Enfant Prodigue

La Fraternité Blanche Universelle

Par Marie-France James     

        Un des groupements gnostiques qui suscitent le plus d'intérêt et de fascination au Québec est celui de la Fraternité Blanche Universelle qui fait la part belle à ce que l'on a pris coutume de dénommer l'«ésotérisme chrétien ».

        Ainsi, il n'est pas rare d'observer, soit dans le métro ou l'autobus, chez le coiffeur, à la cantine de son travail, ou dans quelque hall de CEGEP, quelqu'un, ou le plus souvent, quelqu'une... plongée religieusement dans un des nombreux tomes des Oeuvres complètes du leader spirituel : Omraam Mikhael Aïvanhov

        Un phénomène qui ne va pas sans en intriguer plusieurs, étonnés qu'ils sont de voir leurs proches, collègues ou amis, hier encore si peu portés à une lecture soutenue... et inclinant encore moins vers la religion..., se plonger aujourd'hui dans les «traités de spiritualité » de la F.B.U.

« Mais qu'est-ce qu'ils trouvent tant là-dedans ? »

Voilà une question à laquelle je voudrais apporter un début de réponse au profit des lecteurs. 

Le maître d'œuvre: O.M. Aïvanhov

        Aïvanhov est né en Bulgarie au tout début du siècle (1900). Comme beaucoup d'autres leaders de nouveaux groupes religieux, très tôt il développe un engouement pour la lecture, une curiosité religieuse, et se découvre une certaine capacité psychique de type psi.  

        Orphelin de père dès l’âge de 9 ans, à l'adolescence il expérimente des états de ravissement mystique qui le convainquent de l'existence, mais aussi de la dramatique distance qui sépare les subtiles régions célestes du noire et opaque monde terrestre. Toute sa vie, il devait en conserver une douloureuse nostalgie...          

Peter Deunov

Peter Deunov

À 17 ans, Aïvanhov fait la connaissance de celui qui devait sceller de manière irréversible son orientation de vie: Peter Deunov, fondateur de la Fraternité Blanche Universelle qui avait vu le jour en 1914.  

        Formé dans le sillage du maître, Aïvanhov se devait d'assurer la succession et d'oeuvrer au rayonnement du mouvement. Ainsi, dès 1937, prévoyant l'interdiction de la F.B.U. en Bulgarie, Deunov recommande à Aïvanhov de rejoindre la France et, à partir de là-bas, de travailler à l'expansion de l'oeuvre identifiée à l'" Église intérieure de Saint-Jean " (par opposition à l'Église instituée par le Christ et fondée sur Saint-Pierre...) adaptée à la future «Ère du Verseau ».  

        À cette fin, Aïvanhov, dorénavant connu sous le patronyme de " frère Mikhaël " parfait sa formation et son érudition en matière d'ésotéro-occultisme. Entre temps, en 1945, un fidèle disciple, le frère Jehan, fait don à la F.B.U. d'un domaine de 15 hectares au Bonfin, près de Fréjus, dans le sud de la France; un domaine voué à devenir le siège central du mouvement et des éditions domestiques: Prosvela.  

        Expulsé de France en 1948 pour des motifs jugés douteux, Aïvanhov se réfugie en Suisse et réside une ou plusieurs années en Inde avant de réintégrer la France en 1959. Lors de son séjour en Inde, il est investi du titre de « Maître » qui, aux yeux de ses disciples, marque le début de l'« Ère Mikhaëlique du Verseau ».  

        Dorénavant, Omraam Mikhael Aïvanhov, assimilé à l'archange Saint-Michel, est chargé de présider à l'avènement de la nouvelle race et de la religion universelle.  

Dans la lignée des Bogomiles

        Peu après la fondation de la F.B.U. en 1914, Deunov s'était vu excommunié par l'Église Orthodoxe. Le motif en était que la F.B.U. se voulait la résurgence déclarée d'une vieille secte bulgare du Xe siècle: le bogomilisme.  

        Hérésie fort répandue dans l'Est européen durant tout le moyen âge, le bogomilisme devait inspirer divers sectaires célèbres, tels les cathares et les albigeois.  

        Mélange de christianisme et de paganisme et fortement teinté d'ésotérisme, le bogomilisme visait à rassembler les «purs », les « parfaits », les « initiés ». Il niait la Sainte Trinité, la naissance divine du Christ et la réalité de sa forme humaine qui en est réduite à une apparence, proscrivait les rites d'usage, la hiérarchie ecclésiastique, le baptême, et n'admettait le mariage qu'avec le droit de répudiation à volonté.  

        La filiation bogomile de la F.B.U. est clairement revendiquée par Aïvanhov qui déclare dans le lXème tome de ses Oeuvres complètes :

« Moi, la seule chose que je puisse faire, c'est vous apporter cet Enseignement qui vient de Bu!garie, de ce foyer où jaillit, il y a des siècles, la grande lumière qui inonda toute l’Europe, l'enseignement des Bogomites.(...) Pour la deuxième fois, le même centre envoie sur la terre le même Enseignement, mais vêtu de vêtements nouveaux, c'est-à-dire adapté à la vie contemporaine. »

Les liens occultes de la F.B.U.  

        La Fraternité Blanche Universelle, à l'instar de tous les groupes initiatiques, forme ce que les théoriciens de l'ésotéro-occultisme dénomment un « égrégore ». C'est-à-dire une espèce de grande famille psycho-occulte, à la fois terrestre, cosmique et angélique, analogue à notre «Communion des Saints », à notre « Corps mystique du Christ ».  

        Mais à la différence de la grande majorité des chrétiens, les adeptes croient fortement et investissent intensément dans leur univers familial religieux de type «occulte ». Aussi, ils ne pensent et n'accomplissent rien (y compris dans leur menu quotidien mais ici il n'y a rien de banal.., tout a du poids et de la signification) sans avoir recours aux «maîtres cosmiques », aux «guides invisibles » qui président aux destinées de la F.B.U. et qui lient réciproquement tous ses membres. D'ailleurs Aïvanhov se plait à répéter :

«Maintenant que vous savez qu'il existe cette hiérarchie vivante des êtres, liez-vous à elle par vos pensées, vos sentiments et vos actes. Liez-vous à la chaîne de la fraternité Blanche Universelle et, en échelon en échelon, vous arriverez un jour jusqu'au sommet ».

        Ce qui, de toute évidence, ne peut que renforcer l'impact de l'enseignement doctrinal et pratique dispensé selon les méthodes les plus éprouvées dont nos communautés chrétiennes auraient intérêt, encore aujourd'hui, à faire leur profit :

« Ce que le Maître dit touche toutes les cordes de l'être humain; il ne présente jamais une idée sous sa seule forme intellectuelle, il l'habille toujours pour que le coeur la sente, pour que l'imagination la forme et que la volonté ait un désir ardent de la réaliser. »  

Activités et rayonnement  

        La Fraternité Blanche Universelle dispense diverses activités telles que des conférences, des repas communautaires, des symposiums, etc. Partout où elle est installée, la F.B.U. met aussi sur pied des chorales dont les pièces musicales sont, dit-on, choisies et harmonisées par Aïvanhov lui-même passé maître dans l'utilisation des sons et des champs vibratoires...  

        Les réunions de la F.B.U. se déroulent en présence de l'icône du Maître Aïvanhov agrémentées de cierges allumés et de plantes. Toutes les activités sont ouvertes et clôturées par des prières, des chants et des exercices de méditation. Une bonne part est consacrée à l'écoute de la voix du maître enregistrée sur cassettes.  

        On préconise beaucoup la méditation en plein air, face au soleil, été comme hiver..., de même que le régime végétarien.  

        Des séjours au Bonfin sont aussi possibles. Mais les candidats sont filtrés et on n'y accepte pas n'importe qui. Ainsi, il faut d'abord envoyer sa photo accompagnée d'une lettre manuscrite; ensuite, c'est le Maître qui décide… Si vous êtes accepté, vous serez nourri, logé et blanchi gratuitement, mais il faudra travailler en conséquence selon les besoins du domaine.  

        Les projets du Bonfin prévoient l'érection d'un Temple dit «des 24 Vieillards », de même que la fondation d'un centre universitaire appelé à abriter une «École internationale de la science ésotérique et initiatique ». Les adeptes sont évidemment sollicités afin d'y apporter leur contribution financière.  

La F.B.U. au Québec  

        Il est difficile d'évaluer avec une certaine précision l'importance de la F.B.U. au Québec. Cependant, au premier chef, il demeure que sa littérature est omniprésente. En effet, pour peu que l'on s'intéresse à l'ésotéro-occultismc, on a entendu parler et même lu au moins un ouvrage dû à la plume de Omraam Mikhael Aïvanhov.          


Source : «La Fraternité Blanche Universelle»,
Publié antérieurement dans l’’Informateur vol. IV no.17 sept. 1985 p.14
Publié sur ce site avec la permission de Marie-France James.
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