Le festin de l’Agneau « l’Eucharistie,
le Ciel sur la terre »
« l’Eucharistie, le Ciel sur la terre », est le dernier ouvrage de
Scott Hahn, célèbre converti de l’évangélisme à l’Église :
« Le Festin de l’Agneau révèle un secret que l’Église avait oublié
depuis très longtemps : les premiers chrétiens voyaient dans le
Livre de l’Apocalypse une clé pour comprendre la messe. Avec ses
images étranges, sa vision mystique du Ciel, et ses prophéties pour
la fin des temps, l’Apocalypse reflète le sacrifice et la
célébration de la messe. Ce livre écrit par l’auteur catholique de
best-sellers, Scott Hahn, avec son langage clair et direct, va aider
les lecteurs à porter un nouveau regard sur la messe, à prier la
liturgie avec un coeur renouvelé, et à entrer plus profondément que
jamais dans la messe, en plénitude, avec enthousiasme et
intelligence. »
Bonne lecture de ce florilège tiré de l’ouvrage de Scott Hahn :
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LEVONS LE VOILE
Comment voir l’invisible
Les chrétiens d’Ukraine aiment à raconter comment leurs ancêtres ont
« découvert » la liturgie. En 988, le prince Vladimir de Kiev, qui
était sur le point de se convertir à l’Évangile, envoya des
émissaires à Constantinople, la capitale de la Chrétienté orientale.
Ils y assistèrent aux liturgies byzantines dans la basilique
Sainte-Sophie, l’église la plus magnifique de tout l’Orient. Ils
firent l’expérience des chants, de l’encens, des icônes, et par
dessus tout, de la Présence, et les émissaires envoyèrent ces mots
au Prince :
« Nous ne savions plus si nous étions au Ciel ou sur la terre.
Jamais nous n’avons vu une telle beauté [...] nous ne pouvons la
décrire, mais voilà ce que nous pouvons en dire : en ce lieu, Dieu
demeure parmi les hommes 1 ».
La Présence. En grec, le mot Parousia fait comprendre l’un des
thèmes-clés de l’Apocalypse. Au cours des siècles derniers, les
exégètes ont utilisé ce mot presque exclusivement pour désigner le
Retour du Christ à la fin des temps. C’est la seule définition que
vous trouverez dans la plupart des dictionnaires. Pourtant, ce n’est
pas le sens premier du mot. Parousie désigne en premier lieu une
présence réelle, personnelle, vivante, durable et active. Tout à la
fin de l’Évangile de saint-Matthieu, Jésus dit : « Je suis avec vous
pour toujours. »
Malgré ce que nous avons redéfini, l’Apocalypse rend bien la
signification puissante de la Parousie imminente de Jésus, sa venue
a lieu en ce moment même. C’est l’Apocalypse qui nous montre qu’il
est ici en plénitude, dans sa royauté, dans le jugement, dans le
combat, dans le sacrifice sacerdotal ; il est là corps et sang, âme
et divinité, à chaque fois que les chrétiens célèbrent
l’Eucharistie.
« La liturgie est la Parousie anticipée, le « déjà là » qui
rencontre notre « pas encore » », a écrit le cardinal Joseph
Ratzinger. Quand Jésus reviendra à la fin des temps, il n’aura pas
une once de gloire en plus de celle qu’il reçoit en ce moment sur
les autels et dans les tabernacles de nos églises. Dieu demeure
parmi les hommes, dès maintenant, parce que la messe, c’est le Ciel
sur la terre.
Pour mémoire
Je veux dire tout net que cette idée - l’idée de ce livre - n’est
pas nouvelle, et ce n’est certainement pas moi qui l’ai inventée.
Elle est aussi ancienne que l’Église, et l’Église ne l’a jamais
abandonnée, même si elle s’est perdue dans les tergiversations des
controverses doctrinales, ces derniers siècles.
Nous ne pouvons pas non plus éviter d’en parler sous prétexte qu’il
s’agit des vœux pieux d’une poignée de saints et de spécialistes que
la messe est le « Ciel sur la terre », c’est rejoindre
l’enseignement explicite de la foi catholique. Vous trouverez cela
très souvent, par exemple dans l’énoncé le plus fondamental de la
Foi catholique, le Catéchisme de l’Église Catholique :
« Pour l’accomplissement de cette grande oeuvre par laquelle Dieu
est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ
s’associe toujours l’Église, son épouse bien-aimée, qui l’invoque
comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au
Père Éternel (SC 7) ... qui participe à la liturgie céleste » (N°
1089).
Notre liturgie participe à la liturgie céleste ! C’est écrit dans le
Catéchisme .
Et il y a mieux :
« La liturgie est « action » du « Christ tout entier » (Christus
toms). Ceux qui dès maintenant la célèbrent au delà des signes sont
déjà dans la liturgie céleste, là où la célébration est totalement
communion et fête » (N° 1136).
À la messe,, nous sommes déjà au Ciel ! Ce n’est pas seulement moi,
ou une poignée de théologiens morts et enterrés, qui le disons.
C’est le Catéchisme qui le dit. Le Catéchisme cite également ce
passage du Concile Vatican II qui m’a si profondément touché les
mois précédents ma conversion au catholicisme :
« Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à
cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de
Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ
siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai
tabernacle ; avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons
au Seigneur l’hymne de gloire N (SC 8 cf. LG 50) (N° 1090).
Des armées, des hymnes, des cités saintes. Eh bien, voilà qui
commence à ressembler à l’Apocalypse, non ? Bon, laissons le dernier
mot au Catéchisme :
« La Révélation « de ce qui doit arriver bientôt », l’Apocalypse,
est portée par les cantiques de la liturgie céleste (cf. Ap 4,8-11
5,9-14 7,10-12). [...] En communion avec eux, l’Église de la terre
chante aussi ces cantiques, dans la foi et l’épreuve » (N° 2642).
Le Catéchisme énonce ceci tout simplement, comme si cela allait de
soi. Mais pour moi, cette prise de conscience a changé ma vie. Quand
je dis à mes amis, à mes collègues aussi, et à tous ceux que je peux
coincer suffisamment longtemps pour leur faire mon laïus, que la
messe est « le Ciel sur la terre », pour eux aussi c’est une
nouvelle, une bonne nouvelle.
Seigneur Jésus, reviens en gloire !
Si nous voulons voir la liturgie comme les émissaires du prince
Vladimir, nous devons apprendre à regarder l’Apocalypse comme
l’Église la regarde. Si nous voulons trouver le sens de
l’Apocalypse, nous devons apprendre à la lire avec une imagination
sacramentelle . Quand nous verrons de nouveau ces éléments> avec les
yeux de la foi désormais, nous verrons le sens de toutes ces choses
étranges, nous verrons la gloire cachée sous une apparence terrestre
à la messe dimanche prochain .
Regardez, pour découvrir le fil d’or de la liturgie qui tient les
perles apocalyptiques de la vision de Jean :
Le culte du dimanche : 1, 20
Un grand prêtre : 1, 13
Un autel : 8, 3 ; 11, 1 ; 14, 18
Des prêtres (presbyteroi) : 4, 4 ; 11, 15 ; 14, 3 ; 19, 4
Vêtements : 1, 13 ; 4, 4 ; 6, 11 ; 7, 9 ; 15, 6 ; 19, 13-14
Célibat consacré : 14, 4
Candélabre, Menorah : 1, 12 ; 2, 5
Pénitence : chapitres 2 et 3
Encens : 5, 8 ; 8, 3-5
Le livre, ou parchemin : 5, 1
L’hostie : 2, 17
Calices : 15, 7 ; chapitre 16 ; 21, 9
Le signe de la Croix (tau) : 7, 3 ; 14, 1 ; 22, 4
Le Gloria : 15, 3-4
L’Alléluia : 19, 1-3-4-6
Élevons notre cœur : 11, 12
« Saint, Saint, Saint » : 4, 8
Amen : 19, 4 ; 22, 21
« Agneau de Dieu » : 5, 6 et au fil du texte
La prééminence de la Vierge Marie : 12, 1-6 ; 13-17
L’ intercession des anges et des saints : 5, 8 ; 6, 9-10 ; 8, 3-4
La dévotion à saint-Michel archange : 12, 7
Antiennes : 4, 8-11 ; 5, 9-14 ; 7, 10-12 ; 18, 1-8
Lecture des Écritures : chapitres 2-3 ; 5 ; 8, 2-11
Le sacerdoce des fidèles : 1, 6 ; 20, 6
Catholicité, ou universalité : 7, 9
Contemplation silencieuse : 8, 1
Le Festin des Noces de l’Agneau : 19, 9, 17
Pris ensemble, ces éléments comprennent une grande partie de
l’Apocalypse et de la messe. II y a d’autres éléments liturgiques
dans l’Apocalypse qu’un lecteur moderne manquera plus facilement.
Par exemple, peu aujourd’hui savent que les trompettes et les harpes
étaient les instruments couramment utilisés pour la musique
liturgique à l’époque de Jean, comme les orgues aujourd’hui en
Occident. Et tout au long de la vision de Jean, les anges et Jésus
prononcent des bénédictions qui sont des formules liturgiques
classiques : « Béni soit celui qui... » Si vous recommencez à lire
l’Apocalypse de bout en bout, vous noterez également que toutes les
grandes interventions divines dans l’histoire, pestes, guerres,
etc., suivent de près les actes liturgiques : les hymnes,
doxologies, libations, encensements.
Pourtant, la messe n’est pas seulement une suite de petits détails
choisis. C’est aussi un plan d’ensemble impressionnant. Nous pouvons
remarquer, par exemple, que l’Apocalypse, comme la messe, peut se
diviser en deux parties assez distinctes. Les onze premiers
chapitres sont axés sur la proclamation des lettres aux sept
églises, et sur l’ouverture du livre. L’accent qui est mis sur les «
lectures » rend cette première partie très proche de la Liturgie de
la Parole. Un élément important à noter pour les trois premiers
chapitres de l’Apocalypse, c’est qu’ils forment comme un rite
pénitentiel ; dans les sept lettres adressées aux églises, Jésus
utilise huit fois le mot « repentance ». C’est pour moi un rappel
des mots de l’antique Didache, le manuel liturgique du premier
siècle :
« Confessez tout d’abord vos péchés, pour que votre sacrifice soit
pur ».
Même les premiers mots de Jean supposent que le livre sera lu à voix
haute pour l’assemblée liturgique :
« Heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques »
(Ap 1, 3).
La deuxième moitié de l’Apocalypse commence au chapitre XII avec
l’ouverture du Temple de Dieu au Ciel, et culmine quand les sept
calices se déversent, et dans le Festin des Noces de l’Agneau. Le
Ciel qui s’ouvre, les calices et le festin : la deuxième partie
présente une ressemblance frappante avec la Liturgie de
l’Eucharistie.
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L’Église du plein-Évangile
Le moment-clé de la liturgie de la Parole, c’est bien sûr la
proclamation de la Parole de Dieu. Le dimanche, on y inclut
normalement une lecture de l’Ancien Testament, le chant ou la
récitation d’un psaume, et une lecture tirée des Lettres du Nouveau
Testament, toutes ces lectures convergeant vers celle de l’Évangile.
(Lors de la veillée pascale, on a droit à une dizaine de lectures
bibliques d’une bonne longueur.) Tout cela fait jaillir une source
d’énergie scripturaire. Les catholiques qui vont à la messe tous les
jours entendent presque la lecture de la Bible entière en trois ans
; sans parler des passages de l’Écriture enchâssés comme en
filigranes d’or dans toutes les autres prières de la messe... Ne
laissez pas les gens vous dire que l’Église n’attend pas des
catholiques qu’ils soient des « chrétiens de la Bible ».
En fait, le « lieu de vie naturel » de la Bible est la liturgie. «
La foi vient de ce que l’on entend » , dit saint Paul (Rm 10, 17).
Notez bien qu’il n’a pas dit : « La foi vient de ce qu’on lit. »
Dans les premiers siècles de l’Église, il n’y avait pas
d’imprimerie. La plupart des gens ne pouvaient pas se permettre de
se faire recopier les Évangiles à la main, et de toute façon la
plupart des gens ne savaient pas lire. Où donc les chrétiens
pouvaient-ils recevoir l’Évangile ? À la messe, et alors, comme
maintenant, ils avaient droit au plein Évangile. Les lectures que
vous entendez à la Messe sont programmées à l’avance pour un cycle
de trois ans dans un livre que l’on appelle lectionnaire. Ce livre
est un antidote très efficace pour lutter contre une tendance que
j’avais, en tant que prédicateur protestant, de cibler mes textes
préférés et de les prendre sans cesse comme sujet de prédication. Je
pouvais passer des années sans aborder certains livres de l’Ancien
Testament. Ce ne devrait pas être le cas pour les catholiques qui
vont régulièrement à la messe.
On n’est jamais assez attentif pendant les lectures. Elles sont pour
nous une préparation normale et essentielle avant la sainte
communion. L’un des grands spécialistes des Écritures de l’Église
primitive, Origène (du troisième siècle) pressait les chrétiens de
respecter la Présence Réelle du Christ dans l’Évangile comme ils
respectent sa présence dans l’Hostie.
« Vous qui êtes accoutumés à prendre part aux divins mystères, vous
savez, quand vous recevez le corps du Seigneur, comment vous en
prenez soin avec toutes les attentions et la vénération nécessaires
pour que la moindre parcelle ne tombe pas, pour que rien de ce qui a
été consacré ne se perde. Car vous croyez, justement, que vous êtes
responsables si quoi que ce soit en tombe par négligence. Mais si
vous êtes si soucieux de préserver son corps, et c’est à juste
titre, comment pouvez-vous penser qu’il y a moins de faute à
négliger la Parole de Dieu qu’à négliger son corps ? »
Dix-sept siècles plus tard, le Concile Vatican II s’est fait l’écho
de cet ancien enseignement en disant pour notre temps :
« L’Église a toujours vénéré les divines Écritures tout comme elle
vénère le corps du Seigneur, dans la mesure où, tout spécialement
dans la liturgie sacrée, elle reçoit sans cesse et offre aux fidèles
le pain de vie de la table de la Parole du Seigneur comme du corps
du Christ » (Dei Verbtun 21).
« Personne », nous dit Origène, « ne comprend dans son cœur, à moins
d’avoir un esprit ouvert et entièrement absorbé. ». Cette
description nous correspond-elle, à vous et à moi, quand nous
écoutons les lectures de la messe ? II nous faut être tout
spécialement attentifs pendant les lectures parce que, depuis le
début de la messe, nous sommes vous et moi sous serment. En recevant
la Parole qui, nous le reconnaissons, vient de Dieu, nous acceptons
d’être liés par la Parole. Il en résulte que nous sommes passibles
d’être jugés sur la manière dont nous vivons les lectures de la
messe. Dans l’Ancienne Alliance, entendre la Loi signifiait que l’on
acceptait de vivre d’après cette Loi, ou de recevoir les
malédictions découlant de la désobéissance. Dans la Nouvelle
Alliance, nous sommes aussi liés par ce que nous entendons, comme
nous le verrons dans l’Apocalypse.
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On envoie les démons au diable
Il ne suffit pas, bien entendu, de nous connaître et de connaître
les anges. Nous devons en venir à connaître Dieu, de plus en plus,
et c’est une recherche infinie et infiniment gratifiante. Plus nous
le connaissons en effet, plus nous nous rendons compte que nous ne
savons rien, et que nous ne pouvons rien savoir sans la Grâce.
Quand nous commencerons à connaître Dieu, nous en arriverons à
connaître la force infinie, les ressources sur lesquelles nous
pouvons compter dans la bataille. Nous devrions donc nous préparer à
la messe, tout au long de notre vie, par une formation doctrinale et
spirituelle continue. Un soldat ne va pas au combat sans s’être
d’abord entraîné. De même, nous ne devrions pas penser que nous
pouvons vaincre les démons si notre foi balbutie. Nous devons nous
soumettre à la rigueur d’un entraînement de base, en vivant une vie
disciplinée de prière continuelle, en étudiant notre foi tous les
jours, en lisant la Bible, en utilisant les productions catholiques
(cassettes, télévision, livres, tout spécialement le Catéchisme de
l’Église Catholique). C’est le travail de toute une vie.
Nos études de la doctrine revêtiront de force chaque parole, chaque
geste de la liturgie. Nous ferons le signe de la Croix en sachant
que c’est la bannière que nous portons au combat, et que devant
cette bannière, les démons tremblent. Nous plongerons notre main
dans l’eau bénite en sachant que, pour parler comme Thérèse d’Avila,
les démons fuient devant cette eau. Nous réciterons chaque phrase du
Gloria et du Credo comme si nos vies en dépendaient, parce que c’est
vrai.
Et que se passe-t-il sur le champ de bataille quand nous recevons
Jésus Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, dans la sainte
communion ? Les saints nous disent que nous mettons en déroute
l’ennemi à l’instant même, et qu’après, nous pouvons rester
vigilants par la vigilance de Jésus. Un moine du cinquième siècle
vivant sur le Mont Sinaï attestait que :
« Quand ce feu pénètre en nous, il chasse les esprits mauvais hors
de notre coeur, en même temps qu’il pardonne les péchés commis
auparavant [...] et après cela, si, debout à la porte de nos caeurs,
nous montons une garde vigilante sur notre intelligence, la
prochaine fois où nous pourrons recevoir ces Mystères, le corps
divin illuminera notre intelligence encore davantage, et le rendra
resplendissant comme un astre. »
La lumière de la messe resplendit en nous quand nous rentrons à la
maison, tel le jour perpétuel de la Jérusalem céleste. Tandis que
nous grandissons en grâce, notre messe devient une lumière qui brûle
en nous, même au sein de notre travail et de notre vie familiale.
Voilà notre sécurité en temps de guerre ; car l’armée la plus faible
attaque rarement à la lumière du jour. Et le démon sait que lorsque
la lumière du Christ est à nos côtés pendant la bataille, les
ténèbres de l’enfer sont le camp le plus faible.
Le jour J
Et pourtant, le combat reste un combat. Même si la victoire nous est
assurée, la bataille ne va pas être facile pour autant, et c’est
tout spécialement vrai pendant la messe. Le démon, qui connaît la
puissance de la grâce, va nous donner l’assaut avec le maximum de
forces, dit un ancien maître, « au moment des grandes fêtes et
pendant la Divine Liturgie, tout spécialement quand nous avons
l’intention de recevoir la sainte communion ».
Quel est notre combat particulier pendant la messe ? Peut-être de
nous garder de mépriser ce fidèle au parfum trop fort, ou cet homme
qui chante faux les mauvais couplets. Peut-être que c’est de nous
retenir de juger le paroissien qui s’échappe de l’église en avance.
Peut-être que c’est de nous tourner de l’autre côté quand nous
commençons à nous demander jusqu’où descend ce décolleté. Peutêtre
que c’est de combattre notre suffisance quand nous entendons une
homélie truffée d’erreurs de grammaire. Peut-être que c’est de faire
un sourire compréhensif à cette maman avec son bébé qui crie.
Voilà nos combats difficiles. Ce n’est peut-être pas aussi
romantique que des sabres qui s’entrechoquent dans un désert
lointain, ou que de marcher dans le gaz lacrymogène pour protester
contre l’injustice. Mais c’est justement parce qu’ils sont
parfaitement cachés, complètement intérieurs, que ces combats
nécessitent encore plus d’héroïsme. Il n’y a que Dieu et ses anges
qui vont remarquer que vous n’avez pas critiqué intérieurement
l’homélie du Père cette semaine ; il n’y a que Dieu et ses anges qui
vont remarquer que vous vous êtes retenu de juger cette famille qui
n’est pas habillée comme il faut. Donc à défaut de médaille, c’est
la bataille que vous gagnez.
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GOÛTEZ ET VOYEZ (ECOUTEZ ET TOUCHEZ) L’ÉVANGILE
Pour comprendre les différentes parties de la messe
Certaines personnes, à l’âme romantique, aiment à penser que le
culte des premiers chrétiens était purement spontané et improvisé.
Elles aiment à imaginer les premiers croyants tellement emportés par
l’élan de leur enthousiasme que la louange et l’action de grâces
n’avaient qu’à s’épancher en une profonde prière, quand l’Église se
rassemblait pour rompre le pain. Après tout, qui a besoin d’un
missel pour crier « Je t’aime » ?
Il fut un temps où c’était ce que je croyais. L’étude des Écritures
et de la Tradition, toutefois, m’a amené à voir ce qu’il y a de bon
dans l’ordre du culte. Peu à peu, je me suis senti attiré par la
liturgie (alors que j’étais toujours protestant), et j’essayais
d’élaborer une liturgie en partant des paroles de l’Écriture.
J’ignorais complètement que cela avait déjà été fait.
Dès saint Paul, nous pouvons voir le souci qu’a l’Église de la
précision rituelle et du cérémonial liturgique. Je crois qu’elle a
de bonnes raisons. Je demande à mes amis au cœur romantique un peu
de patience quand je dis que l’ordre et les règles ne sont pas
nécessairement de mauvaises choses. En fait, c’est indispensable
pour une vie sainte, bonne et paisible. Sans horaire et sans règle,
nous ne pouvons pas accomplir grand-chose dans notre journée de
travail. Sans expressions consacrées, que seraient nos relations
humaines ? Je n’ai pas encore rencontré de parents fatigués
d’entendre leurs enfants répéter le vieux mot « merci ». Je n’ai pas
encore rencontré d’amoureux qui ne supporte plus d’entendre « Je
t’aime ».
La fidélité à nos règles est une manière de montrer notre amour. Ce
n’est pas seulement quand nous en avons envie que nous travaillons,
que nous remercions, que nous montrons notre affection. Les vraies
amours sont des amours que nous vivons dans la constance, et cette
constance se révèle dans les règles.
La liturgie forme nos habitudes
Les règles ne sont pas seulement bonnes en théorie. Elles sont
efficaces dans la pratique. L’ordre rend la vie plus paisible, plus
efficace et plus utile. En fait, plus nous mettons en place de
règles, plus nous devenons efficaces. Les règles nous permettent de
ne pas nous appesantir sans fin sur des petits détails ; les règles
permettent aux bonnes habitudes de prendre le dessus, en libérant
l’esprit et le cœur pour qu’ils puissent aller de l’avant et
s’élever.
Les rites de la liturgie chrétienne sont des phrases consacrées qui
ont fait leurs preuves dans le temps : le merci des enfants de Dieu,
le Je t’aime de l’épouse du Christ, l’Église. La liturgie est cette
habitude qui nous rend efficace au plus haut degré, non seulement
dans la « vie spirituelle », mais dans la vie en général, puisque
nous devons vivre notre vie dans un monde créé et racheté par Dieu.
La liturgie engage toute la personne : corps, âme et esprit. Je me
souviens de ma première liturgie catholique, un office de vêpres
dans un séminaire byzantin. Calviniste de milieu et de formation, je
n’étais pas préparé à vivre une telle expérience - l’encens, les
icônes, les prosternations et les inclinations, les chants et les
cloches. Tous mes sens étaient saisis. Ensuite, un séminariste me
demanda : « Qu’en pensez-vous ? » Et je pus seulement répondre : «
Je sais maintenant pourquoi Dieu m’a donné un corps : pour adorer le
Seigneur avec son peuple dans la liturgie. » Les catholiques ne font
pas qu’entendre l’Évangile. Dans la liturgie, nous l’écoutons, nous
le voyons, nous le sentons, nous le goûtons.
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Des pourquoi par milliers
L’Apocalypse n’était donc pas seulement une menace voilée concernant
la géopolitique des années 70, ou une histoire codée de l’Empire
romain du premier siècle, ou un livre d’instructions pour la fin des
temps. Elle avait pour sujet, d’une certaine façon, ce même
sacrement qui commençait à attirer le « chrétien de la Bible » que
j’étais vers la plénitude de la foi catholique.
Et pourtant, de nouvelles questions naissaient. Si, dans le texte
des anciennes liturgies, j’avais trouvé par hasard le « quoi » de
l’Apocalypse, je restais avec des « pourquoi » retentissants.
Pourquoi cette présentation tellement bizarre ? Pourquoi une vision,
et non un texte liturgique ? Pourquoi, de tous les disciples,
était-ce à Jean que l’on attribuait l’Apocalypse ? Pourquoi
avait-elle été écrite, et quand ? Les réponses émergèrent au fur et
à mesure que j’étudiais les temps de l’Apocalypse et la liturgie de
ces temps.
Le Ciel et la terre en miniature
Il y a beaucoup de petits détails dans la vision de Jean qui
s’éclaircissent quand on essaie d’appréhender le livre comme peut
l’avoir fait son lectorat de l’époque. Si nous étions des
judéo-chrétiens de langue grecque vivant à l’époque de Jean, dans
les cités de la province romaine d’Asie, la topographie de Jérusalem
nous serait sans doute familière grâce à nos pèlerinages réguliers.
Jérusalem avait une importance primordiale pour les lecteurs de
Jean. C’était la capitale et le centre économique de l’ancien
Israël, et aussi la plaque tournante culturelle et universitaire du
pays. Mais, par-dessus tout, Jérusalem était le cœur spirituel du
peuple d’Israël. Essayez d’imaginer une ville contemporaine qui
serait en même temps Washington, Wall Street, Oxford et le Vatican.
C’était Jérusalem pour un juif du premier siècle.
À l’intérieur de Jérusalem, c’est le Temple qui aurait été l’objet
de notre plus grande affection, le Temple qui était le centre de la
vie religieuse et culturelle pour les juifs du monde entier.
Jérusalem n’était pas tant une ville avec un Temple qu’un Temple
avec une cité édifiée tout autour. Plus qu’un lieu de culte, le
Temple était, pour les juifs pieux, toute la Création en modèle
réduit. Tout comme l’univers était fait pour être le sanctuaire de
Dieu, avec Adam pour prêtre ; de même le Temple était-il censé
restaurer cet ordre, avec les prêtres d’Israël officiant devant le
Saint des Saints. En judéo-chrétiens, nous aurions immédiatement
reconnu le Temple dans la description que l’Apocalypse fait du
Cie13- Dans le Temple, comme dans le Ciel de Jean, la Menorah (le
chandelier à sept branches, Ap 1, 12) et l’autel de l’encens (8,
3-5) étaient devant le Saint des Saints. Dans le Temple, il y avait
quatre chérubins taillés pour décorer les murs, tout comme les
quatre vivants servant devant le trône dans le Ciel décrit par Jean.
Les vingt-quatre « anciens » de l’Apocalypse 4, 4 (en grec, on dit
presbyteroi, d’où le français « prêtre ») sont une réplique des
vingt-quatre ordres sacerdotaux qui servaient dans le Temple chaque
année. La mer transparente autant que du cristal » (Ap 4, 6) était
le grand bassin en bronze poli du Temple, contenant « deux mille
mesures » d’eau. Au centre du Temple de l’Apocalypse, comme dans le
Temple de Salomon, se tenait l’Arche d’Alliance (Ap 11, 19).
L’Apocalypse dévoilait le Temple, mais pour des juifs pieux et pour
les juifs convertis au christianisme, elle révélait bien d’autres
choses. En effet, le Temple et ses accessoires désignaient des
réalités plus élevées. Comme Moïse, (Ex 25, 9), le roi David avait
reçu les plans du Temple de Dieu lui-même :
« L’ensemble selon ce que le Seigneur avait écrit de sa main pour
faire comprendre tout le travail dont il donnait le modèle » (1 Ch
28, 19). Le Temple devait être construit sur le modèle de la cour
céleste : « Tu m’as ordonné de bâtir un Temple sur ta montagne
sainte, et un autel dans la ville où tu as fixé ta tente, imitation
de la Tente sainte que tu as préparée dès l’origine » (Sa 9, 8).
De l’imitation à la participation
Selon de vieilles traditions juives, le culte dans le Temple de
Jérusalem reflétait le culte rendu par les anges au Ciel. Le
sacerdoce Lévitique, la liturgie de l’Alliance, les sacrifices
étaient comme des représentations voilées de leurs modèles du Ciel.
Pourtant, l’Apocalypse avait quelque chose de différent, quelque
chose de plus. Tandis qu’Israël priait en imitant les anges,
l’église de l’Apocalypse rendait son culte avec les anges (Ap 19,
10). Si seuls les prêtres pouvaient pénétrer dans le saint lieu du
Temple de Jérusalem, l’Apocalypse montrait un royaume de prêtres (5,
10 ; 20, 6) demeurant toujours en présence de Dieu. Il n’y aurait
plus d’archétype céleste avec une imitation terrestre. L’Apocalypse
révélait désormais un seul culte, rendu ensemble par les hommes et
les anges !
Tout au long de l’Apocalypse, nous voyons que le Ciel est peuplé
d’une multitude d’anges. Ils rendent à Dieu un culte incessant (Ap
4, 8). Et ils veillent sur nous. Les chapitres II et III disent
clairement que chaque église particulière a un ange gardien. Cela
devrait nous rassurer, nous qui appartenons à ces églises
particulières, et qui pouvons appeler à l’aide l’ange de notre
propre église.
On considère habituellement que les « quatre vivants » dont parle le
chapitre IV sont des anges, bien qu’ils apparaissent à nos yeux
humains sous une forme animale. Ces créatures peuvent également
correspondre aux créatures brodées sur le voile devant le Saint des
Saints dans le Temple de Jérusalem.
Même si les anges du Ciel se présentent à notre regard humain sous
un aspect physique, les anges en réalité n’ont pas de corps. Leur
nom veut dire « messagers » et leurs attributs physiques symbolisent
généralement un aspect ou un autre de leur nature ou de leur
mission. Les ailes montrent leur rapidité quand ils passent du Ciel
à la terre. Les yeux innombrables montrent leur connaissance et leur
vigilance. Des anges aux yeux innombrables et aux six ailes
pourraient, à première vue, sembler terrifiants, mais si nous
pensons à eux en voyant leur rapidité et leur vigilance, nous voilà
rassurés. Ce sont des êtres sur lesquels nous pouvons compter, alors
que le dragon menace notre paix.
Dans l’Apocalypse, les anges apparaissent aussi sous la figure de
cavaliers (chap. 6) qui font descendre le jugement de Dieu sur les
peuples infidèles (voir aussi Za 1, 7-17). Bien des événements dans
ces chapitres peuvent se rapporter à ce qui s’est passé pendant la
chute de Jérusalem en 70. Mais ce passage s’applique bien au-delà du
contexte du premier siècle, tant que la terre se tient en attente du
jugement.
Les anges de l’Apocalypse contrôlent les éléments, le vent et la
mer, pour accomplir la volonté de Dieu (chap. 7). Les chapitres VII
à IX disent clairement que les anges sont des guerriers puissants,
et qu’ils combattent constamment du côté de Dieu, ce qui veut dire,
si nous sommes fidèles, qu’ils combattent aussi du nôtre.
Martyrs, vierges et compagnie
L’Apocalypse, cependant, c’est bien plus que des méchantes bêtes et
des anges terrifiants. En fait, la plupart des personnages sont des
gens tout simples, des centaines de milliers, des millions même, de
chrétiens ordinaires, hommes et femmes. Tout d’abord, nous voyons
les 144 000 des douze tribus d’Israël (12 000 de chaque tribu), le
reste de ceux qui ont reçu la protection de Dieu (son « signe »),
fuyant vers les montagnes pendant la destruction de Jérusalem. Puis
Jean décrit les myriades de myriades, « de toutes nations H (Ap 7,
9). Après deux millénaires de religion inclusive, nous ne pouvons
pas imaginer le séisme provoqué par cette vision des israélites
adorant ensemble avec les gentils, et les hommes ensemble avec les
anges. Pour les premiers lecteurs de Jean, il y avait là des
catégories qui s’excluaient mutuellement. De plus, au Ciel, toutes
ces multitudes adorent à l’intérieur du Saint des Saints, où
personne d’autre que le Grand Prêtre n’avait été admis jusqu’à
présent. Le peuple de la Nouvelle Alliance peut adorer Dieu face à
face.
Qu’y a-t-il d’autre ? Au chapitre VI, nous rencontrons les martyrs,
ceux qui ont été immolés en témoignage de leur foi. « Je vis sous
l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu
et le témoignage qu’ils avaient rendu » (Ap 6, 9). Pourquoi sont-ils
sous l’autel ? Qu’y avait-il habituellement sous l’autel du Temple
de la terre ? Quand les prêtres de l’Ancien Testament offraient des
sacrifices d’animaux, le sang des victimes coulait sous l’autel. En
tant que peuple sacerdotal, ils (et nous aussi) offrent leur vie sur
la terre, autel véritable, en sacrifice à Dieu. Le vrai sacrifice,
dès lors, n’est pas celui d’un animal ; c’est chaque saint qui rend
témoignage (en grec, martyria) à la fidélité de Dieu. Notre offrande
(le sang des martyrs) crie vers Dieu pour demander vengeance. Il est
tellement significatif de voir que, dès les premiers jours, l’Église
a placé les reliques des martyrs, leurs os et leurs cendres, dans
les autels. Nous avons mentionné plus haut que les anciens (presbyteroi)
ont pris place sur des trônes dans la cour de Dieu. Et de fait, dans
le Ciel de l’Apocalypse, ces hommes sont vêtus exactement comme
l’étaient les prêtres d’Israël pour servir dans le Temple de
Jérusalem.
Dans l’Apocalypse (14, 4), nous rencontrons également un grand
nombre d’hommes consacrés dans la virginité. C’est encore une autre
anomalie pour l’ancien monde, rare en Israël ou dans les cultures
païennes, tout aussi inhabituelle que dans l’Occident chrétien
depuis la Réforme protestante. Et pourtant, Jean parle de ces
célibataires comme d’une véritable armée ce qui est probablement le
plan de Dieu (1 Co 6, 7).
Sur la terre comme au Ciel
Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin pour identifier les
groupes de personnages dans l’Apocalypse. En fait, ce que Dieu veut
nous faire comprendre est souvent clairement exprimé dans le texte,
ou nos cœurs ne le comprennent pas. Quand je regarde les années où
j’ai étudié l’Apocalypse et où j’étais protestant, je m’étonne que
mes frères et moi nous ayons pu voir, parfois très clairement, des
hélicoptères soviétiques décrits comme un fléau de sauterelles
mutantes, et que pourtant nous ayons pu nier avec véhémence que
Marie est la femme vêtue de soleil, qui a donné naissance à l’enfant
mâle qui a sauvé le monde. En lisant l’Apocalypse, il nous faut
toujours combattre la tentation de dévier vers l’extravagant en
niant l’évident.
Je le redis : souvent le niveau de signification le plus profond est
très proche de notre coeur, et l’application la plus large nous
touche de près.
Et maintenant, où pouvons-nous trouver sur terre une église
universelle dont le culte se rapporte vraiment à la vision de Jean ?
Où pouvons-nous trouver des prêtres en aube debout devant un autel ?
Où rencontrons-nous des hommes consacrés dans le célibat ? Où
entendons-nous des invocations aux anges ? Où trouvons-nous une
Église qui garde les reliques des saints dans ses autels ? Où l’art
magnifie-t-il une femme couronnée d’étoiles, la lune à ses pieds,
écrasant la tête du serpent ? Où les fidèles demandent-ils dans
leurs prières la protection de saint Michel archange ?
Où donc, si ce n’est dans l’Église catholique, et tout
particulièrement à la messe ?