeurs.
3. Les prétendues révélations surnaturelles comme les écrits sy rapportant relèvent en première instance du jugement de lévêque diocésain ou, dans des cas particuliers, de celui de la Conférence épiscopale et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Les
conclusions à tirer de ce communiqué ne laissent aucune manuvre de doute: la
Notification est valide et, si besoin en était, souscrite par le Préfet. Les messages de
Vassula Rydén continuent à être considérés «seulement comme des méditations
personnelles» face auxquelles demeure lobligation morale de ne pas les répandre.
En 1998, le cardinal Ratzinger déclarait dans une interview:
« la Notification est un avertissement, pas une condamnation. Du strict point de vue de la procédure, personne ne peut être condamné sans procès et sans avoir eu dabord la possibilité dexpliquer ses idées. Ce que nous disons, cest quil y a de nombreux points qui ne sont pas clairs. Il y a des éléments apocalyptiques discutables et des aspects ecclésiologiques qui ne sont pas clairs. Ses écrits contiennent beaucoup de bonnes choses, mais le blé et la paille [ou ivraie, "loglio" en italien] sont mêlés. Cest pourquoi nous avons invité les fidèles catholiques à les regarder avec prudence et à les mesurer selon le critère de la foi constante de lÉglise» (30 Jours, édition italienne).
Malgré
la présence de points obscurs et, encore plus, de paille dans ce soi-disant
phénomène surnaturel, lÉglise sabstient donc de toute condamnation, Mme
Rydén nayant pas été entendue directement par la Congrégation et échappant, en
tant que grecque-orthodoxe, à sa juridiction.
Ayant
elle-même sollicité un contact personnel avec la Congrégation, cette dernière, par
lentremise dun de ses consulteurs, le P.Prospero Grech O.S.A., lui soumit cinq
questions relatives aux réserves ou critiques de la Notification. Les réponses,
habilement rédigées avec un langage théologique élaboré et étayé de citations du
cardinal Ratzinger, remplissent plus de trente pages. Linitiative est rendue
publique par une lettre de la Congrégation (10
juillet 2004), citée ici dans sa version intégrale:
Aux présidents des Conférences Épiscopales de France, Suisse, Uruguay, Philippines, Canada.
Eminence/Excellence,
Comme vous le savez, cette Congrégation a publié en 1995 une Notification sur les écrits de Madame Vassua Rydén. Par la suite, sur requête de cette dernière, il y a eu un dialogue approfondi au terme duquel Vassula Rydén, dans une lettre du 4 avril 2002, publiée plus tard dans le dernier volume de La Vraie Vie en Dieu, a fourni dutiles clarifications sur sa situation matrimoniale ainsi que certaines difficultés qui, dans la Notification citée plus haut, étaient formulées à légard de ses écrits et de sa participation aux sacrements.
Du moment que dans ce pays il y a une certaine diffusion des écrits pris en considération, ce Dicastère a cru utile de vous mettre au courant de tout cela. Il faudra en même temps rappeler aux fidèles quen ce qui concerne la participation aux groupes de prière de caractère oecuménique organisés par Madame Rydén, il faut sen tenir aux dispositions des Evêques diocésains.
Joseph Card. Ratzinger
Préfet
Cette
lettre ne dit rien de compromettant: elle fait mention de quelques éclaircissements
concernant quelques difficultés, et se réfère explicitement à celles dordre
disciplinaire, en particulier à la situation matrimoniale de la protagoniste, mariée en
1966 à lÉglise orthodoxe, divorcée, remariée le 13 juin 1981 et, enfin, mise en
règle par son Église le 31 octobre 1990, cinq ans après le début du phénomène. Ces
éclaircissements sont qualifiés dutiles, sans laisser toutefois
entendre quils soient suffisants pour dédouaner le phénomène. Et puis, même si
la chose nest pas dite en toute clarté, on semble concéder aux évêques
diocésains une autonomie majeure dans la gestion déventuelles manifestations
promues en faveur de la protagoniste.
Mais
alors, pouvons-nous vraiment déduire avec les souteneurs que la situation se trouve
désormais modifiée (expression attribuée au cardinal Ratzinger) au point dinciter
le Vatican à retirer la Notificatio de son site ?
En
ce qui concerne ce dernier détail, il faut
préciser que le texte ne peut pas avoir été retiré du site pour la simple raison
quil ny a jamais comparu: le même sort échoit en partage à une
soixantaine de documents de la Congrégation qui y sont catalogués, et presque tous
rédigés avant la création du site, quand le format électronique des textes
nexistait pas encore.
Dailleurs
deux faits récents font comprendre que la Notification reste plus que jamais le point de
référence de la Congrégation.
Le
premier remonte à janvier 2006, quand Mons. Kevin Kostelnik, pasteur de la cathédrale de
Los Angeles, retira, avec lappui de son archevêque le cardinal Roger M. Mahony,
lautorisation daccueillir une conférence sur lunité des chrétiens
tenue sous les auspices de lorganisation de Vassula Rydén True Life in
God. Mons. Kostelnik déclara que les affirmations des organisateurs selon
lesquelles le Vatican avait désormais mis de côté ses réserves relatives aux écrits
de Mme Rydén constituaient «une grave déformation du point de vue actuel du Vatican
concernant les écrits de Mme Rydén» et que les avertissements de 1995 et de 1996
maintenaient «toute leur vigueur».
Lautre
fait remonte au 25 janvier 2007 et comporte une valeur universelle pour lÉglise
catholique, sagissant dune lettre du Préfet de la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi adressée à tous les présidents des conférences épiscopales
et
dont voici le contenu :
A
tous les Présidents des Conférences Épiscopales
Eminence
/ Excellence,
Des
demandes déclaircissements sur les écrits et sur lactivité de Madame
Vassula Rydén continuent à parvenir à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en
particulier en ce qui concerne la valeur de la Notification du 6 octobre 1995 et sur les
critères à suivre pour définir les dispositions des Églises locales au sujet de
lopportunité de répandre les écrits de Madame Vassula Rydén.
A
ce sujet, la Congrégation entend préciser ce qui suit :
1)
La Notification de 1995 reste valable pour ce qui concerne le jugement doctrinal
sur les écrits examinés.
2)
A la suite du dialogue qui a eu lieu avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Madame Vassula Rydén a cependant fourni des éclaircissements sur certains points
problématiques qui apparaissaient dans ses écrits et aussi sur la nature de ses
messages, qui ne se présentent pas comme des révélations divines, mais plutôt comme
des méditations personnelles (cf. Annexe 2 : Lettre du 4 avril 2002, publiée dans True
Life in God, volume 10). Du point de vue normatif donc, après les éclaircissements
ci-dessus mentionnées il convient deffectuer une évaluation prudentielle, au cas
par cas, en tenant compte des possibilités concrètes que peuvent avoir les fidèles de
lire ces écrits dans le cadre de telles clarifications.
3)
On se rappellera enfin quil ne semble pas opportun que des catholiques participent
aux groupes de prière organisés par Madame Vassula Rydén. En ce qui concerne
déventuelles rencontres cuméniques, les fidèles sen tiendront aux
dispositions données par le Directoire cuménique, par le Code de Droit canonique
(can. 215 ; 223 §2, 383 §3) et par les Ordinaires diocésains.
En
vous transmettant ces éléments, je vous prie de croire à mon cordial dévouement dans
le Seigneur.
Cardinal William LEVADA
Préfet
On
touche ici du doigt quaprès plus de dix ans de tiraillements et de pourparlers, rien dessentiel na changé dans la position
de la Congrégation: celle-ci ne reconnaît toujours pas de valeur surnaturelle aux
messages de Vassula Rydén, et tout en laissant une plus grande latitude à chaque
diocèse, elle déconseille la participation des catholiques à ses groupes de prière et
insiste sur la valeur universelle des dispositions du droit canon concernant les
rencontres cuméniques.
En
dautres termes, les susdits éclaircissements nétaient pas en mesure
décarter les réserves face à l«ensemble déléments fondamentaux qui
doivent être considérés comme négatifs à la lumière de la Doctrine catholique»
(Notification de 1995); et encore moins pouvaient-ils porter à reconnaître le
phénomène, malgré toute la bonne volonté du Préfet précédent.
Cela
signifie aussi que, sur les déclarations non officielles de ce dernier, adressées à des
journalistes ou à peu de personnes et soumises à des interprétations hâtives, ont
prévalu les déclarations officielles de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
dûment souscrites par son Préfet, précédent ou actuel.
Et
si la Congrégation continue à sabstenir de toute condamnation explicite,
cest pour le motif mentionné plus haut: la protagoniste, grecque-orthodoxe, ne
rentre pas sous la juridiction de lÉglise. Mais il est vraisemblable quon
veuille aussi éviter dexaspérer ou de scandaliser les catholiques encore
impliqués et ignares des raisons effectives de la non-reconnaissance.
Dans
une lettre daoût 2007, madame Rydén
sinsurge contre la prise de position du cardinal Levada,
qui ne tiendrait en aucun compte le bilan apparemment positif du susdit dialogue. En
outre, elle nie fermement avoir avoué que ses messages «ne se
présentent pas comme des révélations divines, mais plutôt comme des méditations
personnelles»; en fait, malgré quelquambiguïté dans la tournure de
la phrase, il nen faut pas moins reconnaître quelle reprend telles quelles
les affirmations de la Notification de 1995 et le communiqué de presse de 1996.
Et
le fait que, comme la écrit le P.Prospero Grech à la protagoniste, «vos plus récents ouvrages semblent également avoir mis de côté
certaines expressions ambiguës contenues dans vos premiers ouvrages» (21
mars 2003), ne veut absolument rien dire puisque la Notification, après lavoir
elle-même souligné, en tirait les conséquences qui simposent: «Le fait que dans les écrits successifs de Mme Rydén, les erreurs
susmentionnées napparaissent plus, est le signe que les présumés messages
célestes sont uniquement le fruit de méditations privées» (alors que
la protagoniste les considère, évidemment, comme des révélations).
Passons
maintenant à lexamen de quelques unes des raisons qui, toujours à mon avis
personnel, ont pu induire lÉglise à maintenir son jugement substantiellement
négatif: je le fais de façon aussi synthétique que possible e dans lespoir que
cela puisse contribuer à illuminer ceux que lattrait du merveilleux empêche encore
douvrir les yeux.
Disparition,
élimination et altération des messages
Les pages qui suivent, provenant en
bonne partie de mon article publié sur la revue italienne Jesus doctobre
1996 et intitulé Quand Dieu se fait corriger, affrontent une raison que la Notification
ne mentionne pas mais dont la gravité objective est plus que suffisante, à mon avis,
pour jeter le discrédit sur lensemble du phénomène; je me réfère au traitement
infligé par Mme Rydén à ses messages: destructions, omissions et corrections.
Les
destructions
Les
destructions concernent les messages des dix premiers mois, qui ont complètement disparu:
il sagit dune lacune fondamentale si on considère que les premières
révélations représentent toujours les prémisses et les prémices de tout phénomène
surnaturel extraordinaire. Madame Rydén se justifie en soulignant que «généralement,
je les brûlais parce que jen avais vraiment beaucoup», écrits sur des feuilles
volantes et pas encore dans des cahiers; il sagit dun traitement pour le moins
peu respectueux à légard de messages quelle considère comme autant de
révélations divines
René Laurentin, toujours prêt à défendre sa protégée,
nhésite pas à écrire: «Selon laccusateur, Vassula aurait détruit les
messages reçus pendant les premiers mois avec lunique détermination de cacher les
erreurs grossières quils pouvaient contenir. En vérité Vassula na rien
détruit! Ces premiers messages, elle ne les a pas publiés mais elle projette de le
faire». Ces explications, tout à fait contradictoires, ne prédisposent guère à la
confiance dautant plus quà distance de dix ans, la publication annoncée doit
encore se concrétiser.
Messages
omis ou effacés
Il y a ensuite des messages omis ou effacés. En effet, la comparaison entre, dune part, les photocopies des manuscrits que la protagoniste faisait circuler librement au début et, dautre part, les éditions imprimées des fac-similés, permet de découvrir des coupures indiquées (pour les plus visibles) par la phrase suivante:
«Sur requête de Vassula, des portions de la page X ont été effacées».
Le
mérite dune telle découverte revient au père Philip Pavich O.F.M, américain dorigine
croate qui -en décembre 1991, à Medjugorje où il exerça pendant cinq ans le ministère
de la réconciliation- reçut une copie originale des messages corrigés par la voyante
elle-même avec laide de son collaborateur Erwin Schlacher, où sont parfaitement
visibles les parties effacées et les paroles remplacées; le franciscain dénonça cette
affaire en divulguant les photocopies des messages non expurgés confrontés à
lédition censurée des fac-similés.
Dans
un fax du 14 octobre 1993 expédié à Elena Carvalho,
la traductrice brésilienne de ses uvres en portugais qui, déconcertée, demandait
des explications sur ces photocopies, la
percipiente se justifiait en recourant à une explication surnaturelle: les parties
effacées correspondent à:
«des passages éliminés sur indication de Dieu» qui «me donne des messages privés et dautres très symboliques. Au début, je les photocopiais tous. Plus tard, quand il sagit dimprimer luvre de Dieu, Dieu ma fait comprendre que les messages privés et ceux de nature symbolique - que les gens ne pouvaient pas comprendre - ne devaient pas être imprimés». En dautres mots, «jai deux cahiers; un que jappelle le cahier privé. [ ] Et puis jai ce que jappelle le cahier officiel, celui qui devrait être imprimé. Dieu enlève du cahier privé tout ce qui devrait être répandu et transcrit de nouveau le message dans le cahier officiel. [ ] Au début, javais tout divulgué et Dieu ne le voulait pas. Voilà tout».
A
la fin du fax (dont nous présentons une page dans la photocopie n.1), madame Rydén annonçait une
réponse détaillée de René Laurentin aux
calomnies, réponse qui nest jamais arrivée et dont elle dut se
charger elle-même, en faisant du reste recours à des arguments qui, à mon avis,
compliquent encore davantage une situation déjà fort compromise et qui se heurtent à
des faits incontestables.

Photocopie
n. 1 -
Extrait du fax envoyé par Vassula Rydén à Elena Carvalho le 14 octobre 1993, dans
lequel elle justifie les passages éliminés et dit avoir deux séries de cahiers dans
lesquelles elle écrit les messages.
En
effet, lexamen attentif des photocopies intégrales, reproduites ici avec le numéro
et les pages des cahiers de la percipiente, nous permet de vérifier que les parties éliminées dans lédition imprimée
correspondent habituellement à quelque prophétie non avérée ou à quelque fait
contrariant pour la protagoniste. Dans la photocopie
n.2, par exemple, nous trouvons la version intégrale du message du 14 avril 1988
dans lequel il est demandé à Vassula et à son entourage de contacter par écrit don Stefano Gobbi du Mouvement Sacerdotal Marial
alors que la photocopie n.3 montre
clairement les coupures. Le même procédé est infligé au message du 10 juin 1988 (photocopies nn.4 et 5) où la Vierge Marie,
désireuse deffectuer une jonction avec ses messages à don Gobbi et ceux de Jésus
à Vassula, annonce davoir prédisposé une rencontre entre les deux; mais cette
initiative nobtint pas leffet escompté à cause des réticences de don Gobbi.
Le procédé des coupures est aussi appliqué à une partie du message du 29 juillet 1988
qui mentionnait la rencontre advenue en Suisse avec le P.Schwitzer S.J. vers lequel la Vierge avait
orientée sa fille chérie en vue dune direction spirituelle:
entre-temps, le prêtre avait décliné la requête, attribuant les messages à un
«esprit dorigine douteuse».


Photocopies
nn. 2 et 3
- Photocopie du message original du 14/04/1988 avec la partie se référant à Don Gobbi
barrée par Vassula Rydén en vue de la publication (photocopie n.2). La photocopie n.3
montre comment le message a été publié dans l'édition imprimée des fac-similés.

Photocopies
nn. 4 et 5
- Photocopie du message original du 10/06/1988 avec la partie se référant à Don Gobbi
barrée par Vassula Rydén en vue de la publication (photocopie n.4). La photocopie n.5
montre comment le message a été publié dans l'édition imprimée des fac-similés.
Les
parties ou la totalité des autres messages (cfr. 8-18 novembre 1987, 6-12-28-31 décembre
1987, 7-10-18-31 janvier 1988, 3-26 février 1988, 4 mai 1988, etc.) ont elles aussi subi
le sort de lélimination; ces messages ordonnent à la voyante et à ses deux
«témoins» de demander une audience privée au Pape et de se présenter nu-pieds pour
lui laver les pieds, faire le Chemin de Croix en sa compagnie et lui offrir les
révélations célestes quil attendait déjà. Les photocopies nn.6, 7 et 8 documentent la
requête de lentité en ce sens; les lignes barrées correspondent à celles qui ont
été supprimées dans la version imprimée.
Cet
événement, qui aurait été prévu par une
prophétie du pape Jean XXIII comme on lit
dans les lignes supprimées de la photocopie n.9,
na jamais eu lieu. Au cours de deux audiences publiques (3 août 1988 et 6 novembre
1993), la protagoniste parvint tout au plus à se frayer un chemin dans la foule pour
enfiler une lettre dans la ceinture du Pape et lui remettre des publications.

Photocopies nn.6, 7, 8 et 9: Extraits de divers messages éliminés dans lesquels "Jésus" demande à Vassula Rydén et à ses deux "témoins", James [Fannan] et David, de demander une audience privée au Pape Jean-Paul II pour lui offrir les messages et faire le Chemin de Croix en sa compagnie. Cet événement, qui aurait été prévu par une prophétie de Jean XXIII comme indiqué dans les lignes supprimées de la photocopie n.9, n'a jamais eu lieu.
Par
la suite, elle a tenté de nattribuer quun sens symbolique à ces messages, en
en contredisant toutefois la lettre et lesprit. A plusieurs reprises, en effet,
linterlocuteur céleste avait clairement demandé de semployer à
obtenir une audience privée. Même la requête daller nu-pieds doit être prise à
la lettre, se rattachant en effet aux messages (éliminés) du 14 et 15 octobre 1987, du
18 novembre 1987, du 26 février et du 7 mai 1988 (photocopies
nn.10, 11, 12 et 13), où Jésus engage par voeu sa bien-aimée à
marcher nu-pieds au moment opportun; voilà pourquoi il lappelle souvent «ma
messagère déchaussée». Dans les dernières tranches (toujours éliminées) des
messages du 15-16 octobre 1987 (toujours la photocopie
n.12), on lit les paroles suivantes deJésus: «cest moi qui te
rappellerai denlever tes souliers». Afin de dissiper toute équivoque,
lentité souligne le caractère concrètement pénitentiel de la requête en
ajoutant: «tu ne chercheras aucun réconfort; que tu marches dans la neige ou sur les
sables brûlants tu marcheras sans souliers. Es-tu prête à faire cela?». Dans le
message du 8 novembre 1987, lentité ordonne explicitement à la percipiente
effrayée: «ne me refuse pas cela. Je le veux! Je veux que tu le fasses» (photocopie n.14, effacée); il lexhorte à
ne rien craindre (photocopie n.15,
effacée). Il assure aussi que Jean-Paul II reconnaîtra la messagère quand elle se
présentera devant lui (photocopie n.16, effacée). Aucun doute nest donc permis: nous sommes en présence de véritables prophéties,
quil nous faut prendre à la lettre et qui ne se sont jamais réalisées.



Photocopies
n. 10 à n. 16:
Quelques-uns
des messages effacés dans lesquels "Jésus" engage Vassula par voeu à marcher
nu-pieds au moment opportun et aller laver les pieds du Pape.
3.
Les messages modifiés
Enfin, après les messages détruits et effacés, il y a le cas encore plus compromettant et grave de ceux qui ont été carrément modifiés. Voici deux exemples emblématiques: dans la photocopie n.17, le traitement grossier infligé au message du 18 avril 1988 saute aux yeux. En haut, on lit la phrase comme elle était à lorigine:
«Oh viens Pierre, prends Ma Main, Satan ta éloigné de la Vérité! Prends Ma Main et je te guiderai ».
Au milieu, les flèches indiquent le déplacement des paroles alors que, dans le bas, on peut lire lédition définitivement censurée:
«Satan a éloigné plusieurs dentre vous de la Vérité! Prends Ma Main, Pierre, et je te guiderai».
Légarement
diabolique ne se réfère plus au Pape, mais à dautres.

Photocopie
n. 17
- Exemple du changement du sens d'un message: En haut, le message original. Au milieu, les
flèches indiquent les corrections à faire et les paroles à ajouter. En bas, le message
tel qu'il a été publié.
La photocopie n.18 reproduit, quant à elle, le message du 10 octobre 1987 où il est dit à deux reprises dadorer (worship) la Vierge Marie:
«je plierai leurs genoux et ils adoreront (worship) et honoreront Ma Mère»;
la
photocopie n.19 présente au contraire la
même page dans la version corrigée, avec venerate (vénéreront)
au lieu de worship. En effet, on nadore pas la Vierge, mais on la
vénère: il fallait procéder à une correction théologiquement obligatoire, comme celle
concernant le Pape

Photocopies
nn. 18 et 19
- Dans le message original (photocopie n.18), "Jésus" demande d'adorer -
"worship" en anglais - la Vierge. Le message publié (photopie n.19) a été
corrigé en remplaçant adorer par vénérer, une correction
théologiquement obligatoire.
Mais
alors, demandons-nous, est-il possible que la deuxième Personne de la Sainte Trinité ait
pu utiliser un langage si peu approprié et même erroné? Par surcroît, le lecteur aura
remarqué que les corrections et les ajouts ont été faits avec lécriture que les
sympathisants de la protagoniste qualifient de hiératique, cest-à-dire
de sainte, de divine ; en dautres termes, Dieu se serait corrigé avec sa propre
écriture
Dans
une longue note publiée à Belfast en 1994 (A Note from Vassula Rydén),
la voyante tente de répondre à quelques objections relatives aux susdites modifications
en se référant à un très préoccupant message du 12 octobre 1986 dans lequel le
Père Eternel déclare textuellement: «La Paix soit avec toi. Chaque parole
que tu sens (feel) nêtre pas juste et qui te trouble, sens-toi libre de la
corriger. Moi, Dieu, te donne le sentiment (feeling). Vassula, es-tu contente?»
Ce
message (ainsi quun autre du 5 mars 1987) nous dévoile un Père Eternel
sujet à imprécisions et à erreurs le contraignant à des corrections, un Dieu qui
confie pratiquement les révélations aux sentiments et au bon plaisir de la
voyante et qui, en outre, contredit un autre de ses propres messages du 14 juillet 1992:
«Répète seulement les paroles que Je tai moi-même données; tu ny
ajouteras ou enlèveras rien; tu dois mêtre fidèle».
En
conclusion
Ce qui a été dit nous offre donc une
explication assez simple des altérations: les
messages de La Vraie Vie en Dieu, surtout dans la phase initiale, contenaient
effectivement des prophéties non réalisées et des erreurs grossières, même au niveau
théologique. Et de telles erreurs, qui trahissent la présence dun esprit en
rien divin, ont été corrigées ou
éliminées non pas grâce à un feeling surnaturel mais plutôt grâce à
lintervention de quelque personne interpellée pour procéder à la révision des
messages avec la percipiente. A lappui de cette interprétation ou hypothèse, on
peut revenir par exemple à la photocopie n.17 où, au dessus de la parole barrée
worship, on lit la parole venerate tracée avec une écriture qui
nest ni celle de madame Rydén ni celle quon appelle
hiératique
Une
autre raison pour laquelle le phénomène demeure inacceptable est «le caractère suspect
des modalités selon lesquelles ont lieu les prétendues révélations» (cf. la
Notification). Ici je me contente de résumer ce que jai écrit dans mon livre sur
Vassula.
De
quelle façon les messages sont-ils transmis?
Le
début du phénomène a été décrit par Vassula elle-même dans la vidéocassette qui
présente une rencontre survenue en Suisse en 1991 avec un groupe de pèlerins canadiens :
«Jétais en train de faire une liste de dépenses pour un prochain cocktail, le soir même. À ce moment-là jétais en train dinscrire sur une feuille ce que je devais acheter pour laprès-midi. Tandis que je posais ma main avec le crayon sur la feuille de papier, tout dun coup jai senti dans tout mon corps comme de lélectricité qui sortait de mes doigts et surtout de ma main droite; il me semblait que tout cela était comme collé. Le crayon ne se détachait pas de mes doigts; même si je voulais men débarrasser et je ne pouvais pas le soulever, je ne pouvais plus ouvrir la main. Et de nouveau la feuille devenait comme un aimant. Cétait comme si ma main était collée à la feuille comme si elle avait pesé cent kilos, je ne pouvais plus la soulever. Dun seul coup, une force invisible a poussé ma main. Je nai pas eu peur, je ne sais pourquoi. Et alors jai abandonné ma main pour voir ce qui allait arriver, et alors sont survenus des mots, ce nétait plus mon écriture et ils disaient: « je suis ton ange. [ ] Je mappelle Dan (Daniel); ce nom fut vite remplacé par Jésus-Christ, par le Père, par la Vierge, par dautres saints».
Ensuite
serait survenue la phase où au phénomène de la main qui écrit toute seule sans le
concours de lintelligence et quelquefois même de la volonté, sajoute celui
de la locution intérieure cest-à-dire de la voix qui dicte à la voyante ce que sa
main de toute manière était en train décrire habituellement (mais pas toujours)
pour son propre compte.
Phénomène
médiumnique ou mystique ?
Ces
formes de transmission des messages sont et restent typiques des formes de médiumnités
présentes aussi bien dans les milieux spirites, souvent camouflés en groupes de prières
revendiquant des communications avec lau-delà, que dans des milieux néo-spirites
du Nouvel-Age où lon parle de channeling ou de communication avec des esprits
supérieurs. Les défenseurs de Mme Rydén parlent décriture
hiératique, inspirée, guidée, et Jésus lui-même
se serait dérangé pour rassurer sa prophétesse en lui disant et lui montrant «que
cette écriture nest pas une écriture automatique».
(R.LAURENTIN,
Quando Dio si manifesta, ed. Dehoniane, Roma 1993, p.51).
Mais il se trouve que cette
modalité de transmission des messages correspond exactement à la définition de
lécriture automatique proposée par un représentant du Nouvel-Age: écriture qui
se réalise «sans le contrôle conscient, et dont la source ne semble pas être la
personne qui écrit» (J.KLIMO, CHANNELING - Investigations on
Receiving Information from Paranormal Sources, 1987; ici dans le vocabulaire).
Que
le phénomène advienne avec ou sans la locution intérieure, que la voyante donne son
accord et quelle demeure consciente pendant la dictée ne change rien au fait que
lors de la phase initiale, elle ait été contrainte à écrire par une force supérieure,
et que de toute manière la main se mouvait toute seule, par elle-même, et avec un
graphisme totalement différent de celui de la personne qui écrit.
Vassula admet elle-même à plusieurs reprises: «toutefois je sais très bien que je ne peux pas contrôler ma main et que je perds tout pouvoir quand Dieu me la prend» (De Linformateur Catholique du 9/4/92). Ailleurs elle raconte:
«il ma dit dessayer encore de contrôler ma main. Javais dans lesprit décrire mes choses en contrôlant moi-même ma main. Jai lutté pour écrire de par moi-même, mais je ne le pouvais pas. Alors il a dit: écris et il a contraint ma main à écrire quatre fois amour tandis que je luttais pour arrêter ma main» (4/9/87); «pour te rappeler Ma présence, Je tenlève la capacité de contrôler ta main (19/12/89)».
Pour justifier et expliquer le phénomène, Vassula Rydén et quelques théologiens qui lui sont proches veulent le réduire à ce quon appelle la ligature des puissances typique de lextase, où la personne perd effectivement le contrôle de ses facultés inférieures et de ses membres. Dans la réponse à la première question du P.Grech, la protagoniste déclare:
«des mystiques célèbres comme sainte Thérèse dAvila ont expérimenté des ravissements de leur corps et, quelquefois aussi, seulement dune partie de leur corps. Je pense que ceci est une forme légère de ravissement de ma main et je crois que le Seigneur poursuit ses buts dans toute cette affaire».
Acte
spontané ou acte violent ?
Ce
rapprochement, certainement très séduisant, révèle toutefois une très grande
confusion et superficialité puisquil ignore la distinction essentielle entre
lacte vital et spontané (et donc humain et libre) et lacte violent.
Lacte
vital nous rappelle évidemment lidée de vie, laquelle à son tour se réfère au
mouvement spontané, immanent et propre dun être «auquel appartient selon sa
nature de se mouvoir spontanément ou, de quelque manière, de se déterminer lui-même à
lagir» (THOMAS DAQUIN, Somme théologique, Ia, q.18, a.2).
Plus
la nature dun être est dotée de connaissance, plus il est en létat de se
mouvoir par lui-même: la plante occupe le degré le plus bas parmi les êtres vivants
parce quétant privée de toute faculté cognitive, elle a des mouvements qui seront
en tout préétablis et en grande partie déterminés par les conditions externes de son
milieu.
À
un niveau supérieur lanimal, doué de connaissance sensible, est capable de se
fixer certains objectifs et de les poursuivre avec une plus grande autonomie dans ses
mouvements. Les êtres humains, au contraire, ont lavantage dune vie
consciente nettement supérieure qui dérive de leur faculté de connaissance spirituelle
leur permettant de choisir eux-mêmes la fin à atteindre et les moyens adéquats avec une
indifférence ou liberté absente chez les animaux, dont linstinct
obéit uniquement aux stimuli particuliers individués par la connaissance sensible.
De
toute manière chacun de ces êtres vivants dispose dune capacité de mouvement
proportionnée à sa propre nature et il a en lui-même le principe de son propre
mouvement: dans la plante, le mouvement se réduit à des processus biochimiques très
déterminés, dans lanimal aux mouvements et réponses instinctives aux stimili
reçus par la connaissance sensible; dans
lêtre humain le mouvement est expression dun choix libre effectué par la
médiation et lorientation de la raison et de la volonté.
Le
mouvement violent ou au moins mécanique a au contraire son principe en dehors du sujet
qui se meut. Dans le cas de lêtre humain, il nest émis ni par la raison ni
par la volonté qui se trouvent court-circuités. Cest exactement ce qui survient à
Madame Rydén,
non seulement au début du phénomène quand la violence fut évidente mais aussi par la
suite, toutes les fois que la main accompagnée ou non par un discours intérieur se meut
non en vertu dun principe interne, dune impulsion provenant de lesprit
mais, au contraire, en vertu dun mouvement
mécanique qui provient de lextérieur.
Ici
quelquun pourrait objecter que rien de tout cela ne fait problème, que cest
même très compréhensible étant donné que la protagoniste est devenue un instrument de
Dieu auquel, après la violence du début, elle a cédé librement, donc spontanément, la
direction de sa propre main
Pour constater linconsistance et le manque de
fondement de cette objection, il suffit de rappeler que quand il utilise une de ces créatures, le créateur ne
se renie jamais lui-même: il choisit toujours un instrument adapté, il en respecte la
nature intime et, dans le cas de lêtre humain, la vitalité ou la capacité de
sauto-déterminer au mouvement.
Comme
le dit justement Karol Wojtila,
«il nest jamais permis de traiter la personne comme un moyen. Ce principe a une portée absolument universelle. Nul na le droit de se servir dune personne, de lutiliser comme moyen, même pas Dieu son créateur. De la part de Dieu, cela est également impossible parce que Dieu ayant doté la personne dune nature raisonnable et libre, Il lui a aussi accordé le pouvoir de se donner par elle-même les fins de son action, excluant ainsi toute possibilité de la réduire à nêtre autre chose quun instrument aveugle au service de fins voulues par un autre» («Amore e responsabilità» in Metafisica della persona Tutte le opere filosofiche e saggi integrativi, Bompiani, Milano 2003, p.478).
Il
faut préciser quil serait contradictoire de la part de Dieu de court-circuiter la
raison dun être humain au moment même où Il communique avec lui.
Dans le cas qui nous occupe, la protagoniste nest pas la secrétaire de
Dieu (ainsi quelle se définit) puisquelle ne transmet pas un contenu
qui lui serait dicté et reçu dans son intelligence. Tout au plus elle est la machine à
écrire de Dieu ou un téléscripteur activé de lextérieur.
Pour
ce qui est du rapprochement avec la ligature ou le ravissement des puissances chez les
saints mystiques, cela na rien à voir avec le phénomène de lécriture de
Vassula Rydén;
il ne sagit pas dune violence ou dune paralysie imposées de
lextérieur aux facultés ou aux membres parce que dans ce cas la suspension des
facultés provient de la concentration extrême de la conscience et de lesprit dans
les choses de Dieu. Cest justement lhyper-activation des facultés
spirituelles qui provoque lhypo-activation des puissances inférieures. Cest
un peu ce qui survient chez le distrait qui sarrête absorbé dans ses pensées et
dont les membres agissent dune manière déconnectée parce que son esprit est
occupé ailleurs
Encore une fois, nous sommes en face dactes vitaux dont
lorigine réside dans le principe intrinsèque du mouvement spontané des membres
qui est lesprit; les termes employés par Thérèse d Avila ne permettent
aucun doute: «tandis que lâme est ainsi à la recherche de Dieu, avec
dimmenses et douces délices, elle se sent défaillir à peu près tout entière,
cest une sorte dévanouissement, le souffle lui manque, et toutes les forces
corporelles, si bien quelle doit faire un effort très pénible rien que pour remuer
les mains etc
(Autobiographie, c.18, n.10, in uvres complètes,
Desclée 1964).
Vassula:
une autre Catherine de Sienne ?
Contrairement
à ce quon voudrait nous faire croire, le type de transmission des messages dont il
sagit ici na pas de précédent dans lhistoire de la spiritualité et de
la mystique, que ce soit chez Thérèse dAvila ou chez dautres saints
mystiques. Et de plus il est tout à fait vain dessayer didentifier
lécriture de Vassula Rydén et celle de Catherine de Sienne qui aurait écrit
certaines lettres de sa propre main tout en étant analphabète: dans les deux cas, si
lon suit les défenseurs de Vassula nous serions en présence de lécriture
guidée dune main qui sactionnerait par elle-même. Rien de plus
erroné puisque la sainte (comme cest arrivé aussi à Rose de Lima) sest mise
à écrire comme si elle avait toujours su le faire, en un instant, sans que sa main
nait eu besoin dêtre guidée continuellement par un agent extérieur. Tout
comme le boiteux guéri par Jésus qui sest mis à marcher avec ses jambes, se
mettant en mouvement comme sil avait toujours marché: il ne fut pas transformé en
une marionnette fonctionnant en vertu de laction de quelquun qui tire les
ficelles de lextérieur.
Pour
conclure, il me semble que ce que nous sommes en train dexaminer relève pour une
grande part des phénomènes de médiumnité dans leur version New Age. Comme le disait
Allan Kardec (1804-1869), le théoricien et vulgarisateur du spiritisme et de la
médiumnité en Occident, «le médium [
] est linstrument dune
intelligente étrangère, il est passif et ce quil dit ne vient pas de lui». Je ne
doute absolument pas que Vassula ne reçoive ses messages dune intelligence
extérieure et je nai aucun doute, non plus, sur lidentité de celle-ci qui
mest suggérée par les propos de Mme Rydén elle-même quand elle reconnaît au
démon la capacité de sinfiltrer dans les messages, utilisant cette même écriture
dite hiératique, sainte ou inspirée pour faire passer des erreurs ou ajouter
des paroles déplacées (cfr. messages du 8/1/87, 19/2/87, 6/3/87, 17/4/87, 22/7/87,
9/9/87 dont on fournit la photocopie n.20
à titre dexemple).
Cet
aveu est vraiment très inquiétant et désarmant: comment
peut-on appeler sainte et divine une écriture qui peut être utilisée sans distinction
par Dieu et par le démon?

Photocopie
n. 20
- Exemple d'un message dans lequel le démon intervient en utilisant l'écriture
"hiératique" atribuée à Dieu (à partir de: "Aha its her again...).
L'attitude
ambiguë de Vassula Rydén à l'égard de l'Église
Une
autre raison qui pourrait expliquer lattitude substantiellement négative de la
Congrégation réside dans le fait que Mme Rydén semble se situer au-dessus des Églises
soit orthodoxe que catholique.
L'Églises
Orthodoxe
De
fait, par rapport à la première, on peut citer par exemple la déclaration du métropolite de Glastonbury, Son
Eminence Abba Seraphim, tirée dun mémoire destiné au clergé orthodoxe du
Royaume-Uni:
«En recevant les sacrements en dehors de lÉglise orthodoxe (sur la base du décret Orientarium Ecclesiarum de Vatican II), Mme Rydén ne tient pas compte de la discipline canonique orthodoxe qui linterdit. En outre, Mme Rydén devrait solliciter la permission et la bénédiction canoniques du supérieur orthodoxe avec juridiction locale avant dorganiser des conférences publiques, et non agir pour son propre compte, en particulier quand le supérieur en question a exprimé des réserves, des critiques ou même son opposition» (cfr. http://www.britishorthodox.org/ ).
Bref,
cela signifie quelle ne se soumet pas aux
règles de son Église.
Bien
plus, le comité pour les hérésies du synode
de lÉglise grecque-orthodoxe déclarait en 2001 que la pseudo-voyante sétait
éloignée (ou avait été expulsée de lÉglise orthodoxe?) même si elle
continuait officiellement à en faire partie. Elle-même, après avoir dénoncé
pour diffamation le secrétaire du comité pour les hérésies, le révérend Kyriakos
Tsouros, a décidé de renoncer à toute action judiciaire.
Toujours
en ce qui concerne sa participation aux sacrements dans les Église catholiques, il
convient de souligner labus du recours aux
documents officiels (le décret conciliaire Orientalium Ecclesiarum,
lencyclique Ut Unum Sint de Jean-Paul II, le n.1399 du Catéchisme de
lÉglise catholique) pour la justifier. En effet, tous ces documents insistent sur le caractère tout à
fait exceptionnel et nullement habituel ou normal dun telle
concession. Cette orientation se trouve du reste confirmée
par Benoît XVI lui-même dans son exhortation apostolique Sacramentum Caritatis du 22 février 2007.
Pour
cette raison, la Notification de 1995 ne fait que confirmer un enseignement
solidement établi de lÉglise:
«Mme Rydén, qui participe habituellement aux sacrements de lÉglise catholique, bien quétant grecque-orthodoxe, suscite dans différents milieux de lÉglise catholique un profond étonnement, car elle semble se placer au-dessus de toute juridiction ecclésiastique et de toute règle canonique et, de fait, crée un désordre cuménique qui irrite nombre dautorités, de ministres et de fidèles de sa propre Église, se plaçant en dehors de la discipline ecclésiastique de cette même Église».
Déclaration,
inutile dinsister, qui témoigne à légard de lÉglise orthodoxe un
respect et une sensibilité quon aimerait trouver chez la protagoniste elle-même.
L'Églises
catholique
En
ce qui concerne lÉglise catholique, ni les paroles ni le comportement de Vassula
ont quoi que ce soit de rassurant, malgré les incitations à reconnaître le primat de
lévêque de Rome.
1.
Avant tout parce quelle ne sexprime pas du tout sur la nature dune telle
primauté:
«Bien que le message confirme la primauté de Pierre, lévêque de Rome, connue
tant dans la tradition orientale quoccidentale, il ne parle pas des questions de
juridiction. Je crois que je nai pas été appelée à mexprimer à ce sujet,
aussi, je mabstiens de le faire de quelque manière que ce soit» (lettre de
réponse au P.Grech). Nous voilà donc de nouveau au point de départ en ce sens que cette
position ne fait que reprendre celle des églises orthodoxes prêtes à reconnaître à
lévêque de Rome un primat, non de juridiction mais seulement dhonneur.
2.
Il convient ensuite de rappeler que lÉglise émergeant des messages se trouve comme
dépouillée de sa dimension institutionnelle:
«Vous serez nourris directement par Moi» (29/8/89); «Oui, en vérité, Mon Esprit de
grâce sera déversé sur toute lhumanité et votre génération sera nourrie
directement par Moi. Vous serez instruits et guidés par Moi, et Mes Saints et Mes anges
viendront à votre rencontre sur tous les chemins» (6/12/89, dans certaines éditions
linguistiques, ce message est daté du 4-12-89). Tout comme si lautorité humaine
savérait maintenant superflue: «Je tai choisie pour montrer au monde que Je
nai besoin ni dautorité ni de sainteté» (21/2/87). «Toute autorité
viendra de moi» (5/2/87) (et avant, nous nous le demandons, doù provenait-elle?).
On insinue même que lÉglise nétait pas, jusquà maintenant, dans les
mains de Dieu: «Ma vigne est soignée par Mes propres mains, maintenant» (22/8/89)
Les convertis «seront appelés prêtres du Dieu vivant, prêtres de lAmen et, avec
ce clergé, je reconstruirai mon Église» (29/10/91).
3.
En outre, la figure du Pape nest pas du tout comprise comme le point de référence
sûr et inébranlable voulu par le Christ, ce qui est propre à la tradition catholique.
Et ici, je ne fais pas allusion principalement au message du 18 avril 1988 corrigé par la
suite, dans lequel il était écrit «Pierre prends ma main, Satan ta éloigné de
la vérité!». Je pense plutôt à toutes les fois où sont exprimés des doutes quant à
la loyauté du Pape Jean-Paul II, loyauté, on peut le lire entre les lignes, liée à son
ouverture ou non au message de Mme Rydén: «Bien-Aimé Moi le Seigneur, Je suis à ta
porte et Je frappe. Mentendras-tu? Mouvriras-tu?» (20 octobre 1987); «Pierre
soit lécho de Ma parole, ne Me renie pas de nouveau, toi Mon Bien-Aimé» (1er
décembre 1987). «Je rendrai entièrement son siège à Pierre. [...] Dis à Pierre ces
paroles: Moi le Seigneur, Je suis à ta porte et Je frappe. Mouvriras-tu?» (7 mai
1988).
4.
Enfin, des messages de cette époque parlaient de la mort imminente du Pape:
«Pierre est pris au piège, il est impuissant au milieu deux [...] la fin de Pierre
est proche» (26 juillet 1988). Par surcroît, des textes et des rumeurs circulant dans
les milieux proches de notre personnage font état dune conspiration ourdie par
lentourage du Vatican et par des prélats liés à la maçonnerie et visant à
neutraliser le Pape et ses plus étroits collaborateurs.
Et
ce serait cette conspiration qui aurait justement neutralisé les ouvertures de Jean-Paul
II et du cardinal Ratzinger, devenu Pape par la suite, à légard de Vassula, par le
moyen de documents officiels hostiles à elle et imposés à eux. Un article assez répandu dans les mêmes milieux a un
titre très emblématique à ce sujet: Pourquoi le Vatican a-t-il peur de cette
femme? Que révèle cette femme de si redoutable pour que les bureaucrates du Vatican
osent défier le Pape afin de la faire taire?
La thèse est portée de lavant à coups de questions:
«Y a-t-il quelque chose dans La Vraie Vie en Dieu concernant le Vatican que tant le Pape Jean-Paul II que le cardinal Ratzinger désirent souscrire et appuyer, en espérant aussi que dautres le découvrent, mais quils noseraient pas mentionner publiquement eux-mêmes?».
Les
responsables de ces manuvres souterraines «ne sont-ils pas les mêmes hommes à
lintérieur du Vatican qui ont cherché à occulter les abus sexuels criminels,
immoraux et carrément méchants de personnes innocentes commis dans le monde entier et
pendant de nombreuses années par des membres de leur clergé?». Ces hommes agiraient
avec supercherie et en pleine désobéissance à légard du Pape.
Comme
on la déjà fait entendre, ils seraient les auteurs de la Notification de 1995
ainsi que du communiqué de presse de 1996 auquel se réfèrent les affirmations
suivantes: «ou par crainte de perdre leur contrôle de la situation ou simplement pour
sauver la face, les responsables de la première Notification contre Vassula et La
Vraie Vie en Dieu passèrent de nouveau à lattaque en publiant une deuxième
Notification [sic!] visant à renforcer la validité de la première», cest-à-dire
en faisant croire que le cardinal Ratzinger lapprouvait pleinement et la faisait
publier sur lorgane officiel du Saint-Siège Acta Apostolicae Saedis, avec sa
signature et celle du Secrétaire de la Congrégation. En ce qui concerne la lettre de la
Congrégation de janvier 2007, il est dit que «non seulement le cardinal Levada défie ce
que le cardinal Ratzinger a dit et fait auparavant: le nouveau Préfet de la Congrégation
défie et contredit aussi Jean-Paul II».
Comme
on le constate, les auteurs de cette théorie
attribuent aux conspirateurs du Vatican un gigantesque pouvoir, capable de bâillonner le
Pape et le Préfet et de fabriquer de toutes pièces des documents officiels signés à
leur place. Mais les mêmes auteurs se contredisent quant ils attribuent
effectivement au cardinal Ratzinger la paternité de la lettre de 2004 quils
considèrent comme une reconnaissance en mesure dannuler la Notification de 1995. Et en ce qui concerne le cardinal Levada, ils oublient
trop facilement à quel point il est une créature du Pape actuel qui, à la
surprise de tous, la voulu personnellement à la tête de la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi.
Ces
théories, omniprésentes dans les milieux proches de madame Rydén et destinés à
transformer en démons ses adversaires ne naissent pas par hasard et du néant, mais ils
trouvent leur fondement dans le comportement de la protagoniste elle-même et dans les
messages de La Vraie Vie en Dieu, dont ils constituent un des fruits
les plus évidents.
Cette
transformation en démons est appliquée avant tout aux contestations provenant des
membres des organisations TLIG (sigle
de La Vraie Vie en Dieu en anglais); dans
ce cas, la protagoniste ou ses prêtres accusent
les dissidents dappartenir au clan de Caïn ou dêtre les
instruments de lesprit de
Jézabel lié à lidolâtrie, ou de lesprit dAchab qui, selon
eux, serait un esprit de lâcheté et de confusion. Le remède prescrit à ces
contestataires entraînés par Satan vers les portes de lenfer consisterait à
recevoir pendant une année entière des prières de libération ou de guérison
effectuées par au moins deux ou trois prêtres.
Les
adversaires externes ne subissent pas un sort plus enviable. La moindre critique est
considérée comme «dépourvue de toute charité chrétienne»; cest
en ces termes que le P.OCarroll,
principal théologien défenseur de Vassula avec René
Laurentin, se réfère au P.Mitch Pacwa,
jésuite américain à qui la voyante sétait adressée pour une évaluation
théologique de ses révélations et qui avait exprimé un jugement négatif sur la revue Catholic
Twin Circle daoût 1993.
Mais
dans la plupart des cas, laction des opposants est attribuée directement au démon
et, pourquoi pas, à travers la médiation de la maçonnerie. Dans la photocopie n.1, on lit que «Satan se sert du
père Philip Pavitch [sic] qui a collaboré avec le P.Pacwa» et coupable davoir
diffusé la version originale des messages avec toutes les altérations. On doit aussi
mentionner que le P.OCarroll sest senti en devoir dexpédier une lettre
au Ministre Général des frères mineurs pour quil adopte des mesures sévères à
légard du P.Pavich et le fasse taire.

Photocopie
n. 1 -
Extrait du fax envoyé par Vassula Rydén à Elena Carvalho le 14 octobre 1993, dans
lequel elle affirme que le démon se sert du Père Pavich (coupable d'avoir diffusé la
version originale des messages avec la preuve des modifications) et justifie les passages
éliminés. Pour plus de détails, voir le chapitre: "Disparition, élimination et
altération des messages".
A
la suite dune de mes interventions critiques sur la revue italienne Il Sabato
du 24 octobre 1992, une foule nombreuse participa à une messe de réparation célébrée
à Milan.
Le
Sacré-Coeur en personne se dérangea pour lancer encore une fois ses foudres
contre les accusateurs de sa secrétaire, dans un menaçant message du 2 mars
1993: «Ma justice se dressera dans toute sa force contre ces marchands, parce quils
sont effectivement des marchands qui ont porté Mon Église à lapostasie». La note
n.3 de madame Rydén accompagnant le message explique: «marchands: mes accusateurs
canadiens [
] les persécuteurs de lEsprit Saint [
] symboliquement les
chacals qui travaillent de nuit [
] peut représenter la deuxième bête de
lApocalypse (Ap 13) qui désigne la franc-maçonnerie de lÉglise [
]
lesprit rationaliste apostat et corrompu».
Qui
sont ces marchands de dimension apocalyptique et instigateurs dapostasie
? Peut-être don Signori, dans le passé professeur au séminaire majeur de Montréal et
alors généreux pasteur dune paroisse de la même ville? Ou Marie-France James, auteur deuvres
visant à démasquer les dangers de lésotero-occultisme, du Nouvel Age et de la
maçonnerie, collaboratrice appréciée de lInformateur Catholique pendant
des années, victime par la suite dun lynchage en bonne et due forme sur le même
journal après ses prises de position critiques et, surtout, après la publication de son
livre Le Phénomène Vassula
(Nouvelles Éditions Latines, Paris 1992)? Ou encore madame Daria Klanac, mère de
famille, animatrice de la communauté croate de Montréal et responsable de la Corporation
des Messages pour la Paix alors chargée de la diffusion des messages de Medjugorje au
Canada, elle aussi victime dune campagne de terre brûlée après ses courageuses
interventions sur notre personnage? Enfin, compte tenu de ma nationalité et de la date du
message, parvenu cinq jours après mon intervention sur la station italienne Radio-Maria,
je crois rentrer moi aussi dans le fameux club des marchands canadiens
instigateurs dapostasie.
Mais, dans tout cela, il ny a quune seule victime, quune seule persécutée: elle ne peut être, bien sûr, que Vassula Rydén elle-même, à qui Dieu confère lauréole de prophétesse martyre: «y a-t-il jamais eu un seul prophète qui nait jamais été persécuté, menacé ou attaqué ?» (30/6/90). Jésus déclare même:
«Sils te persécutent, sils te bafouent, cest Moi quils bafouent» (13/9/87); «en réalité, tes accusateurs sont Mes accusateurs, tes censeurs sont Mes censeurs, tes persécuteurs sont Mes persécuteurs» (13/9/89). De fait, il faut peu de choses pour mériter le titre de persécuteur; il suffit dune objection: «ainsi si quelquun soulève une objection, il ne soppose pas à toi mais à Moi, Moi qui tai donné le Saint-Esprit de vérité» (24/10/91).
Tout
cela est vraiment ridicule, surtout si on se donne la peine de lire la définition de la
parole persécution dans quelque dictionnaire que ce soit: «traitement
injuste et cruel infligé avec acharnement». Lironique réponse du journaliste de Il
Sabato aux protestations dun disciple de la protagoniste nest donc pas
dénuée de fondement: «racontez-nous, expliquez-vous publiquement: Vassula a-t-elle
été incarcérée? Torturée? Exilée? Déportée? Est-elle pourchassée par les services
secrets? Les seules nouvelles qui nous parviennent nous assurent quelle vit
tranquillement en Suisse, épouse dun fonctionnaire de la FAO, ses livres sont
publiés par dimportants éditeurs catholiques, elle fait le tour du monde,
accueillie et vénérée comme une sainte par des ecclésiastiques (même des évêques)
enthousiastes et par des foules passionnées» (A. SOCCI, dans Il Sabato du 5
décembre 1992).
Nayant
jamais travaillé au sein dune Congrégation romaine, aucun des critiques
susmentionnés peut appartenir à la terrible maçonnerie vaticane. On peut affirmer sans crainte de se tromper que
lopposition à Vassula est venue de simples religieux et croyants, donc de la base
et non pas des sommets de lÉglise, et quelle na pas attendu la
Notification de 1995 pour se mettre en branle. Le sensus fidelium existe vraiment!
Mais les messages persistent à accorder à la percipiente des adversaires plus nobles, plus haut placés :
«Mon Église est pleine de Caïn qui sont arrivés à sasseoir sur le trône dans mon sanctuaire» (13/5/1989); «à la fin des temps lennemi siégera sur le trône dans mon sanctuaire» (24/1/91).
Il
semble que ces ennemis haut placés soient à relier à quelque secte satanique ou
maçonnique: «par le pouvoir du Dragon, ces idoles occupent des postes de haut niveau.
Ensuite, pour continuer à occuper ces postes, ils ont ordonné des prêtres qui sont des
leurs et qui célèbrent au coeur de mon sanctuaire. Mais ils ne madorent pas, il
font semblant de le faire. Ils sortent habillés en grands prêtres adorant et servant la
Bête elle-même» (août 1990); en note, la voyante commente ainsi: «pouvoir obtenu
grâce à des messes noires; et ici Jésus sadresse au faux prophète déguisé en
en ange (Ap.13,11; 16,13)».
Parmi
tous les autres se distingue un personnage particulièrement important à
lintérieur de lÉglise : «Oh, Caïn! Tu tes masqué et travesti en
Grand Prêtre. Tu test vêtu de Mes habits dor et dargent, pour cacher
tes vêtements sombres que ta donnés la Bête noire. [
] Il en trompera
beaucoup et les gens seront aveuglés, aveuglés par les vêtements de limposteur.
[
] Avec son glorieux travestissement, il portera une Grande Apostasie dans toute Mon
Église, il portera la désolation, mais tout sera camouflé par des miracles, des
prodiges grandioses et des signes dans le ciel» (30/1/89).
Les
messages eux-mêmes nous permettent de constater quil ne sagit pas ici non
plus de langage symbolique: «Maintenant, ce rebelle prospère avec toute sa suite, caché
sous les vêtements de Grand Prêtre, dissimulé sous laspect dun agneau,
masqué derrière lapparence de la vérité, afin de pouvoir tromper un multitude et
porter tout le monde à la mort. Je ne parle pas en parabole, mais avec un langage clair.
Les temps sont accomplis, ces temps annoncés dans les Écritures pendant lesquels Mes
ennemis donneront de Moi une image qui nest pas la Mienne et qui nest pas Moi
» (12/9/90). Mais alors, qui est ce rebelle masqué sous les apparences du Grand Prêtre?
Il sagit sans aucun doute dun évêque, du moment quil «a été
ordonné prêtre et quil en a ordonné dautres» (août 1990).
Dans
une interview publiée sur Il Segno del Soprannaturale
de
novembre 1994 à la p.32, le journaliste, un certain Dante Scolari, déclare: «Vassula
nous fait comprendre que le monde est désormais gouverné par la maçonnerie, qui est
même parvenue à tisser des liens très étroits avec plusieurs personnalités très
éminentes de lÉglise. Je lui [à Vassula, n.d.r.] dis, pour lavoir entendu
dans un milieu de prière lié à une voyante que je connais, quil y aurait déjà
au Vatican une trentaine de cardinaux inscrits à la maçonnerie. Oh non, bien
plus! est sa réponse, calme mais ferme».
Sur
la même revue de janvier 1995 paraît un démenti
que
Mme Rydén elle-même a voulu publier; après avoir attribué léquivoque au fait
que «tant moi-même que mon interlocuteur nous nous exprimions dans une langue
étrangère», elle soutient, entre autres, que «le Seigneur ne ma fourni ni le
numéro ni les noms, à propos de la situation grave dans laquelle se trouve
lÉglise actuelle. Pour cette raison, je ne peux pas avoir parlé de bien
plus de trente cardinaux inscrits à la maçonnerie, et encore moins le Seigneur
ma-t-il fourni des données portant à lidentification des
personnalités éminentes de lÉglise liées à la maçonnerie, ni
a-t-il spécifié si ces personnages vivent ou travaillent au Vatican ou ailleurs».
Ce
démenti, du reste partiel en ce sens quil ne porte pas sur tous les contenus de
linterview, nest pas vraisemblable.
Tout dabord parce que lécueil
linguistique nexistait pas: tant Mme Rydén depuis des années
résidentes en Suisse Romande que le journaliste Scolari pour un très long
séjour à Lausanne connaissent très bien le français (langue utilisée pendant
la conversation). Et, surtout, parce que certaines
affirmations («le Seigneur ne ma jamais fourni
noms,
données
portant à lidentification des personnalités de lÉglise liées à la
maçonnerie») contredisent ouvertement la note
n.3 du message à peine cité du 5-29 août 1990 dans laquelle on lit textuellement:
«Dieu ma révélé leur nom». [Dans certaines éditions des messages, cette
note apparaît avec le numéro 5.] Même si la protagoniste nutilise pas ouvertement
ici le terme cardinaux, il reste évident quelle se réfère à eux,
sagissant de «Grands Prêtres», «assis sur un trône», occupant des «postes
élevés», et cest dailleurs ainsi que le comprennent ses partisans. Au point
où nous en sommes, il devient impossible de réprimer la réaction spontanée de notre
esprit qui passe en revue avec suspicion la liste des cardinaux...
Toujours
dans la même interview on apprend que «à la mort ou disparition de ce Pape,
lAntéchrist inaugurera son règne». A presque douze ans de distance de cette
prophétie, quelquun pourrait être tenté de se demander si lAntéchrist
nest pas le Pape Ratzinger lui-même
Le Vassula-centrisme des messages
Dans
cette histoire, la percipiente occupe vraiment la place centrale; à une Église
faible ou, pour le moins, affaiblie, à la dérive, avec un Pape désorienté,
isolé et incapable de gouverner, les messages opposent en effet une Vassula Rydén forte
et protagoniste.
1.
Des pouvoirs extraordinaires lui sont conférés:
«Chaque action sera accomplie par Moi à travers elle. Je parlerai à travers elle et
jagirai à travers elle» (10/11/87); «Quand jexpose ton âme au Purgatoire,
plusieurs âmes guérissent. Je tai enseigné à Maimer, ton amour pour Moi
les guérit. Sers-toi de ton amour comme remède pour les guérir. Guéris-les, Vassula,
guéris-les. Tu portes Ma Croix avec Moi» (10/2/87).
2.
Elle est investie dune mission tout aussi extraordinaire, unique, dune
importance vitale pour lÉglise et pour le monde;
elle est promue au rang des apôtres, dont elle hérite presque la succession: «Pêcheuse
dhommes, étends Mon Filet de Paix et dAmour partout dans le monde. [
]
Quand jétais sur la terre, jai enseigné à un petit groupe dhommes à
devenir pêcheurs dhommes. Je les ai laissés dans le monde pour quils
répandent Ma Parole dans toute lhumanité. Moi, le Seigneur Jésus, je
tinstruirai et te montrerai comment ce travail a été effectué» (26/4/87); elle
est aussi prêtresse: «Mon prêtre, car tu es Mon prêtre, tu chemineras avec Moi, Je ne
tabandonnerai jamais» (17/3/87).
3.
Tant son attitude que ses paroles consolident une certaine position de supériorité face
à lÉglise et à lautorité ecclésiale:
«Ma Vassula, évidemment tu ne leur appartiens pas, tu appartiens à Moi. Je suis ton
Créateur et ton Père Saint, tu dépends de Mon autorité. [
] Dis à Mon Saint
Siège que cest Moi qui tenvoie à eux. Écoute-Moi, sils te demandent
à quelle communauté tu appartiens, tu leur diras que tu Mappartiens et que tu te
trouves sous Mon Autorité» (27/10/87). Ailleurs: «Lève-toi, Ma fille! LÉglise a
besoin de toi» (29/3/88) (cest lÉglise qui a besoin delle, et pas le
contraire). Et encore: «Vassula, embellis Mon Église. [
] Chemine avec Moi.
Ecclesia revivra et tu les réuniras et les béniras dans la Maison de ton Père»
(3/3/88). Elle est la conscience prophétique des Églises dont elle dénonce les horreurs
et les erreurs, elle est le pivot autour duquel se réalisera lunification des
Églises (surtout des Églises catholique et grecque-orthodoxe): «Vassula, par amour pour
Moi, uniras-tu Mon Église?» (3/7/87).
Et quel est le signe de crédibilité, quel est le sceau de garantie offert par Jésus pour authentifier la mission de sa messagère? Rien de moins et rien de plus que la messagère elle-même: «Vassula, plusieurs Me demanderont un signe démontrant que ce message provient vraiment de Moi, mais le signe que je donnerai, cest toi» (30/1/87); «Tout ce que Je leur donnerai, cest toi-même, Ma fille» (1/9/87).
Il faut sen tenir à cela; mais cest vraiment trop peu pour quelle puisse se permettre dinterpeller ses adversaires à la manière de Jésus-Christ
4.
Encore plus symptomatique de cette position de supériorité est la récente lettre (août
2007) écrite en réponse à celle du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la
Foi,
et dans laquelle, entre autres, Mme Rydén demande, non sans astuce, comment on puisse
bien dissuader les fidèles de participer à des réunions de prière, chose (dit-elle),
«franchement contraire à la volonté de Dieu». En réalité, le cardinal Levada ne se
déclare évidemment pas contraire à la prière en elle-même mais à la participation
«aux groupes de prière organisés par Madame Vassula Rydén», qui sinspirent
constamment à ses messages et à ses écrits.
Mais la partie plus intéressante est la suivante :
«Dans la nouvelle conclusion de la lettre du Cardinal Levada, il rejette donc lapproche et le dialogue que lalors Cardinal Ratzinger (maintenant Pape), et le Cardinal Bertone (maintenant Secrétaire dEtat) ont eu avec moi pendant une période de deux ans et demi, au cours desquels plusieurs inspecteurs, théologiens, évêques et cardinaux furent appelés à donner leur opinion finale qui, comme vous savez tous, fut positive. [ ] Alors, chers amis, à vous de décider: vous pouvez suivre soit le résultat positif obtenu après le dialogue que jai eu avec lalors Cardinal Ratzinger, qui concéda la liberté de continuer à lire La Vraie Vie en Dieu et dévangéliser avec amour pour lamour, reconduisant le peuple de Dieu à son église et à lunion à lintérieur de lÉglise, ou vous pouvez suivre les dispositions de la lettre signée par le Cardinal Levada qui ne dit ni oui ni non et, dans la meilleure des hypothèses, crée confusion».
Cette
lettre de Vassula dénote une fois de plus une profonde ignorance du fonctionnement de
lÉglise,
comme si le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait pu écrire ce
quil a écrit sans le consentement du Souverain Pontife; on a limpression de
revenir douze ans en arrière, quand plusieurs mirent en doute que la Notification
publiée officiellement sur LOsservatore Romano avait pu être écrite sans le
consentement du Préfet, le cardinal Ratzinger. Au
fond, il sagit ici de faire croire que les personnes à la tête de lÉglise
sont divisées: le Pape, le Secrétaire dEtat, le Préfet de la Congrégation
et les évêques semblent aller chacun dans leur direction.
La réponse de Vassula Rydén, qui na rien à voir avec la
précipitation et limpulsivité puisquelle survient plusieurs mois après la
lettre du cardinal Levada, comporte une indéniable gravité et trahit
lesprit qui se cache derrière lensemble du phénomène.
Faisant en effet appel à sa propre autorité et à son propre ascendant, elle se trouve
à mettre ses adeptes aux pieds du mur: ou suivre les dispositions précédentes
quelle juge tout à fait arbitrairement comme une sorte de reconnaissance, ou suivre
la lettre du cardinal Levada «qui ne dit ni oui ni non» (mais qui, en réalité, dit
non). Un tel comportement ne manquera pas de compromettre sérieusement ou même
définitivement les rapports de la percipiente avec la Congrégation qui, à
lintérieur de lÉglise catholique, jouit dune autorité supérieure à
celle des voyants ou des charismatiques.
Lautre
raison pour laquelle lÉglise ne donne pas le feu vert aux messages de La Vraie Vie
en Dieu est sans aucun doute leur contenu.
Banalités
et mièvreries
Il
nest pas négligeable de mentionner, outre le susmentionné Vassula-centrisme des
messages, leur teneur banale, parfois proche des romans de gare, et la mièvrerie de
certains dentre eux. A propos de banalité:
«Tout à coup jai vu, avec les yeux de lâme, le Seigneur assis à table avec moi qui me regardait manger.
-Cest bon?
-Oui, Seigneur. Je te remercie, Seigneur» (25/5/88).
Ailleurs,
alors que Jésus est visiblement en sa présence:
«-Jésus, je crois que je dois men aller!
-Où?
-En bas, pour contrôler le four qui est ouvert!» (16/5/87).
«Lheure est un rival pour Moi, quand tu regardes la montre pendant que je suis en ta compagnie. (Je Lavais offensé parce que javais jeté un coup dil à ma montre)» (25/5/87); «A ce moment, je me suis distraite. Jésus sest interrompu en me disant: Fleur, domine ton apathie» (3/6/89 ou 1/6/89 dans certaines éditions des messages)
Et
à propos de mièvreries :
«-Sais-tu
à quel point je taime?
-Oui,
je le sais, Jésus.
-Alors
pourquoi refuses-tu Mon Baiser? [
] Vassula, ne tai-je pas déjà dit que tu ne
dois rien Me refuser? Que Mas-tu répondu?
-Que
je ne Te refuserai jamais rien.
-Oui.
Alors pourquoi refuses-tu Mon Baiser? Vassula, ne Me refuse jamais quand Je te le demande.
Si je te demande quelque chose, cest par Amour. Permets-Moi de te donner un baiser,
permets-Moi de le faire. Viens vers Moi et sens Mon Baiser, un Baiser divin sur ton front.
Es-tu prête?
Jésus
ma baisée sur le front, me laissant complètement
comment pourrais-je
mexprimer? Il ma laissé un extraordinaire sentiment de paix dans lâme.
Ma respiration semblait traverser les poumons et envahir mon corps tout entier, me donnant
limpression dêtre de lair pur» (19/3/87).
Ou
ailleurs:
«-Et
tu as les fossettes quand tu souris
-Je
taime
-Seigneur,
je Taime» (12/10/87).
Les
erreurs doctrinales
Mais, toujours à propos du contenu des
messages, il y a lécueil des erreurs doctrinales, ouvertement mentionné dans la
Notification. Pour une raison despace, je nentends pas métendre
longuement sur la question, désormais superflue après tout ce qui a été dit
précédemment.
Et
puis il semble impossible de saventurer sur
le terrain toujours glissant et inextricable non des textes en eux-mêmes mais de leur
interprétation: dans sa lettre de réponse aux questions du P.Grech, Mme Rydén se
prémunit en se retranchant derrière le style du «langage poétique et mystique», du
«langage dimagerie symbolique ainsi que poétique», déclarant donc son intention
«de clarifier et de mettre en lumière certaines expressions qui pouvaient apparaître
peu claires du fait quelles sont écrites dans un style imagé et poétique ou
symbolique» à ne pas prendre à la lettre. Elle donne son assurance que «graduellement,
toute la terminologie non officielle sest cristallisée avec le temps, ainsi, si
quelque chose peut paraître confus, il séclaircit plus loin».
Je
ne sais pas dans quelle mesure ces paroles et ces éclaircissements parviennent
effectivement à convaincre la Congrégation à modifier le jugement négatif exprimé
dans la Notification de 1995.
A
titre dexemple, quen est-il du millénarisme
souligné par cette dernière? La percipiente nie la présence dune telle
erreur dans ses messages, sen appelant toujours à leur style symbolique et
poétique et en les soumettant à une interprétation strictement spirituelle et non
temporelle: oui, il y aura bien une Nouvelle Pentecôte (dont parlait Jean XXIII) ou
quelque chose de semblable au triomphe du Cur Immaculé de Marie, mais tout
adviendra à un niveau personnel et intérieur. Donc cela na rien à voir, soutient
la messagère, avec le millénarisme, hérésie condamnée dès le début de lère
chrétienne parce quorientée vers lavènement dun règne de bien-être
et de paix universels, dune sorte de paradis terrestre, peut-être même précédé
ou accompagné dune venue intermédiaire et glorieuse de Jésus-Christ ici sur la
terre, et cela avant la fin du monde.
En réalité, les messages semblent aller bien au delà dune telle interprétation: «Lheure est venue de choisir et dextirper tous ceux qui ne sont pas des Miens: de séparer de ceux qui Mont reconnu tous ceux qui nont pas voulu se soumettre à Ma loi; de séparer ceux qui ont accueilli Mon Esprit Saint [ ] de tous ceux qui se sont rebellés dans leur apostasie contre Moi; décarter de ceux qui ont reçu sur le front la marque du sceau de lagneau tous les autres qui portent le nom de la bête et le numéro 666» (20/7/92). Cette séparation de la zizanie et du bon grain, que Jésus lui-même ne situait pas ici sur la terre et avant la fin du monde, sera suivie dun bouleversement cosmique et introduira lhumanité dans un règne de paix universelle:
«Un paix universelle approche, la paix est sur le point de naître» (24/12/89). Le mal disparaîtra: «Quand Mon Jour viendra, jéliminerai tout le mal et le mettrai sous clé. Moi, le Seigneur dAmour, je ferai en sorte que cette Nouvelle Terre germe comme des semences dAmour. [ ] LAmour régnera dans tous les curs et Vertu sera portée comme une couronne par tout Mon peuple de Ma Nouvelle Terre» (10/11/88).
Il ne semble pas que ces descriptions puissent se réduire à une simple représentation symbolique du futur royaume des cieux puisque les événements prophétisés ne se réfèrent pas à la fin du monde sic et simpliciter, mais plutôt à la fin dun monde, du monde actuel de péché et de mort:
«Ces signes doivent être observés, ce sont des signes de la fin des temps. Non pas des signes de la fin du monde, mais signes de la fin dune ère» (31/1/90).
Dans
une conférence prononcée à Ottawa le 9 juillet 1994, la protagoniste a parlé de la
«fin de ces temps obscurs».
Il
faut souligner que linterprétation terrestre et, donc, nullement symbolique
na rien de si étrange puisquelle se retrouve telle quelle, par exemple, chez
deux des défenseurs les plus en vue de Vassula Rydén, tous deux auteurs de livres
portant des titres très emblématiques et remplis de citations des messages: je me
réfère en particulier au défunt Mgr. Aldo
Gregori et à Paul Bouchard (le
directeur du journal LInformateur Catholique de Montréal, déterminant dans
le lancement de la protagoniste), respectivement auteurs de La venuta intermedia di
Gesù et de Le règne de Dieu sur la terre: utopie ou réalité?.
Si
Mme Rydén a été mal comprise par ses plus proches souteneurs et collaborateurs, alors
comment les simples lecteurs de La Vraie Vie en Dieu peuvent-ils donc éviter le piège du
millénarisme?
En
peu de mots, on doit conclure que les messages présentent des contenus pour le moins
ambiguës. Dautant plus que cest la Révélation elle-même (le Nouveau
Testament) qui se charge dexpliquer en termes célestes les textes
ambiguës de lAncien Testament relatifs à un règne terrestre de paix
et de bien-être universels, alors quici il nous faut recourir à des explications
ou à des assurances théologiques qui némergent absolument pas des messages
eux-mêmes.
Les cas de personnes présumant de parler
avec Dieu, Jésus ou la Vierge Marie se comptent littéralement par
milliers sur la face de la terre, bien que peu dentre elles
jouissent de la notoriété mondiale de Vassula Rydén.
Toutefois
il faut préciser quune telle notoriété ne peut constituer à elle seule un
critère dauthenticité divine.
A
un tel succès ont visiblement contribué, beaucoup plus que les contenus des messages de La
Vraie Vie en Dieu (communs à dautres révélations analogues et peu
connues), les modalités insolites de leur transmission: ici nous ne nous trouvons pas
seulement face au merveilleux ou à lextraordinaire (locutions, visions) mais
surtout face au médiumnique et au paranormal (une main qui se meut toute seule) auquel on
a voulu, avec superficialité, conférer un statut surnaturel (hiératique,
saint, etc.).
Ajoutons
à ces éléments une opportune constatation de Marie-France James: «dans la foulée
même du mouvement du Nouvel Age, le phénomène Vassula vise à réactualiser
lhérésie/utopie dun Troisième Règne ou Règne de
lEsprit; une vision de lavenir, une apogée du processus historique on
ne peut plus vague et trompeuse, mais galvanisante des foules et de limaginaire.
Cette fermentation ne date pas daujourd'hui. Déjà au IIè siècle, lidée
faisait des siennes à travers lhérésie montaniste. Depuis le XIIè siècle, la
germination de cette ivraie a repris souffle et vigueur sous limpulsion de Joachim
de Flore» (Le Phénomène Vassula, p.84).
Mais,
on ne le répétera jamais assez, encore plus déterminante sest avérée la caution
explicite offerte au phénomène de la part de quelques grands théologiens de réputation
internationale, parmi lesquels se distingue René Laurentin.
En
ce qui concerne largument des fruits, il na absolument pas de quoi
impressionner: il suffit de penser que les Témoins de Jehovah lexploitent à leur
avantage, en citant les nombreuses personnes qui ont effectivement changé de vie en
suivant leurs enseignements.
Un
discernement valable requiert donc, on sen aperçoit, un ensemble déléments
nécessairement positifs: la conformité à la doctrine de lÉglise, la
crédibilité de la voyante (précédents, sincérité, désintéressement, humilité et
soumission à lautorité ecclésiale, santé physique et équilibre mental,
sobriété, linéarité et limpidité dans lexposition des faits et des messages,
profondeur, cohérence, etc.), la réalisation des prophéties et les signes qui
accompagnent les révélations (guérisons physiques, psychiques et spirituelles, etc.).
Jespère
que les pages précédentes aient suffi pour documenter labsence, dans le
phénomène Vassula Rydén, dun bon nombre de ces éléments positifs.