Le Dieu froid de l’unitarisme
A
propos de ce sujet si profond, qu’est celui de la Trinité. Les unitariens, (une secte qu’on ne doit pas nommer sans marquer un respect particulier pour leur dignité intellectuelle notable et leur honneur intellectuel des plus élevés) sont souvent des réformateurs par l’enchaînement accidentel qui jeta tant de petites sectes dans une telle attitude. Mais il n’y a rien de libéral ou prêt à se réformer dans la substitution d’un pur monothéisme à la Trinité. Le Dieu complexe du symbole d’Athanase [1] est peut être une énigme pour l’intellect, mais il est beaucoup moins susceptible de rassembler en lui le mystère et la cruauté d’un Sultan que le Dieu solitaire d’Omar ou de Mahomet. Le dieu qui n’est qu’une simple et terrifiante unité n’est pas seulement un roi, mais un roi d’Orient. Le COEUR de l’humanité, et particulièrement en Europe, est certainement beaucoup plus rassasié par les étranges allusions et les symboles qui sont associées à l’idée de la Trinité, image d’un conseil au cours duquel la miséricorde plaide autant que la justice ; idée d’une sorte de liberté et de variété existant dans le sanctuaire du monde. Car la religion occidentale est toujours tombée à genoux à l’idée « qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ». L’instinct social s’est affirmé lui-même partout comme lorsque l’idée orientale de l’ermite fut expulsée par l’idée occidentale des moines. Ainsi, même l’ascétisme devint fraternel, et les trappistes furent sociables alors même qu’ils gardaient le silence. Si cet amour d’une complexité vivante est notre test, il est certainement plus sain d’avoir la religion Trinitarienne qu’une religion Unitarienne. Pour nous Trinitariens (si je veux le dire avec respect), pour nous Dieu lui même est une société. C’est en effet un incompréhensible mystère de théologie, et même si j’étais assez théologien pour traiter ce sujet directement, il serait hors sujet de la faire ici. Il suffit de dire ici que cette triple énigme est aussi réconfortante que le vin et aussi cordiale qu’un âtre anglais, qu’elle déroute tout à fait l’intellect, mais qu’elle apaise le cœur. Inversement c’est du désert, des lieux arides sous des soleils insupportables, que nous viennent les fils cruels du Dieu solitaire, les vrais unitariens qui, le cimeterre à la main, ont dévasté le monde. Car il n’est pas bon que Dieu soit seul. [2]
La Trinité, Dieu d’amour
S’il y a un point que les gens « éclairés » et le monde libéral ont l’habitude de railler et de tenir comme l’exemple redoutable d’un dogme stérile et d’un différent sectaire insensé, c’est bien la polémique d’Athanase sur la Co-éternité du Fils de Dieu. D’un autre côté, s’il y a une seule chose que les mêmes libéraux avancent invariablement comme étant à elle seule le christianisme à l’état pur, vierge des disputes doctrinales, c’est bien cette seule affirmation : « Dieu est amour ». Et cependant, les deux propositions sont quasi identiques, ou du moins, l’une est presque une aberration sans l’autre. Car ce dogme soi-disant stérile est la seule manière logique d’exprimer ce magnifique sentiment. En effet, s’il existe un Être sans commencement, existant avant toute chose, qui aimait-il lorsque il n’y avait rien à aimer ? Si il était seul au cours cette inconcevable éternité, que cela signifie-t-il donc de dire qu’il est amour ? La seule justification d’un tel mystère est la conception mystique qu’en sa propre nature résidait quelque chose d’analogue à une expression de lui-même, quelque chose qui engendre et voit ce qu’il a engendré. Sans une telle idée, il est absolument illogique de vouloir compliquer l’essence divine avec une idée comme celle de l’amour. Si les modernistes veulent réellement une simple religion de l’amour, ils doivent la rechercher dans le credo d’Athanase . En réalité, les trompettes du vrai christianisme, celles des défis de la charité et de la simplicité de Bethléem ou du jour de Noël, n’ont jamais sonné si immanquablement et si définitivement que dans le défi qu’Athanase lança au froid compromis des ariens. C’est assurément lui qui défendait réellement un Dieu d’amour contre le dieu terne et grand horloger de l’univers des stoïciens et des agnostiques. C’est assurément lui qui défendait le Saint Enfant contre la divinité monotone des pharisiens et des sadducéens. Il combattait pour cet équilibre délicat d’interdépendances et d’intimité, dans la Trinité même de la nature Divine, qui mène nos cœurs à la Trinité de la sainte famille. [3]
