Enfant Prodigue

Les croyances des Mormons 

      Les mormons sont-ils protestants ? Non, mais leur fondateur, Joseph Smith, était de culture protestante, et c’est elle qui a façonné la base du culte mormon. Cela dit, il est impropre d’appeler les mormons protestants parce que cela supposerait qu’ils sont en conformité avec les éléments essentiels du christianisme, que C.S. Lewis appelle le « christianisme de base », et ce n’est pas le cas. Gordon B. Hinckley (1910 - 2008), un président et prophète de l’église des mormons, dit (dans un livret appelé: Qui sont les mormons ? ) que lui-même et ses co-religionnaires «ne sont pas plus proches du protestantisme qu’ils ne le sont du catholicisme.»

Ce n’est pas tout à fait juste. Il vaudrait mieux dire que les mormons sont encore plus éloignés du catholicisme qu’ils ne le sont du protestantisme. Mais Hinckley a raison de dire que les mormons sont très différents à la fois des catholiques et des protestants. Examinons ces différences.

Commençons par considérer ces jeunes hommes qui viennent frapper à nos portes. Ils viennent toujours deux par deux et sont habillés de façon conventionnelle, souvent en chemise blanche et cravate. Ils se déplacent souvent à bicyclette. Ils se présentent comme Anciens ceci et Anciens cela. Ce titre ne se réfère pas à leur âge (nombre d’entre eux ne font pas encore usage d’un rasoir !) mais ce titre signifie qu’ils appartiennent à l’une des deux plus hautes prêtrises chez les mormons, l’ordre de «Melchisédech». Chaque mormon mâle pratiquant reçoit cette prêtrise à l’âge de 18 ans, pourvu qu’il réponde aux critères de l’église.  

L’autre prêtrise, la prêtrise aaronique, est la moindre des deux et concerne les affaires spirituelles de l’église. La hiérarchie est la suivante : diacre, instructeur, prêtre d'Aaron. La prêtrise de Melchisédech quant à elle concerne principalement les affaires spirituelles et « englobe l’autorité de la prêtrise aaronique », explique Hinckley. La hiérarchie Melchisédech est la suivante : le président, prophète, voyant et révélateur, qui occupe son poste à vie, ses deux conseillers, grands-prêtres de Melchisédech, le conseil des douze apôtres, responsable des ordinations et de l'activité missionnaire. Chaque apôtre a deux conseillers, le conseil des soixante-dix, la présidence de l'épiscopat et les anciens. A douze ans, les garçons deviennent diacres et entrent dans la prêtrise « aaronique ».   

Si les grades de la prêtrise sont complexes, la structure ecclésiastique l’est encore davantage. L’unité de base, équivalente à la paroisse est la circonscription. Plusieurs circonscriptions à l’intérieur d’une aire géographique correspondent au pieu qui équivaut à une grande paroisse catholique. Le responsable de chaque circonscription n’est pas un prêtre comme on pourrait s’y attendre mais un évêque. Un évêque mormon peut célébrer un mariage civil mais pas un mariage religieux, pas un mariage au temple, qui ne peut être béni que par un détenteur de la prêtrise de Melchisédech qui est désigné sous le vocable de «scelleur».

Polygamie

Les mormons essaient d’attirer de nouveaux membres en projetant une image de famille unie. C’est une illusion. Les mormons de l’Utah ont un taux de suicides, divorces et autres problèmes domestiques plus élevés que la moyenne du pays. Et si l’image publique des mormons, avec ses familles nombreuses et heureuses, évoque une seule idée, c’est la polygamie.

Hinckley explique que le culte Mormon se considère comme la restauration de l’oeuvre divine initiale de toutes dispensations. L’Ancien testament enseigne que les patriarches avaient plus d’une femme. Au cours de leur développement au 19ème siècle, il fut révélé au responsable des mormons que cette pratique devrait être réintroduite. Bien que cette pratique fût autorisée, peu la pratiquaient. Mais ses adeptes furent tout de même assez nombreux à pratiquer de la polygamie, la caractéristique la plus remarquable aux yeux des autres américains. Le culte Mormon, vous l’aurez compris, est l’une de ces religions typiquement américaines (ainsi que d’autres comme les témoins de Jéhovah et l’église de scientologie). Même si elle s’étend au delà des frontières américaines, la religion des mormons est si marquée par le nationalisme américain qu’on peut difficilement l’imaginer prenant racine ailleurs.  

Mormons : Made in America ! 

Si de nombreux fondamentalistes contemporains sont convaincus que l’Amérique est destinée à jouer un rôle clé dans les événements des dernier jours, les mormons, eux se sont clairement identifiés à l’Amérique. La théorie des mormons est que le Christ a établi son église ici, parmi les indiens et que cela n’a pas fonctionné, exactement comme autrefois en Palestine.

La situation est un peu similaire à celle de l’église Anglicane. En Angleterre, cette église est plus que l’église des anglais ; c’est l’Église officielle. En théorie et même parfois en pratique, le parlement peut décider de ce que les anglicans doivent croire et peut également faire et défaire des clercs de tout niveau, du plus petit curé à l’archevêque de Canterbury. De la même manière que l’église Anglicane est liée à l’Angleterre, le culte mormon est soudé aux États-Unis. Bien que ce ne soit pas la religion officielle du pays, le culte Mormon accepte d’être soumis aux modifications du Congrès.

« Dans les années 1880, dit Hinckley : « le Congrès a fait passer plusieurs mesures pour interdire la polygamie. Quand la Cour Suprême a déclaré ces mesures constitutionnelles, l’église a accepté de s’y soumettre. Elle ne pouvait rien faire d’autre compte tenu de la nécessité qu’elle s’est donnée à l’origine d’obéir aux lois du pays. C’était en 1890. Depuis, aucun mariage polygame n’a été célébré dans les temples mormons et les membres qui l’ont fait ont dérogé à la règle et ont été excommuniés ».

Avant le vote du Congrès, les mormons étaient convaincus que la polygamie n’était pas seulement permise mais positive pour ceux qui, « par leur force de caractère, avaient prouvé qu’il est possible de créer et faire prospérer plus d’une famille ». (La section 132 de Doctrine and Covenants  est sous-titrée ainsi : « Révélation faite à Joseph Smith le Prophète, à Nauvoo, Illinois en date du 12 Juillet 1843, relativement à la nouvelle convention qui inclue l’éternité et les règles du mariage polygame »).

L’Église a renoncé à sa position sur la polygamie quand Washington D.C. a menacé de renier l’État de l’Utah. De la même manière, et plus récemment, une «révélation» admettant enfin les noirs au stade de la prêtrise fut délivrée aux responsables mormons alors que le gouvernement fédéral commençait à mettre de la pression sur eux. 

Une révélation sans fin

Ces révélations continuelles ne sont pas des exceptions dans la pratique mormone.

« Nous croyons tout ce que Dieu nous a révélé, tout ce qu’il nous révèle aujourd’hui et nous croyons qu’il nous révèlera encore beaucoup de choses importantes et décisives »

Dit le 9ème article de foi des Mormons dans leur doctrine officielle.

 Hinckley note que « en général, les chrétiens et les juifs affirment que Dieu s’est révélé à des hommes choisis dans les temps anciens. Les Mormons, eux, pensent que le besoin d’être guidé est aussi fort, voire plus fort dans notre monde moderne et complexe qu’il ne l’était dans les temps relativement simples des Hébreux ». Voilà pourquoi la révélation se poursuit.  Petite précision : la révélation publique se poursuit. Les catholiques affirment que la révélation publique ou « collective » s’est terminée avec la mort du dernier apôtre, (Catéchisme de l'Église Catholique 66, 73), mais que des révélations privées peuvent encore être accordées comme les apparitions de Marie à Fatima ou Lourdes le prouvent (CÉC 67). En revanche, le but de ces révélations n’est pas de corriger, suppléer ou compléter la foi chrétienne contrairement aux révélations mormones.

La dette des mormons au puritanisme

«La théologie mormone, déclare Hinckley, traite de sujets aussi divers que la nature du ciel et les méfaits de l’alcool. En fait, dans cette philosophie, les deux éléments sont étroitement liés. Étant donné que l’homme est créé à l’image de Dieu, son corps est sacré …  et en tant que tel, il doit se respecter ». C’est pourquoi l’alcool (aussi bien que le tabac, la théine et la caféine) n’entrent pas dans la vie du mormon.

C’est un exemple d’emprunt des mormons au puritanisme. La religion développée par Joseph Smith utilise des éléments variés du protestantisme. Le discours véhément sur la tempérance qui selon le protestantisme n’est pas l’usage modéré de l’alcool mais l’abstinence totale, est l’un de ces emprunts. Ce qui est curieux, c’est que cette attitude est contraire à la Bible. Certaines doctrines, partagées par les fondamentalistes et les mormons, sont pour ainsi dire indépendantes de la Bible, bien que celle-ci soit fouillée par eux pour y dénicher des versets validant ce point de vue (avec un certain manque de succès d’ailleurs !). 

Jésus n’était pas hostile à l’alcool

Les Juifs de l’Ancien Testament étaient un peuple modéré. Ils consommaient un vin léger dans leur régime quotidien (1 Tim. 3:8). Jésus, si vous vous souvenez bien, était accusé d'être un buveur de vin (Matt. 11:19), non pas avec un goût modéré mais un goût excessif (ce qui bien sûr était faux mais la critique à elle seule prouve qu’il consommait des boissons alcoolisées comme le vin qui était utilisé dans la pâque juive.)

Le Nouveau Testament ne dit pas que les juifs reprochaient à Jésus d’apprécier le vin car il était consommé lors des mariages et « notre seigneur a clairement approuvé cette pratique en transformant l’eau en vin à Cana » (Jean 2:1–11).

Une chose à laquelle les mormons se réfèrent rarement est l’usage médicinal du vin (Luc 10:34). Paul a conseillé à Timothée de prendre du vin pour soigner ses douleurs d’estomac (1 Tim. 5:23). Ce genre de conseil coexiste difficilement avec les règles strictes des Mormons à ce sujet.

 Les mormons pratiquent la dîme et seraient choqués de constater que dans un passage clé de l’ancien testament, la dîme (donation de 10% des revenus au fond religieux) est remise en question. Dieu dit : « alors tu échangeras ta dîme contre de l’argent, tu serreras cet argent dans ta main, et tu iras au lieu que l’éternel aura choisi. Là tu achèteras avec l’argent tout ce que tu désireras, des brebis, du vin ou des liqueurs fortes, tout ce qui te fera plaisir. Tu mangeras devant l’éternel et tu te réjouiras, toi et ta maisonnée » (Deut. 14:25-26). Il est aussi dit : « donnez des liqueurs fortes à celui qui périt et du vin à celui qui a de l’amertume dans l’âme ; qu’il boive et oublie sa pauvreté et qu’il ne se souvienne plus de ses peines» (Prov. 31:6–7).

Comme c’est souvent le cas lorsque des fondateurs de nouvelles religions ont une idée, ils la mènent à son extrême. Joseph Smith a confondu le mauvais usage du vin et son usage légitime. La bible condamne l’usage abusif (1 Cor. 5:11; Gal. 5:21; Éph. 5:18; 1 Pierre. 4:3), le mot clé étant « excessif ». C’est pourquoi Paul dit qu’un chef d’église ne doit pas être dépendant du vin.
(1 Tim. 3:8).

Quand Hinckley fait référence aux «démons de l’alcool», il se trompe. L’alcool lui-même n’est pas mauvais mais son mauvais usage, tout comme un marteau, dont le but n’est pas de se frapper sur les doigts, mais qui peut être mal utilisé et précisément en frappant sur vos doigts. 

Plusieurs cieux

La polygamie est une doctrine que de nombreux mormons ont eu du mal à accepter. L’abstinence d’alcool aussi est difficile à admettre. Mais une seule croyance mormone a, à elle seule, encouragé les âmes et engendré de nombreuses conversions : chez les mormons, personne n’est damné. A part Satan, ses esprits suiveurs et peut-être une demi-douzaine de pécheurs notoires, tous ceux qui ont jamais existé sur terre pourront jouir des joies célestes. Bien sûr, tout le monde ne sera pas dans le même ciel ! En fait, il y a trois sortes de paradis pour les mormons.

Le ciel le plus bas est peuplé d’adultères, de meurtriers, de voleurs, de menteurs et autres pécheurs. Ils vivent pourtant dans une gloire et un bonheur indicibles. Leurs péchés leur ont été pardonnés et ils jouissent désormais de la présence de l’Esprit Saint.

Le ciel intermédiaire reçoit les corps et âmes des non mormons qui sont quand même bons mais aussi des mormons qui étaient un peu insuffisants dans leur pratique des commandements de l’église. Ils jouissent pourtant de la présence de Jésus-Christ pour toujours.

Le ciel le plus élevé est réservé aux mormons dévots qui deviendront des dieux et les législateurs de leurs propres univers. Leurs épouses et enfants seront scellés à eux durant une cérémonie terrestre, au temple. Ces hommes-dieux engendreront des milliards d’esprits qui dans le futur prendront place dans des corps physiques.  Ces enfants adoreront leurs pères divins, obéissant aux commandements des mormons et progresseront vers leur propre divinité.

Les mormons pensent que cette doctrine est un point essentiel. Ils soulignent (mais ils mentent !) que seule leur Église offre aux familles la possibilité d’être réunies dans l’éternité. Lisez bien ceci : la seule façon d’avoir sa famille avec soi est que chacun d’entre eux ait vécu la rude vie de mormon. Autrement, une épouse, un parent, un enfant peut être enfermé à jamais dans un ciel inférieur. En effet, la fidèle épouse mormone d’un mormon peu zélée le laissera derrière elle, dans un ciel inférieur, et elle se scellera alors à un mormon plus zélé. Ce nouveau couple fondera sa propre famille.

Le slogan mormon : « Des familles pour l’éternité » ne peut que signifier « des familles fracturées ».

Source : Catholic Answers