Qu’est-ce que la Sainte Tradition ?
Par Mark Shea, Président de
www.catholicexchange.com
Traduction libre par Jean-Baptiste
Quelque chose de merveilleux se passe. Beaucoup de nos frères
évangéliques se mettent à apprécier l’enseignement catholique
séculaire selon lequel l’Écriture Sainte est la partie écrite, et
non pas la totalité, de la Sainte Tradition qui nous a été léguée
par les Apôtres avec l’autorité du Christ lui-même. De plus en plus,
ils commencent à saisir l’idée que, bien que l’Écriture est
suffisante (comme Paul l’indique en 2 Timothée 3 : 16), il existe
une distinction entre suffisance matérielle et formelle.
Quelle est la différence entre suffisance matérielle et suffisance
formelle ? C’est la différence qui existe entre avoir un tas de
briques suffisant pour construire une maison et avoir une maison en
briques. L’enseignement catholique dit que la Sainte Tradition
Écrite (appelée l’Écriture ) est matériellement suffisante : toutes
les briques nécessaires pour construire ses doctrines sont là, dans
l’Écriture. Toutefois, parce que certaines choses dans l’Écriture
sont implicites plutôt qu’explicites, d’autres matériaux que
l’Écriture ont été transmis par les Apôtres. Ces autres matériaux
forment la Sainte Tradition qui n’est pas écrite (laquelle est le
mortier qui maintient les briques de la Tradition Écrite ensemble,
dans le bon ordre et la bonne position) et le Magistère ou autorité
enseignante de l’Église (qui est la truelle dans la main du Maître
d’œuvre). Prises ensemble, ces trois choses sont formellement
suffisantes pour connaître la vérité révélée de Dieu.
Mais bien que ce paradigme éloigne d’une interprétation par la Bible
seule de la révélation, ce changement ne se fait pas sans
difficulté, tant les confusions abondent. La première d’entre elles
est simplement la question de savoir, précisément, ce qu’est cette
Sainte Tradition. À quoi ressemble-t-elle ?
Pour commencer à répondre à cette question, il nous faut commencer
avec l’expérience humaine ordinaire et d’abord s’interroger :
qu’est-ce qu’une tradition ? Essentiellement, la tradition est une
chose transmise d’une génération à la suivante. C’est précisément la
signification du mot biblique utilisé pour tradition : paradosis. De
plus, nous faisons la distinction entre les traditions avec un T
majuscule et celles avec un t minuscule même dans la culture
séculière et populaire. Les traditions avec un t minuscule expriment
quelque chose d’une culture (comme la dinde de l'Action de Grâce),
et cependant elles peuvent être enlevées sans endommager
irrémédiablement cet héritage (bien que leur retrait se fasse sentir
- comme vous le dira tout soldat qui aura pour toute nourriture de
l'Action de Grâce qu'un bâtonnet de dinde surgelé avec une purée de
patates déshydratées dans la tente du mess...). Certaines traditions
avec un t minuscule (comme lever les verres aux nouveaux mariés)
sont très anciennes et largement répandues. Certaines (comme aux
feux d'artifice du 4 juillet) sont assez récentes et peuvent n’être
confinées qu’à une seule culture. Certaines ont une signification
religieuse (comme les couronnes de l’Avent), certaines sont justes
des coutumes enracinées (comme les bougies d’anniversaire). La
culture humaine est immergée dans un océan de traditions allant
d’envoyer du riz aux mariés à la salutation du drapeau, aux soirées
étudiantes pour arroser le bac, aux retours à la douche froide du
lundi matin. Et comme telles, personne ne craint ces choses si
profondément humaines.
Cependant, la tradition est plus que la simple accumulation des
traditions avec un t minuscule. Ce n’est même pas juste de petites
habitudes. C’est aussi une manière d’être, de penser et de voir qui
influence puissamment (et souvent inconsciemment) nos vies et même
notre relation à Dieu. Les Américains, par exemple, ont une longue
tradition républicaine et une méfiance innée envers les rois et les
princes qui évoquent la Magna Carta ce qui colore nos opinions bien
plus profondément que la simple tradition des pétards du 4 juillet.
Comparée à la tradition avec un t minuscule des feux d'artifices, la
Tradition de la Liberté est une Tradition avec un grand T dans un
esprit américain. C’est le moteur de chaque chose, de la Révolution
américaine à la guerre civile, aux protestations contre le Vietnam.
Son emprise écrasante peut difficilement être surestimée,
précisément parce que cette emprise est largement inconsciente.
C’est pourquoi le soldat de tout à l’heure peut endurer la privation
d’une dinde pour l'Action de Grâce, mais peut encore plus détester
une Action de grâces sans représentation d'autorité sur la Liberté.
Maintenant, la distinction entre tradition avec un T minuscule et
tradition avec un T majuscule demeure vraie dans le domaine du
sacré, selon l’enseignement catholique. C’est-à-dire, comme
l'enseigne l’Église, qu’il y a des aspects de la vie chrétienne qui
nous sont principalement transmis, pas tant à travers l’Écriture,
qu’à travers la tradition. Une partie de cette tradition, dit
l’Église, est avec un t minuscule : cierges, chants favoris, styles
de prière, dévotions populaires, livres préférés, anciens et
précieux rites comme les chants de Noël, la nourriture comme le pain
béni ou les oeufs de Pâques, des légendes ou des milliards d’autres
ornements semblables de la vie de la foi. Tous sont des expressions
de la culture humaine ordinaire. Cependant, quand un événement vient
à bousculer, aucune de ces petites traditions vitales et vivantes,
quelle qu'elles soient, ne sont essentielles à la Foi. Plutôt que
telle légende, mon père et ma mère auraient très bien pu en raconter
une autre, de même trempe, sans pour autant avoir mutilé ma foi.
Mais s’ils avaient négligé de nous dire que Jésus est Dieu né de
Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré
non pas créé, mon père et ma mère auraient failli à nous transmettre
non pas une tradition, mais la Tradition avec un grand T. Car, comme
l’Église l’indique clairement, la Sainte Tradition (comme distincte
des traditions humaines citées au-dessus) ne peut être négligée
qu’au prix d’une mutilation radicale de la foi chrétienne. Et à
cause de cela les catholiques insistent sur le fait que la Sainte
Tradition (tant écrite que non écrite) ne vient ni de la créativité
humaine, ni d’une légende, mais des Apôtres eux-mêmes. Elle ne doit
donc pas être altérée par addition, ni par soustraction d’aucune
sorte. Car la différence ici entre les traditions et la Tradition
est la différence entre les coutumes des hommes et la Révélation de
Dieu.
Arrivés là, nous commençons à faire face à un problème délicat. Car
à peine les mots « ne doivent donc pas être altérés par addition, ni
par soustraction d’aucune sorte » sont-ils sortis de la bouche du
catholique que les catholiques semblent ajouter de nouvelles
doctrines de Foi en pleine lumière du jour disant : « Elles ont
toujours été là » (Comme par exemple, les définitions du XIXe et du
XXe siècles de l’Immaculée Conception, l’Infaillibilité papale, et
de l’Assomption de Marie).
En réponse, le chrétien évangélique, perplexe, fait marche arrière
dans son intérêt croissant pour la Sainte Tradition, comme si elle
était le fruit dans la main d’Ève : « Attendez un instant »,
s’écrit-il, « Que se passe-t-il ici ? C’est quoi le piège ? Si ces
doctrines sont là depuis toujours, alors où donc est l’Immaculée
Conception de Marie dans l’Écriture et pourquoi n’est-elle pas
devenue un enseignement de l’Église avant 1854 ? »
Quand les catholiques répondent :
« cette vérité, et cette règle de Morale sont contenues dans les
Livres écrits, et dans la Tradition non-écrite ; qui ayant été
reçues par les Apôtres, de la bouche de Jésus-Christ même, ou ayant
été laissées par les mêmes Apôtres, à qui le Saint- Esprit les a
dictées, sont parvenues comme de main en main, jusqu’à nous »
(Concile de Trente, Décret des Écritures canoniques : Denziger 783
[1501])
Cela ne dissipe en rien la suspicion qu’ils en ont. Car une telle
réponse ressemble à : « Bien, donc l’Immaculée Conception n’est pas
dans l’Écriture. C’est dans, hum…, la Tradition ! Ouais ! C’est le
truc ! La Tradition ! ».
Et ainsi, beaucoup de gens (même ceux qui glissent vers le paradigme
d’une fragile croyance dans la Tradition) luttent encore avec la
vague impression (erronée) que les catholiques tiennent la Tradition
pour une révélation séparée, secrète, et parallèle transmise
d’évêque à évêque lors d’une cérémonie secrète de transmission par
laquelle tous les évêques passeraient dans la chambre ténébreuse des
Initiations située sous le Vatican (genre : « Psst ! Marie est
Immaculée, toujours vierge et a été enlevée au Ciel, faites passer !
») et divulguée par l’Église quand Rome estime que c’est le bon
moment pour informer les gens ordinaires sur les bancs d’église.
La dissonance crée par : a) la logique initiale de l’argument des
catholiques en faveur de la Sainte Tradition (arguments, comme par
exemple : nous ne pouvons pas connaître quel est le canon de
l’Écriture en dehors de la Sainte Tradition), et b) cette absurde
impression d’une « Tradition » séparée, secrète et parallèle, peut
souvent créer une réelle crise spirituelle dans l’âme du chrétien
évangélique qui cherche en direction de l’Église catholique. La peur
instinctive au coeur du chrétien évangélique que l’Ensemble de la
Chose Sainte "Tradition" soit une Énorme Erreur – peur qu’une erreur
grave, primordiale ait été faite quelque part, peut-être dans les
idées d’une personne, peut-être très tôt dans l’histoire du
christianisme, peut-être en plusieurs endroits.
En effet, certains de nos amis fondamentalistes réagissent à cette
dissonance en rejetant absolument la Sainte Tradition et mettent à
la place une prétendue « authentique Église cachée des chrétiens de
la Bible-seule » qui était confinée au silence par l’Apostasie de
masse de la fin de l’ère apostolique. C’était, « cette Église cachée
» qui préserva l’Évangile à travers un millénaire et demi des
erreurs d’avant la Réforme, erreurs dans lesquelles l’Église des
écrivains tels que Clément de Rome, Irénée, Polycarpe, Basile et
tous les autres pères semblaient catholiques mais en réalité ne
l’étaient pas. La théorie continue disant que ce sont les documents
de cette Église catholique « déchue » que nous lisons quand nous
lisons leurs œuvres. Les vrais chrétiens étaient ailleurs,
conservant vivante la vraie flamme.
La difficulté, avec cette théorie, c’est que ce qu’elle tient pour
christianisme authentique n’est rien d’autre qu'une absurde
révélation séparée, secrète et parallèle dont elle taxe la sainte
tradition catholique à la manière dont elle accuse l'Église de le
faire... Car, malgré les nombreux péchés de ses membres, nous savons
au moins ce que cette prétendue Église catholique apostate fut
pendant 1,500 ans. Ses traces écrites montrent clairement qu’elle
s’occupait à défendre l’Écriture contre les gens qui voulaient les
détruire, préservant la doctrine de la Trinité contre les assauts de
l’Arianisme, convoquant des Conciles oecuméniques et tranchant de
cruciales questions concernant la personne et l’oeuvre de
Jésus-Christ, supportant les attaques des invasions de l’Islam et
des Vikings, établissant les règles de la loi du Moyen-âge européen,
entreprenant de nombreuses missions d’évangélisation à travers le
monde, plaçant la lecture de l’Écriture Sainte dans toutes ses
liturgies et prières, renouvelant les arts et les sciences ainsi que
la philosophie, inspirant des saints tels que Thomas d’Aquin,
François d’Assise, Catherine de Sienne, et Thérèse d’Avila,
bâtissant des hôpitaux et des universités, évangélisant le nouveau
monde et travaillant énergiquement à toutes sortes de choses
commandées par l’Évangile.
Cependant, si une Église existait dans un univers séparé, secret et
parallèle, cette prétendue « Église cachée des vrais chrétiens »,
elle, pendant un millénaire et demi, n’a absolument rien fait, pas
même l’exploit de laisser quelque part une trace dans les anales de
l’histoire. Certains diront que c’est parce que cette trace de «
l’Église cachée » a été occultée par les catholiques, qui gagnèrent
la bataille et réécrirent les livres d’histoire. Mais le problème de
cette affirmation, c’est qu’à la différence des autres groupes
auxquels l’Église s’opposa (tels que gnosticisme, arianisme,
sabellianisme, manichéisme, modalisme, paulicianisme, les bogomiles,
les Albigeois, et une foule d’autres mouvements) nous n’avons pas
même une trace d’opposition à « l’Église cachée » par la prétendue
Église catholique apostate. De tous ces groupes que combattit
l’Église, il n’y a que cette « Église cachée » qui n’attira aucune
attention d’aucun catholique, pas même celle d’être appelés
hérétiques. Et ce serait la Cité sur la colline qui ne peut-être
cachée ? Ce serait la compagnie des saints « brillants comme des
étoiles » quand ils apportent la parole de vie ?
Très bien donc, la théorie de « l’Église cachée » n’est ni biblique,
ni historique ni même de bon sens. Y a-t-il donc d’autres manières
de considérer l’apparente contradiction entre une Sainte Tradition
catholique qui « ne change pas » et cependant qui semble toujours
être en train de changer ?
Bien sûr. Et la première étape est de réaliser que la Sainte
Tradition n’est pas une révélation séparée, secrète, et parallèle.
En effet, c’est précisément cette vue de la Tradition que l’Église a
toujours condamnée comme l’essence, non du christianisme, mais du
gnosticisme. C’est pour cela qu’Irénée écrit dans "Contre les
Hérésies" (vers 180 après J.C.) :
" Car si les Apôtres avaient connu des mystères cachés qu’ils
avaient secrètement enseignés à une élite au détriment des autres,
ils les auraient transmis particulièrement à qui ils confiaient les
mêmes églises. Car sûrement ils auraient voulu que chacun d’eux, et
leurs successeurs soient parfaits et sans reproches, pour ceux à qui
ils transmirent leur autorité. "
Donc, si l’Église ne voit pas la Sainte Tradition comme séparée,
secrète et parallèle à l’Écriture, alors, comment la comprend-t-elle
?
La Sainte Tradition est la vérité du Christ, vivante et croissante,
contenue pas seulement dans l’Écriture, mais dans la doctrine
ordinaire, la vie ordinaire et le culte ordinaire de l’Église. C’est
pour cela que la Tradition qui ne change pas peut sembler avoir tant
changé. Car cette doctrine, cette vie et ce culte ordinaires de
l’Église est quelque chose de vivant – une vérité qui fut plantée
comme la graine de moutarde au premier siècle à Jérusalem et qui n’a
pas cessé de grandir depuis - comme notre Seigneur l’a prophétisée
en Marc 4 : 30-32. La plante ne ressemble pas à la graine, mais elle
est plus « moutarde » que jamais ! Et c’est un sujet biblique, comme
nous le découvrons quand nous considérons la controverse sur la
circoncision en Actes 15.
Bien sur, l’Église commença comme secte entièrement juive. Son
Seigneur était un juif, les Apôtres étaient tous des juifs, les
premiers milliers de convertis étaient des juifs et la seule Bible
qu’elle avait quand les païens commencèrent à entrer dans l’Église,
c’était les Écritures juives. Comme délégués de la prétendue «
Église cachée » fondée uniquement sur la Bible, assistant au Concile
de Jérusalem, essayons de résoudre la question de savoir s’il faut
circoncire les païens qui veulent rejoindre le Peuple de l’Alliance.
Que dit l’Écriture ?
Elle dit que l’Alliance de la circoncision est « une alliance
éternelle » (Genèse 17 : 7). Elle dit que les patriarches Moïse et
les Prophètes sont circoncis. Elle dit que la circoncision est
enjointe, non seulement aux descendants d’Abraham, mais à chaque
mâle qui veut se joindre au Peuple de l’Alliance (Exode 12 : 48).
Pause ! Pas d’exception. Plus encore, en faisant un tour de table
nous constatons que les Apôtres et les anciens sont tous circoncis
et que le Seigneur Jésus qu’ils annoncent était circoncis (Luc 2 :
21). Et Jésus lui-même dit que pas un iota, pas un point de la loi
ne passera jamais (Matthieu 5 : 18) tandis qu’il est silencieux
comme une pierre sur l’exemption des gentils de l’immémoriale
nécessité de la circoncision pour tous ceux qui veulent se joindre
au Peuple de Dieu.
Ainsi, le Concile se réunit, et à la lumière de tous ces
enseignements scripturaires évidents, déclare …
….que la circoncision des gentils est contre la volonté de Dieu qui
ne change pas.
Soudainement, toute l’histoire devient incroyablement catholique,
n’est-ce pas ? Alors la Tradition Apostolique changea-t-elle
l’Écriture ou pas ?
Aucunement. Elle a simplement agit comme une lentille et concentré
les rayons de lumière de l’Écriture de sorte qu’une chose qui
jusqu’ici était cachée est maintenant visible. Car, malgré les
apparences, les définitions dogmatiques de l’Église n’ apparaissent
pas soudainement sans aucune relation avec l’Écriture. Plutôt, elles
assemblent la révélation scripturaire qui est matériellement
suffisante, avec le mortier de la Sainte Tradition. Et cette
Tradition n’est pas séparée, secrète et parallèle à l’Écriture, mais
la doctrine, la vie et le culte ordinaires de l’Église. Dans le cas
du Concile de Jérusalem, l’enseignement habituel des Apôtres
incluait le commandement du Christ, alors non encore écrit, de
prêcher l’Évangile au monde entier (Mathieu 28 : 19). Il incluait
aussi la connaissance ordinaire de la révélation mystique donnée à
Pierre par le Saint-Esprit, connaissance qui n’était pas encore
écrite (« N’appelle pas impur ce que Dieu a déclaré pur »[Actes 10 :
15]). Il incluait l’expérience de Paul et Barnabé dans la
prédication aux gentils (Actes 15 : 12). C’est à travers la
Tradition que Jacques lit l’Écriture et voit dans l’Écriture, non un
juge ou une quelconque « règle suprême de la foi », mais un témoin
de la décision de l’Église en Concile qui fait autorité. Car il ne
dit pas « nous sommes d’accord avec le prophète Amos » mais plutôt
que les mots du prophète « s’accordent avec » le Concile (Actes 15 :
15). En bref, le Concile place l’Église sur le siège du juge et
l’Écriture sur le banc des témoins, tenant sa révélation non de
l’Écriture seule, mais de la Sainte Tradition et de l’autorité
magistérielle des Apôtres, en accord avec l’Écriture. Ainsi les
briques matériellement suffisantes de la révélation de l’Ancien
Testament, dont nous pensions qu’elles étaient faites pour
construire une synagogue, ont été empilées et cimentées avec la
Tradition Apostolique par les truelles de l’autorité magistérielle
de l’Église, s’avérèrent faire une cathédrale à la place.
Le Concile biblique, comme l’Église catholique actuelle, replaçant
l’Écriture dans le contexte de la Tradition et de l’autorité
magistérielle et apostolique, parle avec l’autorité apostolique et
déclare : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… » (Actes 15 :
29). Ainsi le Concile biblique, comme l’Église catholique actuelle,
développe une doctrine qui, pour un œil de chrétien qui ne voit que
par la Bible seule apparaît annuler catégoriquement l’Écriture, et
qui cependant, à regarder de plus près, s’avère lui conférer sa
valeur (Romains 3 : 31).
« Mais cela ne signifie-t-il pas que l’Église croit en une
révélation qui continue comme les Mormons ? » Non. L’Église croit en
la Sainte Tradition, pas en une Sainte Nouvelle Révélation. C’est de
la nature même de la Sainte Tradition d’être une chose transmise
depuis les Apôtres, et pas d’être une chose forgée par dessus plus
tard. Et une des vérités fondamentales de la Sainte Tradition est
qu’ « il n’y a plus à attendre de nouvelle Révélation officielle
avant l’apparition dans la gloire, de Notre-Seigneur Jésus-Christ »(
Concile Vatican II, Constitution Dogmatique sur la Révélation
Divine,4).
Et voilà l’ironie. Car ce dogme, qui est le coeur des préoccupations
des chrétiens évangéliques sur la Révélation, est virtuellement
invisible dans l’Écriture en dehors de la doctrine, la vie et le
culte ordinaires de l’Église. Après tout, aucun verset de l’Écriture
ne stipule que la Révélation s’est terminée après la mort du dernier
des Apôtres. Plutôt, quelques versets (comme le commandement de Paul
à Timothée de garder ce qui lui a été confié) peuvent être
considérés comme un lointain témoin de cet enseignement à la lumière
de la Sainte Tradition préservée dans l’Église.
Cette façon de voir l’Écriture à la lumière de la Sainte Tradition
est absolument cruciale à comprendre, parce que l’échec à la saisir
explique un nombre considérable d’incompréhensions. Les chrétiens
évangéliques qui ont reçu (le plus souvent sans le réaliser) une
paire de lentilles de contact colorées par la Tradition que la
Révélation est terminée peuvent « voir » que cette Tradition (= de
la clôture de la Révélation) est sous-entendue dans le commandement
de Paul à Timothée. Cependant, nous ne dérivons pas notre doctrine
de l’Écriture. Plutôt, nous la voyons refléter dans celle-ci. Mais
puisque les chrétiens évangéliques n’ ont pas reçu les lentilles de
contact comprenant la Tradition de la Virginité Perpétuelle de
Marie, ils sont incapables de la voir reflétée dedans. Au contraire,
ils imaginent que cette doctrine est arrivée suite à un colloque
catholique sur la Bible disant : « Voyons. Quelle est
l’interprétation la plus tordue et extrême que nous pourrions avoir
de Matthieu 1 : 25 aujourd’hui ? Et ! Et si nous disions que Marie
est restée perpétuellement Vierge ? »
En réalité cependant, l’Église voit la Virginité Perpétuelle de
Marie reflétée dans l’Écriture de la même manière que le Concile de
Jérusalem a vu l‘exemption de la Circoncision reflétée en Amos et
que les chrétiens évangéliques voient la fin de la Révélation
Publique reflétée dans le commandement de Saint-Paul à Timothée.
L’Église ne s’assied pas pour dériver le dogme d’une lecture
torturée de quelques textes isolés de l’Écriture. Plutôt, elle
replace l’Écriture dans le contexte de la Tradition transmise par
les Apôtres et l’office d’interprétation des évêques qui en dérive.
Dans ce contexte, nous découvrons un témoignage implicite, pas
explicite, de cette doctrine, tandis que les versets qui semblent
parler des frères de Jésus ou des relations de Marie et Joseph après
la naissance du Christ peuvent facilement être comprises dans un
sens compatible avec sa virginité perpétuelle. Nous découvrons par
exemple, que la mention des « frères » de Jésus pouvait signifier «
cousins » dans les milieux juifs du premier siècle. Nous trouvons
que Mathieu 1 : 25 n’implique pas nécessairement quelque chose sur
les relations sexuelles ultérieures de Marie avec Joseph, plus que «
Mikal n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort » n’implique que
Mikal ait eu des enfants après sa mort. Nous découvrons aussi Marie
- une femme fiancée- étonnée de la proclamation de Gabriel « Tu
enfanteras un Fils ». C’est une chose étrange pour une fiancée
d’être étonnée par cela. Après tout, une femme fiancée peut attendre
et espérer porter plusieurs enfants… À moins qu’elle n’ait déjà
décidé de rester vierge même après le mariage. Alors, oui, elle peut
être étonnée de cette prophétie.
Nous trouvons aussi que le Nouveau Testament identifie subtilement
Marie à l’Arche de l’Alliance, où reposait la présence du Seigneur.
Luc 1 : 35 parle de la puissance du Très-Haut « couvrant de son
ombre » Marie, exactement comme la Shekhina « avait couvert de son
ombre » l’Arche (Nombre 9 : 15). Jean fait la même chose dans le
livre de l’Apocalypse, juxtaposant l’Arche (Apocalypse 11 : 9) à une
image de la Femme revêtue du soleil et qui donne naissance à «
l’enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un
sceptre de fer » (Apocalypse 12 : 5). La connexion entre Marie et
l’Arche, une fois établie grâce à la Sainte Tradition, est difficile
à ne pas voir. Connaissant l’identité de « l’enfant mâle » de Marie,
ce serait une relation mentale aisée pour quelque juif pieu de
penser immédiatement à elle comme à une seconde sorte d’Arche.
Et bien, un tel juif pieu fut un certain Joseph de Nazareth qui,
après son rêve (Matthieu 1 : 23) connaissait l’identité de «
l’enfant mâle » de Marie. Il savait aussi, comme juif imprégné par
l’Ancien Testament, ce qui arrive aux gens qui touchent l’Arche sans
autorisation (2 Samuel 6 : 6-8). Il devient alors psychologiquement
probable que Joseph, sachant ce qu’il savait, ait choisi le célibat
dans cette situation plutôt inhabituelle. Et ainsi, en bref, la
Sainte Tradition de la Virginité Perpétuelle de Marie, comme la
Sainte Tradition de la Clôture de la Révélation Publique, s’avère
expliquer l’Écriture de manière inattendue, mais cependant
satisfaisante. C’est la raison pour laquelle l’Église du sixième
siècle connaît et définit (au Second Concile de Constantinople) que
Marie est Toujours Vierge bien que cela ne soit pas écrit dans le
Nouveau Testament plus explicitement que les mots « Après la mort
des Apôtres, il n’y aura plus de nouvelle révélation ». Car le
Second Concile de Constantinople, connaissant ce que le Concile de
Jérusalem savait, agit comme le Concile de Jérusalem le fit :
agissant à la lumière de la Tradition Apostolique selon laquelle
Marie était Toujours Vierge. L’Église lit l’Écriture conformément à
cela et voit que la Tradition y est reflétée.
Donc, en résumé, la Tradition est transmise « de vive voix et par
lettre » II Thessaloniciens 2:15. Dans l’Écriture, encore
aujourd’hui, « la Tradition Sacrée et la Sainte Écriture constituent
l’unique dépôt sacré de la Parole de Dieu » (Concile Vatican II,
Constitution dogmatique sur la Révélation Divine, II,10) de sorte
que la Bible est une partie, pas la totalité, de la paradosis
apostolique. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, la Bible est
matériellement, mais pas formellement, suffisante pour révéler la
plénitude de l’Évangile du Christ. Dans l’Écriture, encore
aujourd’hui, tant la Tradition écrite que celle non écrite viennent
du Christ et sont faites par lui pour rester inséparablement unis
comme l’hydrogène et l’oxygène fusionnés forment la molécule d’eau
ou comme les paroles et la mélodie forment une seule et même
chanson. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, l’aspect non écrit de
la Tradition Sainte n’est pas celui d’une quelconque révélation
séparée, secrète et parallèle, mais la doctrine, la vie et le culte
ordinaires de l’Église entière. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui,
cette Tradition croît comme la graine de moutarde et, par
conséquent, devient toujours plus plante de moutarde, pas moins.
Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, l’Église en Concile s’assied à
la place du juge et écoute les témoignages de l’Écriture à la
lumière de la Tradition pour discerner comment définir plus
précisément et au mieux cette Tradition.
Et tout cela parce que dans l’Écriture, encore aujourd’hui, tant
Tradition écrite que non écrite, nous vient par le Corps de Celui
Qui est la Vérité : l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique
que Paul appelle « la Plénitude de Celui qui remplit tout, en toute
chose » et « colonne et support de la Vérité » (Éphésiens 1 :22 ; 1
Timothée 3 :15). Car dans l’Écriture, encore aujourd’hui, la
Tradition Sainte – la doctrine, la vie et le culte apostoliques
ordinaires transmis à nous tant sous forme écrite que non écrite -
et l’autorité magistérielle de l’Église Une, Sainte, Catholique et
Apostolique sont inséparablement unis comme le Père, le Fils, et
l’Esprit Saint.
Copyright 2001 - Mark P. Shea