Saint
Jean d’Avila écrit à un prédicateur, alors que l’Espagne voit
l’hérésie protestante progresser sur son territoire.
Lettre de Saint Jean d’Avila à un prédicateur sur l’orthodoxie
doctrinale.
(Saint Jean d’Avila, né en 1500 en
Espagne, mort en 1569, a été un brillant apôtre, et un directeur
spirituel hautement apprécié, influençant trois docteurs de l’Église
: Sainte Thérèse de Jésus, Saint Jean de la Croix et Saint François
de Sales. La lettre ci-dessous a été écrite alors que l’hérésie
protestante se propageait en Espagne.)
Tiré
des lettres de Saint Jean d’Avila :
J’ai reçu la lettre de Votre Grâce. Je réponds d’un mot aux troubles
qu’elle me dit régner en cette ville. Notre-Seigneur n’oublie pas
son troupeau, au point que, pendant un temps considérable, on
l’abuse en lui donnant une herbe mauvaise au lieu de la seule bonne.
Toute doctrine qui n’est pas conforme à l’enseignement de cette
Église romaine dont Dieu voulut qu’elle fût la tête et la maîtresse
de toutes les autres, périra certainement avec leurs auteurs, encore
qu’ils soient plus nombreux que les gouttes d’eau dans la mer et
plus élevés que les étoiles du ciel. Ces sentiments et ces paroles
ne sont pas plantés de la main de Dieu, qui n’ont point été éprouvés
dans ce creuset ni conformés à son effigie. C’est pourquoi tandem
eradicabitur.
Il est vrai que Dieu permet parfois qu’il en soit ainsi pour la
douleur de ses vrais serviteurs et les larmes de ses vraies et
simples ouailles, mais on ne doit point déplorer la souffrance dont
on espère un tel fruit et un fruit aussi certain.
Il y a deux choses qui en leurrent beaucoup. La première, lorsqu’ils
en viennent à dire : « L’esprit de Dieu m’instruit et me suffit » ;
parce qu’il leur semble que se soumettre à autrui, c’est avoir foi
plutôt en un homme qu’en Dieu. Ils s’éloignent alors de l’unique
remède possible, prenant comme prétexte la gloire de Dieu, alors
qu’en réalité c’est leur orgueil propre.
La seconde consiste à s’enorgueillir de la parole de Dieu et de
l’intelligence qu’on en a. Ceux-là ont accoutumé de rechercher
beaucoup l’honneur de la parole divine, et c’est précisément en quoi
ils se trompent ; ils pensent, en effet, qu’ils se guident d’après
elle, alors qu’en réalité ils sont régis par leur sentiment
personnel, puisqu’ils veulent entendre la parole de Dieu telle
qu’elle leur apparaît et non autrement. Affirmant que la seule
parole du Christ doit régner, ils en arrivent bientôt à désirer que
leur sentiment personnel règne, puisqu’ils veulent être ceux qui
donnent un sens à la parole de Dieu et la rendent telle qu’elle
signifie tantôt ceci tantôt cela.
Qu’y aurait-il de plus instable et de plus incertain que l’Église du
Christ, si, chaque fois que quelqu’un affirme tenir le sens de la
parole divine, nous dussions le croire? Ce serait vraiment être régi
par des apparences humaines, puisque, encore qu’elle fût parole
divine en l’intelligence qui la conçoit, elle proviendrait cependant
d’une personnalité humaine.
C’est pourquoi le Seigneur, qui nous donne sa parole, nous donne
aussi des saints en qui Il demeure, afin qu’ils nous expliquent
l’Écriture avec l’esprit même dans lequel elle fut écrite. C’est
pourquoi il ne faut ni un esprit subtil, ni un jugement sûr, ni une
discipline solide, ni de fortes études, mais cette véritable lumière
du Seigneur que nous savons pertinemment avoir habité tant dans les
saints docteurs d’autrefois qu’en ceux d’aujourd’hui.
Et si ceux d’autrefois, en tant qu’hommes, ont failli en quelque
chose, c’est pour cela qu’a été donné à l’Église romaine, en la
personne de son pontife, le pouvoir des clefs du royaume céleste et
d’être le pasteur de l’Église universelle. Et celui à qui incombe ce
soin, reçut aussi la lumière pour discerner et juger quelle est la
véritable doctrine et le sentiment authentique de l’Écriture ; car
comment pourrait-on dire qu’il possède les clefs, s’il n’ouvre pas à
la vérité alors qu’elle est enfermée ; et comment serait-il pasteur,
s’il ne me dit pas ce que je dois croire, alors qu’il est le pasteur
de la doctrine.
En tout ceci, Seigneur, continuez à faire ce que vous avez fait et
priez pour que tous supplient le Seigneur. Il pourvoira à votre
vérité, comme Il le fit en d’autres conflits plus importants, et Il
humiliera toute science qui s’exalte orgueilleusement avec
l’assurance de la piété chrétienne.